– Il faut toujours que tu rajoutes des couches, que tu remplisses l’espace. Tu pourrais faire un effort, parfois, pour entendre l’écho de ce qui s’est dit avant ton arrivée. Déjà dans l’enfance, tu étais comme ça. Tu n’as jamais su observer le monde, rond et délicat, autour de toi. Il faut toujours que tu t’en saisisses, que tu le comprimes, le façonnes à ton image. Ne t’étonne donc pas si les gens te fuient. Au début tu les attires et puis tu les étouffes. On était sur le point d’avoir une vraie conversation avant ton arrivée. Si tout le monde était taillé dans le même caractère que toi, il n’y aurait pas de poésie, parce qu’il n’y aurait personne pour l’écouter.
– Vous n’alliez rien vous dire avant que j’arrive et tu le sais. Parce qu’ils n’ont rien à dire, jamais. Je vous ai laissé le temps, exprès. J’ai fait deux fois le tour du jardin, j’ai même caressé le chien couché dans l’allée. Ce chien que je déteste, je lui ai flatté la joue, tu vois, comme ça. Pour vous laisser le temps. Je suis une soeur modèle finalement.
– Parfois je te hais. A ça se mêle un monceau de sentiments sédimentées. On n’en sortira jamais, tout ça s’est gravé dans notre caractère d’enfants. J’aurais aimé que cette fois, tu n’essayes pas d’agir sur le monde, que tu écoutes ce qu’il te chuchote.
Mais converser avec toi est un art de la contorsion. Déjà tu n’entends plus. Arrêtons-là, retourne caresser ce chien craintif et peureux. Lui, il n’a pas besoin qu’on l’écoute, tu peux juste lui flatter le flanc et il t’aimera.