Jeter des braises de colère par la bouche

il y a celui qui a bien changé depuis la dernière fois
celle qui ne fait que pleurer et qui ne sait plus quoi faire d’autre
celle avec une voilette délicate qui tombe devant son regard flou
celui qui sert les mains trop fort qui parle trop fort et qui est déjà saoul -car aujourd’hui c’est spécial
il y a celui qui prend en charge et qui a appelé tous le monde – central
celle qui a été oublié et qui arrive en cours – ah on ne savait pas que vous vous connaissiez
il y a celle qui se sent tous permis – car le sang
celui qui fait un discours très beau comme d’habitude – voix grésillante, ton posé, respiration hachurée
celle qui a fait la playlist très adéquate comme d’habitude
celui qui s’accroche aux bras, aux coudes, aux hanches
celle qui répète on s’y attendait quand même
celle qui raconte des conditions matérielles de vie, décrit des statistiques, estime des probabilités
qui rationalise intellectualise politise
qui jette des braises de colère par les yeux et des mots compliqués par la bouche
celui qui raconte les derniers mois – teint cireux, traits tirés, cernes tendus
celui qui s’était éloigné et qui ne sait pas bien où se mettre
celui qui s’exclame pédé régulièrement – car ça fait du bien
celle un peu loin qui vient soutenir
celle qui ramène des choses à manger, débordantes
celle qui pleure dans un coin – corps accroché, bras bouleversés, doigts fébriles
celui qui profite de l’occasion pour prendre des nouvelles
celle qui écrit un zine de revendication de vies vivables en étant trans
en étant pédé
en étant psychiatrisé
en étant fou
en étant en galère
en étant précaire issu de précaires issu de précaires
celle qui ne sait pas quoi faire du chat et de son corps
celui qui préférait ne pas être là – transparent, balbutiant, continuellement hésitant
celui qui a commencé en disant « c’est le premier de la saison » – armure anti-larme sarcasme anti-drame
celle qui essaye de reconstituer le puzzle, mettre des visages sur des noms – les noms changent, les
visages aussi
celui qui s’en veut
celle qui répète je l’avais bien dit – air entendu, sentence définitive
celui qui fait des blagues – se protéger
celle qui s’énerve beaucoup qui déborde de colère qui en mets partout – régurgiter
celle qui passe derrière avec sa petite éponge à émotion – continuer
ceux qui n’en sont pas, n’en font pas parti, parle d’une autre personne qu’on ne connaît pas
celle qui a géré la cagnotte, les storys, les appels au passé
pour faire fonctionner le présent
celle, sublime, qui tient – solide, magnifique
celui qui n’en peut plus des contacts physiques et d’avoir l’épaule humide
celle qui compte à combien on en est, met à jour les listes
celle qui bouillonne de colère et qui ne simule même pas la contenir – tout brûler
celui qui se ronge les ongles les sangs les bouts de doigts – un de moins
qui est en train de littéralement se dévorer de l’intérieur
celle qui connaît tout le monde – ventral
celui qui fait des serments qu’il ne tiendra pas – appelle-moi
celui qui fait des promesses de circonstance car on ne sait pas quoi dire d’autres – quand tu veux
celui qui parle de foi, nouvelle, de sens, ancien, d’engagement
et qu’on ne croit plus
celle qui parle beaucoup beaucoup beaucoup – je n’écoute plus
celui qui propose une action contre l’hôpital psy contre les psychiatres contre l’État

celui qui écoute tout et ne parle pas
celui dans sa boîte, mort et vivant à la fois

De l’entregent

Tous ces gens devant, qui se lèchent derrière comme chats-chiens, devant tous ces gens, ces gens tout le temps, qui s’embrasent de rien, mine de, qui baignent dans du saindoux amer, ces huiles huileuses, ces miaulements mielleux, ces bouillants silences à lire entre les lignes, collants, sur/sous les mots, tous ces éternuements qui larmoient, te brouillent et t’embrouillent, tout le temps, ces gens, ce beurre de tartine, ce baratin baratté et confiture acide, tout le temps, ce blabla, ces fritures de graisse figée, blanche, ces grasseries qui se frittent, s’avalent, se lèchent, par devant derrière, ces écailles fricassées de poissons, ces anguilles glissantes, sans égard entre ces gens, ces écueils d’entre-jambes, qui n’en pensent pas moins, méprisants, ces écartèlements, ce grand écart, ces gens qui se lèchent, chats-chiens, devant derrière, par derrière le devant, ces petits riens de rien qui font grand trou, froid, ce grand tout tant qu’on n’en fait rien, NADA, ces os de bois secs sans clairière, ces déboisements, et que je te déboise et que vont toujours les langues bon train, par derrière, tous ces gens, du pareil les mêmes absolument, qui se reniflent, ces gens derrière des images, ces gens cachés sous de belles images, de belles images multipliées, surexposées, en veux-tu en voilà, tiens, c’est à l’avenant !
Suis-je le plus puissant, suis-je la plus belle ? Partout, oui, des images animées par devant, des miroirs pour noyer le poisson, à dessein devant, mais derrière il en va tout autrement, sans te montrer ces gens qui ils sont derrière évidemment, mais un peu quand même, un peu comme ils disent cependant, je t’aime, je t’adore, ton devant, ton derrière…, c’est ce que disent ces gens, ils disent ces mots devant, bien en avant, des mots que l’on entend, des que l’on devine, montre moi ton devant je te montre mon…, le tout plein de bons sentiments, mais par derrière c’est moins convainquant, c’est vide , c’est polluant.

Une foule. Je déteste la foule. Personne n’existe dans la foule. Alors puisque l’exercice me permet une foule à quatre ou cinq, ce qui n’est plus une foule, je vais choisir celle-ci, foule petite, groupe humain, communauté, famille.
Il y a celui que j’aurais aimé plus jeune, celui dont le corps est transparent et fort, celui qui m’électrise encore, sa voix et sa posture frêle et grave à la fois.
Il y a celui âgé déjà mais qui n’y paraît pas, dans le rire comme cascade d’eau, dans le regard gardé clair de l’adolescence, celui qui porte et construit, se charge et aime ainsi.
Il y a celle qui cherche, qui cherche et cherche encore, qui tourne et qui cherche, trouve parfois mais ne sait plus qu’elle cherche, il y a son attention et ses expérimentations entières.
Il y a le doux et le secret, celui qui est derrière, entre les deux, qui aime, donne sourire et soutient par les yeux.
Et il y a elle, petite ronde joyeuse et impatiente, petite, dernière, encore inconnue, encore recouverte de l’enfance

Cortège

Les unes dans les pas des autres
celle qui a offensé en dansant pieds nus lors de la fête du village
celle qui doit payer la honte d’avoir aimé en dehors du regard de ses frères, de son père
celle qui est coupable de ne pas avoir donné d’enfant à son époux
celle qui a commis l’adultère
celle qui est née bâtarde
celle qui est née simple, sans mot, boiteuse, aveugle, maladive ou sans-le-sou
celle qui est née quatrième, fille après trois autres filles
celle à qui sa famille manque
celle qui a cru la parole du livre
celle qui a vu
celle qui a entendu
celle qui a su
celle qui a répété par cœur durant des heures
celle qui s’est cherchée une place
celle qui a trouvé refuge au milieu d’autres femmes
celle que les hommes terrorisent
celle qui avait besoin de hauts murs et de larges pierres pour se cacher
celle qui a voulu échapper à la maternité, la maternité, la maternité, répétée durant des années
celle qui voulait une chambre pour elle, dût-elle s’appeler cellule
celle qui aimait chanter
celle qui ne voulait plus avoir à parler
celle dont personne n’a voulu
celle qui rêvait d’un amour sans limite, sans corps ni frontières
celle qui prie
celle qui pleure
celle qui doute
celle qui meurt
celle qui a dit oui
celle qui dit non
celle qui a prononcé ses vœux
celle à qui on les a arrachés
celle qui blasphème entre ses dents
celle pour qui clarisse, cistercienne, tierceline sonnaient comme des noms de fleurs
celle qui n’avait pas compris que dans la vie on grandit, on change d’avis
celle qui était sous emprise
celle qui cherche une prise, un sens, une voix, sa voie
celle qui fera carrière, deviendra supérieure
celle qui tente de se révolter
celle a qui on demande de se couper les ongles
celle qui est prise de fièvre, d’hallucinations
celle a qui on fait prendre des douches froides
celle qu’on attache à son lit
celle qui se suicide
celle qui crie la nuit
celle qui rêve de caresses, d’autres mains que les siennes
celle qui se dessine des robes
celle qui s’imagine avec des bijoux
celle qui fantasme le vent dans ses cheveux
celle qui voudrait lever les yeux sans devoir joindre les mains
celle qui serre très fort sa croix
celle qui regrette son prénom d’enfant
celles qui, siècle après siècle, forme un cortège de femmes
appelées sœurs
furent-elles vierges, folles, fautives, pures, soumises, ferventes
SŒURS

Capeline et galurin … et les autres

Chaleur de juillet.
Attendent partiemment,
dans cette file interminable,
se suivent sur le quai,
s’apostrophent, se mêlent,
puis se mélangent tout à fait.
Donnent des couleurs à la passerelle métallique,
contrebalancent sa danse lente
sous l’effet de la marée d’estuaire.
Ils se tournent, se retournent,
se penchent, se relèvent,
vont de droite et de gauche.
S’impatientent au zénith,
qu’adoucit une bise légère.
Soudain, s’agitent,
le bateau au loin.
Embarquement,
se bousculent un peu,
jouent des coudes.


Il y a d’abord l’insupportable.
Couvre-chef sur chère petite tête blonde,
tendre aux couleurs pastels,
énerve avec son élastique
qui gratte, qui serre le menton.
Alors, n’arrête pas de l’enlever.
Marre d’être par terre toutes les trois secondes,
piétiné, chahuté, relevé,
découvrir, couvrir, recouvrir.
Découvrir
le vent …
Souffle fort quand le bateau démarre.
Novice n’a pas pris garde,
se laisse emporter comme çà, d’un coup,
découvrant cheveux fins et épars,
qui se mettent aussitôt à pleurnicher.
Couleurs pastels s’étalent dans l’eau,
pas moyen de les repêcher.


Tiens, voilà l’élégant,
Silhouette à larges bords, façon capeline,
bien décidé à quitter la ville,
les rues déjà encombrées,
envie de s’installer dans un coin champêtre
du village d’en face,
qu’il connaît si bien.
Ce pique-nique au bord de l’eau,
il en rêve depuis trois saisons,
posé sur l’étagère entre fines bretelles et manches courtes
dans l’armoire du dressing.
Se demandait même
si le vent chaud, très sage main,
caresserait à nouveau
sa paille délicate,
si sa propriétaire déciderait
de le remplacer
par un plus récent, plus à la mode.
Heureux d’avoir retrouvé sa place,
sur son trésor d’ébène,
cette longue chevelure brune,
se voit déjà allongé,
couverture à carreaux,
sandwichs délicatement préparés,
fruits à noyaux gorgés de sucre
bourdonnement des petites bêtes,
qui se poseront sur lui,
il le sait.

Et puis, il y a la criarde.
En toile, languette de réglage arrière,
large visière en carton,
et couleurs vives comme le ton.
Monte l’escalier,
prend toute la place sur le pont du bateau.
C’est mieux en haut, on voit tout.
Envie de découvrir les anciens chantiers navals,
la grue Titan, cette géante,
Sa charge en ce dimanche ?
L’éclat et le souvenir du passé familial.
La visière s’exclame,
crie sa joie,
partage sa fierté
de gré ou de force :
c’est là que ses ancêtres ont tous trimé.
Bruyantes les couleurs de cette casquette
et sa marque sur le front qui en rajoute.
Animera les rues du village, c’est sûr,
Bavardera dans le petit port de plaisance,
Apostrophera les passants.


Il y a aussi cette longue bande de tissu.
Rayures entortilées sur elles-mêmes,
posée sur une tête nonchalante,
tout juste réveillée,
nuit de folie dans le quartier branché,
tournées dans les bars à vin des quais,
restaurant et enfin,
pas improvisés à la guinguette.
Turban pressé d’aller s’étendre de tout son long sur la berge,
s’endormir,
se laisser bercer,
le bruit de l’eau,
les bateaux et les voix qui passent.


Enfin, il y a le baroudeur.
Galurin couleur kaki avec lacet effiloché,
taillé pour l’aventure celui-là.
Couvre les traits burinés du voyageur solitaire,
ne s’en laisse pas conter.
S’imagine au bout de cette croisière,
escalader les endroits fermés au public,
le ponton rouillé,
no man’s land de l’ancienne sablière,
désert, portant les stigmates du sel
accumulé là pendant des années.
Hâte de découvrir ce décor lunaire,
le parfum jaune des onagres à perte de vue,
embaumant ces espaces désolés, interdits.
A épluché les livres avant de venir ici,
veut les voir en vrai,
ressentir l’atmosphère de ce lieu,
prendre tous les risques sur la dune.


La rive opposée approche.
Recommencent tous à s’agiter :
la juvénile maladresse pastel,
la finesse tressée sans faille,
la fierté criarde de la filiation,
le bonheur enturbanné du moment présent,
l’intrépide trépignant d’impatience.
Mes yeux quittent cette foule bigarrée,
comprennent à cet instant
ce que chacun porte en lui …
Chapeau !

Cortège

celle qui a offensé en dansant pieds nus lors de la fête du village
celle qui doit payer la honte d’avoir aimé en dehors du regard de ses frères, de son père
celle qui est coupable de ne pas avoir donné d’enfant à son époux
celle qui a commis l’adultère
celle qui est née bâtarde
celle qui est née simple, sans mot, boiteuse, aveugle, maladive, sans le sous
celle qui est née quatrième, fille, après trois autres filles
celle a qui sa famille manque
celle qui a cru la parole du livre
celle qui a vu
celle qui a entendu
celle qui a su
celle qui a répété par cœur durant des heures
celle qui s’est cherchée une place
celle qui a trouvé refuge au milieu d’autres femmes
celle que les hommes terrorisent
celle qui avait besoin de hauts murs et de larges pierres pour se cacher
celle qui a voulu échapper à la maternité, la maternité, la maternité, répétée durant des années
celle qui voulait une chambre pour elle, dût-elle s’appeler cellule
celle qui aimait chanter
celle qui ne voulait plus avoir à parler
celle dont personne ne voulait
celle qui rêvait d’un amour sans limite, sans corps ni frontières
celle qui prie
celle qui pleure
celle qui doute
celle qui meurt
celle qui a dit oui
celle qui dit non
celle qui a prononcé ses vœux
celle à qui on les a arrachés
celle qui blasphème entre ses dents
celle pour qui clarisse, cistercienne, tierceline sonnaient comme des noms de fleurs
celle qui n’avait pas compris que dans la vie on grandit, on change d’avis
celle qui était sous emprise
celle qui cherche une prise, un sens, une voix, sa voie
celle qui fera carrière, deviendra supérieure
celle qui tente de se révolter
celle a qui on demande de se couper les ongles
celle qui est prise de fièvre, d’hallucinations
celle a qui on fait prendre des douches froides
celle qu’on attache à son lit
celle qui se suicide
celle qui crie la nuit
celle qui rêve de caresses
celle qui dessine des robes
celle qui s’imagine avec des bijoux
celle qui fantasme le vent dans ses cheveux
celle qui voudrait lever les yeux sans devoir joindre les mains
celle qui serre très fort sa croix
celle qui regrette son prénom d’enfant
celles qui siècle après siècle forme un cortège de femmes
appelées sœurs
furent-elles vierges, folles, fautives, pures, soumises, ferventes
sœurs

La foule

Il y a d’abord moi
Celle qui n’ose entrer dans la salle de réunion, qui se cache à quelques mètres, de
l’autre côté de la rue, épie, par la baie-vitrée, leurs têtes au milieu des plantes
grasses, observe leurs visages, gestes, puis celle qui repart, le cœur essoré,
honteuse, angoissée, douloureuse
Il y a celle, moi, qui reviendra et se livrera au même manège
Puis celle, un jour, moi, tête baissée, ventre creusé, sous un ciel d’orage, qui pose
un pied à l’intérieur, encore incapable de porter le regard sur les autres, et ces
autres qui l’accueillent en souriant, il y a, elle, elle s’assoit, elle dissocie, elle n’est
plus vraiment moi
Autour de la grande table de réunion, il y a celui qui a été suivi par beaucoup de
messieurs dans les rues, et qui a été violé par autant, il ne sait plus combien
Il y a celle, grande bringue à lunettes et frange raide, cheveux lisses, c’était son
oncle, elle avait huit ans, et sa mère lui a balancé du, tu mens
Il y a celle qui se présente toujours de la même manière et ça prend des
plombes, victime de violence sexuelle et psychologique, survivante de barbaries
et actes de torture etc etc
Il y a celui qui fait du théâtre dans la vie qui voudrait bien écrire son histoire
celle du petit garçon violé par son père
Il y a celle qui a déposé plainte et que le groupe applaudit
Il y a moi qui ne parvient pas à parler qui répète je suis morte je suis morte d’où
s’échappe des sanglots silencieux
Il y a le jeune homme de vingt ans, élevé au sein d’une secte où tout n’était
qu’abus
Il y a celui violé par sa mère qui dit toujours maman
Il y a ce jeune, tellement étrange avec sa coupe courte, maigre, ses yeux
fuyants, se visage de souris qui se demande encore si ce que lui a fait subir sa
grand-mère, c’est bien un viol
Il y a ce sociologue enseignant chercheur à l’Université de Tours qui cite
théorise, développe, synthétise, dont on ne sait rien de son histoire personnelle
Il y a celleux qui espèrent passer de victimes à survivant.e.s
Il ya celleux qui espèrent être simplement vivant.e.s dans l’éblouissement des
jours, et dont le passé sera si lointain, si distendu, dilué comme un sirop de
grenadine dans des litres d’eau, grâce aux thérapies et aux accompagnements
juridiques, qu’il ne viendra plus nous briser, nous empêcher, nous dissocier, nous
coloniser, nous gâcher la fête
Il y a celle, cette mère, qui raconte l’histoire de sa fille violée par son père et qui
fait des séjours en hôpital, elle pleure, elle pleure
Il y a celleux qui cherchent du soutien et qui le trouvent

Il y a celle qui, enfin, parvient à raconter, à travers les larmes et la voix
inaudible, moi
Il y a celleux qui disent, bravo d’avoir réussi à venir
Il y a celle qui a été violée par son frère
Il y a celle qui a été violée par son beau-père lorsqu’elle avait 12 ans
Il y a celle qui lorsqu’elle avait 7 ans l’oncle lui présentait des images porno et lui
demandait de faire pareil
Il y a celleux qui ont été obligé.e.s de se taire parce que manipulé.e.s,
dissocié.e.s, pas écouté.e.s, pas cru.e.s, répudié.e.s, culpabilisé.e.s, parce que
isolé.e.s, parce que craintifs/ves de briser « une famille », il y a celleux mis.e.s
sous emprise par des salopards, celleux à qui on a ordonné le silence, celleux
plongeaient dans l’incompréhension, la confusion, devenu.e.s des jouets vivants
téléguidé.e.s par des violeurs d’enfants
Il y a celleux qui combattent chaque jour les traumas simples ou complexes,
contre les images envahissantes et les flashs
Il y a toustes ces enfants maltraité.e.s, isolé.e.s, immensément seul.e.s et tristes
Né.e.s sous les abus, que je voudrais couvrir de mots, de poésie

La foule végétale

Sur les talus, dans les prairies, il y a un enchevêtrement végétal qui s’enracine, s’agrandit, conquiert. Dans le vert il y a foule.

Celle qui envahit terrains vagues et bord de route, là où le sol se donne trop de peine et s’épuise.
Celle qui rampe, se ramifie, rhizome n’est pas poison pour révéler la gravité d’une terre trop limoneuse.
Celle qui vole, ses aigrettes parsemée par champs, s’essaime et se reproduit plus vite que le vent qui les
entraîne.
Celle qui se plante épineuse dans la pulpe du doigt mais inflorescences bleutées, capitules et ombelles,
disséminent ses charmes à grande distance.
Celle qui court par stolons rases campagnes illuminées de son or.
Celle qui se propage, ligneuse, vigueur de jeunes plantules jaillissantes, aiguillonnent acérées les chairs
griffées rougies de leur sang et du jus de son fruit d’été.
Celle qui lancéolée, ses feuilles en rosettes, disperse ses graines aux oiseaux, et son mucilage dans les
gorges.
Celle qui se hisse à l’assaut, grimpante assidue, ses attraits rosés et mellifères.
Celle qui, ses feuilles basales, pétiolées, sa progression pionnière en bordure des fossés, assure la procure
de la glèbe.
Celle qui goûte les friches, fructifie de cœurs renversés ou petites bourses de qualité hémostatique.
Celle qui éclate ses capsules, se disperse en sous-bois, son port tapissant s’ombrageant, rougeâtre, et sa saveur, sure.
Celle qui s’étale, s’enfourrage, le sort garanti au nombre de folioles, dentées, la morsure du destin pour
capturer la bonne fortune.

Des ongles

Il y a ceux qui ont les ongles longs et ceux qui ont les ongles courts
Il y a ceux qui ont de la chance et ceux qui n’en ont pas.


Celle qui ne peut s’empêcher de les mettre à la bouche, c’est dégueulasse, tu t’es lavé les
mains en rentrant.
Celui qui a les doigts tellement rongés qu’à chaque faux mouvement ça saigne, c’est sale, tu
devrais mettre un pansement.
Et puis il y celle qui sait toujours tout sur ce que les autres devraient faire pour aller mieux,
Celui qui explique, qui soutient que là, non, pas comme ça.
Et l’autre qui se rajoute sans être invité, lui aussi a son mot à dire, son explication.
Un dernier se permet d’ajouter de l’eau au moulin, pour l’échange voyez, la beauté de la
réflexion commune.


Alors celle qui se bouffe les ongles continue de se les ronger
Celui qui saigne des doigts, continue d’avoir mal
Et pourtant tous sont ensemble.

En bord de jardin, assise sur un banc, il y a celle, isolée, qui n’a jamais cru que ça arriverait. Jamais vraiment. Qui a quand même choisi sa robe avec attention, blanche aussi, par provocation. Et qui s’est dit qu’elle serait celle qui se lèverait à l’église pour s’opposer, mais ne l’a pas fait.
Debout, à côté du buffet, il y a celui qui est venu manger gratos. Il est debout parce qu’il n’a pas de table, parce qu’il n’est pas invité, et, à côté de lui, il y a son pote qui glousse en disant : « C’est bien dans Les Valseuses que les mecs s’invitent à un mariage, non ? »
À chaque table, il y a des groupes, rangés dans les bonnes cases. Les mariages ne sont pas faits pour mélanger, juste pour arranger les mélanges.

Les amis. On a mis ceux de Mademoidame avec ceux de Monsieur. Et là, il y a celle qui a attrapé le bouquet de la mariée, qui avait déjà les joues roses d’excitation : elle serait la suivante ! et qui se laisse courtiser d’un pied opportuniste qui profite de son trouble et de son ébriété pour lui faire des avances. Il y a le propriétaire du pied qui a retiré son alliance pour ne rater aucune occasion et le complice goguenard qui se gausse en silence de la dinde qui finira farcie dans un massif de buis.
La famille. Les parents et beaux-parents, les frères et sœurs, et, aux tables adjacentes, les tantes et les oncles, les cousins et cousines. Le père de Monsieur à côté de la mère de Mademoidame la regarde avec indifférence et ses questions affichent une curiosité factice. La mère de Mademoidame, elle, n’ose pas le regarder. Cet homme l’impressionne. Les mariages font parfois s’entrechoquer des mondes.
Les élus. Mademoidame, les yeux plongés dans ceux de Monsieur, le sourire rivé au pupilles. Monsieur, l’air béat, très en verve, en rire, la ressert de champagne, la resserre dans ses bras et la soulève pour l’emmener sur la piste de danse.
Sur la piste de danse une fillette se trémousse, un nœud rose dans le dos de sa robe d’ivoire.