Dans la crasse qui craque ta peau
Je sculpte la beauté
Dans le feu d’un tonneau en fer
J’aperçois la beauté
Dans la fatigue de tes gestes noueux
Je pèse la beauté
Dans le rouge de tes vaisseaux éclatés
Je lis la beauté
Dans le fond de ta 8.6 tiède
Je bois la beauté
Dans la rocaille de tes histoires inventées
Dans le poil lisse de ton chien
Dans l’odeur de pisse qui te précède
Dans tes dents goudronnées
Dans l’enfant que tu étais
Et qui hurle sa beauté
Sous des tonnes de misère
Tes yeux tristes sont des vitres
Ou s’écrasent ses rêves
Tag / Ecrire avec Pessoa et Kiarostami
doigts du monde
j’accompagne l’horizon aux
flancs des océans —
: i n t e r v a l l e s des montagnes
humides des ventres-brumes —
je veille les repos sauvages
les branches aux perles-bourgeons
c œ u r — v o y a g e
, pensée-paysage
de l’Instant-Souffle —
orgasme du bout des lèvres
buttant sur l’expression de la
beauté de l’ I n f i n i —
mouvements imperceptibles
des vibrations du Tout
: p e r c e – v o i r —
adossée aux horizons des mys-
tères ; je repose mes sens aux li-
sières des apparences
battements d’ailes — tressées
des doigts du monde
il y a
dans la nuque des gens
cet endroit précis
où le monde se noie
où le cou
rejoint le bord du crâne
où les cheveux
prennent jour dans le noir
en lettre minuscule
entre l’axis et l’atlas
c’est un désert de peau
fouetté par les vents chauds
qui débordent l’horizon
quand le regard se pose
sur la mer et le ciel
c’est le lieu
des naissances tendres
et des incandescences
là où ma paume se colle
là où ma main se perd
là où mes doigts s’enfoncent
dans le poil des bêtes
que je rejoins
dans des prairies sauvages
à la lisière des steppes
dans la course du sang
dans des mèches relevées
dans des cheveux coupés
dans une masse retombée
enveloppant tout mon corps
comme une brume de mai
je me demande
où se trouve la beauté
si elle n’est pas ici
comme un commencement
Bien sûr il y a l’aube
Sa peau de lait
La soie de ses cheveux
Ses traits de fusain dans les nuages
Cadran solaire des oiseaux
Sur un pointillé de nuit
Bien sûr il y a la lumière
Ses nervures sur les murs
Les copeaux qu’elle taille dans l’eau vive
Ses filets tendus
Entre rouge et violet
Bien sûr, il y a les arbres
Et le ciel qu’ils découpent en fractales
Il y a le givre et ses dentelles insolentes
La mer et l’opale de ses ombres
Il y a les étoiles
Leur âge qui s’exprime en voyages
Il y a ces coïncidences entre le monde et moi
Ces moments-là
De bascule
D’éblouissements
De reconnaissance
Bien sûr
Mais ce geste
La paume de mes mains dans les méandres de ton dos
Quand elles l’ont lavé pour la dernière fois
Quand il n’était plus rempart
Contre les terreurs du lendemain
Ton dos devenu tableau noir
Où je devais tracer ce matin-là
Les mots de l’au-revoir
Ce geste
Qu’il fallait incroyablement beau
Pour qu’il garde le souvenir de nous
Un grain, des grains, de tout petits riens,
Peau piquetée de petits riens,
Semis à la volée comme points de suspension
Égrainés au hasard, comme perles tourmaline
Accidents minuscules sur les plis d’une peau
Peau gravelée de petits grains goudron,
Peau ciel blanc constellée négatif,
Affluence de petits riens petitement palpables,
Émergence de grains de peu
Compter les petits grains, les petits beaux,
Les petits joyaux qui font une peau.