à petits pas ouatés

Elle s’installera en vous à petits pas ouatés.

Elle ne vous donnera pas son nom, ce qui lui ferait peur, ce qu’elle aime, ce qu’elle est.

Elle se fera discrète dans votre chambre, au jardin, au salon ; Fera sienne votre maison.

Elle changera lentement, lentement , les couleurs pour du gris et du blanc; Le noir lui-même lui est trop éclatant.

Elle préférera le vide aux nuances qui charment : les accords sortis du gramophone; et  les feuilles aux changements des saisons; les images, les photos qui unissent joyeuses le passé au présent; les rires sans raison…Elle en ôtera le sens et la force du sang.

Elle s’installera en vous à petits pas ouatés 

Insidieuse, sans s’inviter.

Elle fracassera tout et la pauvre maison gémira du sol à la charpente; Son toit en craquera, paralysé de ne pouvoir vous protéger.

Elle s’installera en vous à petits pas ouatés.

Certains de ceux qu’on aime sauront la deviner dans d’infimes changements d’iris, d’imperceptibles tremblements, des tours petits changements de souffles.

Oui mais comment la déloger de votre corps et du foyer.

Elle s’installera en vous à petits pas ouatés.

Malédiction diraient ceux qui se croient immunisés. Bataille de chaque jour pour ceux qui savent encore en tempête s’aimer.

Orgie

Les murs sont partout

J’ai la fièvre

En attente, je m’enveloppe dans la matière épaisse du temps, des heures, elles s’écoulent

Mes yeux sont centrés, mes pieds veulent partir

Mes mains quittent, les bras se décollent lourdement de ma poitrine, je frôle mes jours avec curiosité,

appréhension,

envie

Le monde n’est pas à ma porte il est dans mon lit

Balance, oscillation, perfusion, percussion, éclat, retour

Ma peau est en équilibre, fureur funambule

Penchée, voûtée, mon milieu, mon pays, mon antre, oscille sur le seuil et attend la pluie  

Mes nerfs sont terminés, ils fument de décharge en volutes qui exhalent et s’exilent par mes pores

La terre est sèche, et fume après l’orage

La visite du froid dans le chaud prend toujours par surprise, pour un temps la maison est louée 

J’aimerais bien mettre des claques à des gens

Si ça pouvait aider à comprendre par exemple, mais non

Quand même c’est bizarre de désirer la violence

Court-circuit qui me survit, l’amour est nourrissant, à condition de manger équilibré

On a le plaisir de ses vagues à soi

Je naquis dans un éclat et gagnais le combat contre mes poumons, poissons plats bien décidés à se maintenir en forme

Palimpseste de sensations chuchotées à mon oreille, plafonds de verre qui n’en finissent pas d’éclater

Mon visage écorché se désolidarise des pensées qui font salon

Ras-le-bol du thé, l’amertume fatigue

L’écume se dépose sur la plage quand le voyage est terminé

Mon corps éclate entier sous la pression

Vibration de la base au sommet dans le profond

Je luis

Le train a quitté la gare

J’ai troqué mes vêtements, gants, mots de trop et gestes de pas assez

Pour me délecter au toucher de cette nouvelle peau.

Chaque doigt porte sa plume

Chaque doigt porte sa plume
les mains sont deux ailes que l’on ne voit pas pousser
elles grandissent lorsqu’on ne se voit plus derrière un geste
le désir a la forme d’un oiseau qui quitte son nid
et les mains, avant le grand départ, bougent partout dans tous les sens
Si l’on avait des mains qui marquent toutes les caresses combien de passages d’oiseaux
aurions-nous sur la peau ?
Dans cette dernière seconde comment savoir à quoi je ressemblerai la nuit d’après ?
Je vole vers le repos dans une chambre que j’ai toujours voulu sans appui

Le père de mon grand-père

Mon grand-père disait : le mois de septembre est particulier, c’est celui où ta grand-mère est morte, c’est celui où ma mère est morte, c’est celui où mon père –

Son père –

Peut-être que les arbres étaient beaux, peut-être que le soleil brillait
Peut-être qu’il ne l’a pas vu.
J’ai toujours aimé le bruissement du vent dans les feuilles des arbres, le chant des oiseaux, toutes choses qui me relient au monde
Peut-être qu’il ne les a pas entendues alors que le monde s’éloignait de lui.

Son père –

Sur les photos son visage est resté le même, sur les documents son nom est resté le même, mais nous autres voyons qu’ils ont changé de couleur.
Une couleur qui ne se trouve sur aucun arc-en-ciel, sur aucune palette
La couleur des gouffres
Une couleur qui se diluera non pas dans le sang de ceux qui viendront mais dans leur chair – et dans mon encre
Projections.

Son père – le père de mon grand-père.

L’indicible

De mon corps de coton
Je vous vois et vous entends
Mais je suis prisonnière
De fils de barbelés
De fourmis meurtrières
De sensations éphémères
De décharges électriques
D’envies pressantes
De fatigue constante
De sautes d’humeur incessantes
De colère contenu
De cris retenus
De troubles de la vue
D’une dignité perdue
De jugements permanents
D’inutiles incompréhensions
De batailles anarchiques
D’un combat contre soi
D’une course contre le temps
D’une cohabitation avec l’ennemi sournois
Qui sommeille puis se réveille
Et frappe encore là où on ne l’attend pas
De vertiges en trois dimensions
D’une marche au ralenti
D’un cerveau engourdi
De Besoin de solitude
D’une cargaison de pilules électrons
D’une peur dans le regard de l’autre
D’un acronyme qui vous nomme
Et sonne comme une injure
De discriminations

L’indicible est invisible
Au dehors la normalité
En dedans le chaos