Le grimoire

Un carnet gris de poussière
Trouvé sur une étagère
Dès la première page
On déchiffre un message :
« Prenez garde à ce grimoire !
Surtout n’allez pas croire
En un simple répertoire.
Faîtes-en bon usage
Réservez-le aux sages.
Respectez le privilège
De connaître ces sortilèges . »

Contre la douleur, celle qui tiraille
Celle qui tenaille
Qui tous les jours persiste
Qui tous les jours résiste
Celle qui vous déchire
Celle qui fait gémir
Qui brûle tous vos membres
Qui hante votre ventre
Celle qui vous réveille
Qui vous tient en éveil

Faites chauffer de l’eau
Versez dans des bocaux
Pour moitié ajoutez
3 brins de caresse
5 branches de tendresse
7 gousses de douceur
1 pincée de pudeur
1 soupçon d’humour
Et le reste d’amour.
Faîtes infusez le tout
Et ensuite buvez…buvez
Buvez à volonté.

contre le temps qui fait tomber les dents les seins les gens
contre le temps qui déforme mes paroles les visages
contre le temps qui me fait croire que vingt-quatre heures c’est idem pour tout le monde ok ?
contre le temps qui creuse l’espace entre toi et moi
contre le temps qui ne desserre ni les poings ni ma gorge
contre le temps qui enfle la nuit enfle mes yeux le sexe non
contre le temps qui n’en démord pas
contre le temps qui plante derrière lui des trucs fabriqués avec mon temps à moi ma sueur mon
amour
contre le temps qui martèle et jamais ne console
contre le temps qui me demande d’épeler en seconde un monde amnésique
contre le temps qui passe putain dans tes bras
contre le temps dont la mémoire est pleine. et le coeur ?

En vers et contre toi,
Je vomis tout ce fiel,
Toute cette colère contenue
Dans mes bas de laine
Et mes épaules nues.

En vers et contre toi,
Je vomis ce combat
Cette violence qui malmène
Dans l’indifférence de tes silences
Et de ton absence.

En vers et contre toi,
Je vomis le venin
Que tu distilles en moi
Qui assèche mon cœur
Et avilit mon corps.

En vers et contre toi,
Je vomis toute ma haine
Contre ce vampire assoiffé
Qui empoisonne lentement
Les cellules de mon sang.

En vers et contre toi
Je vomis tes brulures
Et toutes tes morsures
Tes mots de pacotille
Et ton regard fuyant.

En vers et contre toi
Je lève le sortilège
Qui me tient prisonnière
Et renaitrai, libre au vent,
D’un nouveau millénaire.

Pour la faim pour la soif
Pour la fatigue
Et tous les clous du corps
Ô Feu embrase-moi

Pour le chaud pour le froid
Pour la douleur
Et tous les brisants du corps
Ô Fumée envole-moi

Pour le raide pour le pesant
Pour la lenteur
Et tous les craquements du corps
Ô Cendre poudroie-moi

Pour le cri pour le silence
Pour l’attente
Et toutes les épines du corps
Ô Nuage couvre-moi

Pour le jour pour la nuit
Pour le sommeil
Et toutes les rives du corps
Ô Vent souffle-moi

Pour le rire pour la joie
Pour l’éveil
Et toutes les fêtes du corps
Ô Pluie emporte-moi

Pour le visage pour la main
Pour les lèvres
Et les yeux clos du corps
Ô Songes gardez-moi

Pour les mots de la fin
Pour ce qui nous quitte
Et Rêve devient
Ô Verbes parcourez-moi.

Sortilèges

________ contre l’oeil qui fait face
________ pupille terreuse de désert
________ rance de cirage noir
________ oeil cerné de ses vides
________ ne voit que d’un et pourtant aveugle

________ contre la peau qui s’écarte
________ percutée du sang froid
________ tannée raidie de sa nuit
________ se parsème poussière
________ tombée avant l’heure

________ contre les corps ruinés
________ dépecés percés à vif
________ sectionnés au premier nerf
________ tant de mutilations d’avant-scène
________ temps de rapines et de violences

________ contre l’invective des mots
________ n’ayant de cesse répétés
________ sans ivresse fausses
________ vérités répercutées
________ dans le haut des crânes

________ contre les silences qu’assiègent
________ des visages réduits à rien
________ tous sens inversés tenus entre
________ tenailles d’absence d’incertitude
________ d’absolue tristesse

magie des mains jointes
je jure par l’image
par la chambre noire
je conjure le mauvais sort
je lance mes propres chants
mes sortilèges

Recette pour exécrer la médiocrité

Portez à ébullition votre haine
La plus sauvage
Pour rendre aux bêtises
Leurs rancœurs
Touillez 7 fois
Crachez votre venin dans son écume
Patientez

Jetez aux visages les plus ahuris
Vos regards les plus noirs.
Turpide.
Comme cet homme qui voudrait marier sa fille
Pour arrangement de terres plus grandes.
Amour où es-tu dans tout ceci ?

Ajoutez à votre bouillon.
Un soupçon de révolte.
Pour vous dresser contre l’autre qui pense
Qu’il en connaît assez sur le monde.
Qu’il n’a pas besoin d’apprendre des autres.
Ou des livres.
Bêtises !

Ajoutez 7 livres de chaque langue.
De 7 matières différentes.
De 7 auteurs différents.
Et écrivez vous-même 7 fois, cette recette.

Offrez la, à 7 enfants des sept continents.
Différents.

PRIEZ

Patientez… Patientez…. Patientez…

Patientez…. Patientez…. Patientez…

Patientez…

Le monde finira par penser qu’il n’est pas né dans un seul LIVRE mais dans tous les livres.

Plongez
Votre cuillère en bois

Tournez 7 fois
Avalez votre mixture.
Et étouffez votre ego.
Qui trompe votre esprit.
Qui pense qu’il est plus malin.
En écrivant ce texte
Que celui, qui le lit.