Et un matin se faire face
Et ne plus se reconnaître
Alors
Chercher fouiller
Sous tes phalanges ongles et doigts
Coins et recoins
Plis et replis
Ici mémoire
Ici histoire
Corps mémoire
Brouillée emmêlée floutée
Et un matin se faire face
Et vouloir et souhaiter
Tâtonner sentir
Douceur ici
Chaleur là
Vie
Et un matin se faire face
Et se brûler
Du froid du glacial du gel
marbres interstices
grottes fissures
cailloux lames
roches larmes
Et un matin se faire face
Et retourner son visage comme un gant
Coutures défauts invisibles lisibles
Et descendre au dessous du dessous du dessous
Ouvrir les portes barricadées blindées
Et assister au spectacle manège
Cauchemardesque horrifique
Voir et sentir
Ce qui grouille gronde pourrit
La vie contraire inversée tordue
Sous formes de mains et de doigts
D’un dos ventre et cul
Odeur d’arrachement et de plantation
Graine mauvaise et sève poisseuse
Mains rouges
Et un matin se faire face
Et se voir corps continent territoire conquis
Empreintes de mains et de pieds
Et en souhaiter le ravage l’incendie de soi peut être
S’imaginer phœnix alors

Et un matin se faire face
Et ne plus se reconnaître
Et se demander pourquoi toi
Et chercher des réponses
Et trouver au milieu des gravats de l’obscurité du cauchemar
Une faille petite très petite minuscule
Et se dire alors
Alors la patience
Alors le courage
Alors la force
Et un matin se faire face
Et aller au delà de ce que l’œil ne peut voir
Et y mettre ses mains
Dans sa propre chair
Dans sa propre terre
Y faire un trou
Laisser passer la lumière
Faire grandir
Et fleurir
Et vivre
Encore

La peau est molle surtout à Basic Fit
c’est contre le métal froid qu’on se rend compte que la peau est molle
Le trou des gens qui partent est un trou en métal froid dans l’estomac
le trou du manque est une haltère de 8kg
C’est lourd mais ça se fait
à Basic Fit la peau apprivoise le métal
la peau apprend à ne plus se déchirer sur le métal des gens qui partent

L’estomac criblé des trous du manque
je suis venue j’ai vu j’ai vaincu
8kg suffisent à donner du sens à tout ça

Bon état général vue de dos la plante
ombrage les coulures au sol
trop sec pour ne pas se craqueler
comme plâtre la terre battue par les vents

Elle se dresse, hisse sa force ses retombées fragiles
Immobile nage dans la transparence de l’air
le silence tressaille de bruissure claire

Elle, échevelée crâne chauve d’automne
son port de tête frotté d’orage la frondaison
défleurie frigide sous la caresse
sa forme taillée au blanc de l’hiver
décapitée

Elle, pétales froids une frisure capitules griffés de givre
feuillage allongé par vertige en somme si couchée
jusqu’à levée printanière

Elle, pétales francs du collier court d’or sa guipure
aucun souci à se faire
dès retour de la chaleur

Elle, son port de tête zébré de lumière traversé de soleil
la chevelure échappée d’un frisson
sait endosser son rôle clé
à recoller ce que nous avons défait