L’endroit est plein de nos sourires.
Tu es l’inconnu
qui inonde la nuit.
Je me baigne dedans.
« Quel est ce parfum que tu portes à ton cou ? »

Ici le monde n’est pas monotone.
Le temps passe vite.

Nous sommes l’ici et maintenant.
Tu es l’air printanier
qui fleure l’interdit.

Je me plonge dedans.

Puis le jour se lève.
Le spectacle me laisse indifférente.
L’angoisse,
comme un corps étranger,
m’ assiège.

J’ignore tout de demain.

« Qui es-tu ? »

Tu es déjà loin.

Ton absence désormais m’appartient.
J’ai l’espoir encore,
que revienne le printemps.

Tes Converse noires affichaient sur le côté une pastille colorée nous laissant croire qu’un coucher de soleil pouvait naître et mourir sur la zone du péroné dans un mouvement perpétuel de l’image fixe avec un quintil de bandes allant du orange au vert pâle.
Savais-tu que cet hommage à Paul Klee reprenait en légèrement plus vif les couleurs de ton visage à peine rosé et de tes cheveux paille et ses mèches vertes délavées ?
Ton visage offrait cet aspect négligé du linge trop passé à la machine et nous disait autre chose. Il rêvait d’un ailleurs cet ailleurs punaisé sur tes chaussures, un endroit sans ciel bleu trop exposé à la vilenie humaine mais un ciel agencé exactement par une seule loi : celle du bonheur absolu soumis à l’unique règle de ces quatre couleurs délavées qu’aucun texte juridique aucun amendement aucun tribunal ne peut contraindre.
Un trouble subsiste pourtant, ton pantalon et ta veste en jean du même bleu que tes chaussures et ton visage combattent. Ce corps maladroit n’est pas celui de la contradiction mais celui d’un combat permanent entre le monde et nos rêves. Changer le monde avant qu’il nous change crie cette jeune fille déjà partie sur son skate.

Avant pour méditer on avait le feu de cheminée maintenant on a le hall de gare , le regard perdu dans une publicité animée pour livre d’un général d’armée, les doigts crispés sur le téléphone, cette plaie de lumière.

Tu es tempête

L’appartement était dans l’attente de ton arrivée
La chaleur du feu dans le foyer irradiait jusqu’à la chambre
Ma chambre qui n’attendait que toi.
Tu étais là, face à moi
Et tout commença.
Tu es la tempête dans ce corps-texte
Qui frappe avec force l’esprit
Tu m’as dit que tu avais toi aussi hâte de me retrouver.
Tu es cet éclair dans le ciel obscurci de cette nuit
Qui électrise mes pensées
Des frissons avaient envahi tout mon corps, qui ne m’appartenait plus.
Tu m’as saisie et j’ai longuement consenti.
Tu es la foudre, brusque et sonore
Qui claque sur la surface de mon être en transe
Tu es cette lumière dans mon obscure chambre
Qui entre, filaire, dans mon lit à couvert
Tu es la flamme
Qui lentement lèche les parois de mes cuisses ouvertes à toi
Tu es cet embrasement
Qui secoue l’horizon de nos chairs
Tu es la fournaise dans nos ébats
Qui vomit ses tourbillons de feu, geyser ruisselant sur nos peaux
Tu es cette accalmie, l’instant suspendu
Qui s’abat sur mon corps-cyclone
Tu es l’œil de la tempête
Qui dès le réveil se pose sur moi
Tu étais pressée contre moi, dans ce lit enfin repu d’amour,
Les premiers rayons du soleil pénétraient la chambre.

Tête à cœur infernal

Elle n’est pas stupide. Simplement, elle ne sait pas faire autrement. Elle ne peut pas s’empêcher de le
convoquer dans ses pensées. Ce n’est presque pas comme ça le jour
mais toutes les nuits, oui.
Elle n’a pas les ressources pour vaincre tout ce remue-méninges, machine à laver, tête à cœur infernal,
toutes ses nuits comme ça.
Elle n’est pas stupide, simplement, elle ne connait pas d’autres obsessions. Ce n’est ni sa faute à elle, ni sa
faute à lui, ni même à l’univers. Ce n’est rien qui puisse s’expliquer, c’est comme ça dans ses pensées toutes
les nuits, il n’existe pas d’autres issues. Ce n’est pas tout de lui qu’elle convoque, simplement son visage et
aussi sa voix peut-être ? Il n’est pas si proche d’elle mais il ne disparaît pas la nuit,
c’est comme ça.
Elle n’est pas stupide. Elle n’attend pas, plus, après son souffle le jour, simplement toutes les nuits,
comme ça, il ne peut pas s’empêcher d’être avec elle.


*

À compter de ce jour, et surtout de cette nuit, elle pourra s’empêcher. Sans pécher, sans l’abandonner vraiment, elle pourra rompre avec son image. Elle sera plus forte que ses pensées, elle fera taire son souffle dans sa tête, son visage collé à son crâne s’effacera et il n’y aura plus aucune trace de lui sur l’oreiller au réveil.
Il ne sera pas forcément remplacé. Les visages – surtout le sien – ne se remplacent pas. Un jour peut-être ou plutôt une nuit comme ça, un autre, une autre, se glissera dans ses pensées, lui fera de nouvelles cachotteries cérébrales sous la couette.
Simplement, à compter de ce jour-ci et de cette nuit proche, prochaine, elle n’aura plus besoin de ce visage lointain pour exister. Elle n’est pas stupide, elle sait combien la vie s’échappe, le train à grande vitesse et tout ça…
Elle respire, enfin, elle accepte. Elle accepte, le tête à cœur et le tournis permanent. Elle ne guérit pas mais
elle s’en fout.
Elle respire. La sensation d’un presque renouveau, elle retire ses draps et les met dans la machine à laver. La machine fait du bruit, elle tourne – un visage passé dans son tambour – et elle, elle respire.

Tu es un palais de cristal

Tu es un palais de cristal

Qui aveugle cellui qui le regarde

Nous n’étions pas seules, pourtant je sentais que tu ne t’adressais qu’à moi.

Tu es un manteau de neige perdu à l’horizon

Qui endort le corps de cellui qui s’y couche

L’album familial, perdu depuis, sur la table, tu le feuilletais avec une autre de tes filles,

Tu es le blizzard venu des Nords

Qui étouffe les poumons de cellui qui te respire

Lentement, assurément, sur une des photos, ta main droite s’est posée pour cacher la partie basse d’un visage inconnu,

Tu es un pain de glace

Qui brûle la langue qui le lèche

J’aurais aimé que mon souvenir s’arrête là.

Que je confonde à jamais la douceur de cette pièce, moi assise à terre t’admirant sur le divan marocain,

Beauté exotiquement blanche dans ce décor berbère,

Le vert et rouge du tissu, cette petite sœur, à la peau mate, assise à côté de toi qui te faisait mère,

Que tu étais belle, que cela me suffisait que tu le sois avec quelqu’un d’autre,

Tu es un célesta maudit

Qui perce les tympans de cellui qui l’écoute


« Tu vois, en fait tu ne me ressembles pas », en me pointant du doigt. « « Elle » me ressemble, on a les mêmes yeux. »

Était-ce « me » ou « nous » ? Honnêtement, je ne m’en souviens plus trop. Je me souviens juste qu’à ce moment, j’ai compris que je ne quitterais jamais le sol à tes yeux. Je ne serai jamais assise à tes côtés où que ce soit. Je ne serai jamais « ta » fille. Tu ne serais jamais « ma » mère, malgré l’apparente proximité de nos couleurs de peaux. As-tu essayé de me sauver d’une malédiction ? L’effet aura été tout Autre, évidement. Cela n’a fait qu’attiser le besoin de comprendre…et pour cela, j’utilise la même mesure, probablement un héritage du non-dit, une espèce de paradoxe de Zénon inversé, où la distance est multipliée à chaque fois que le centre brûle d’être trouvé. Achille parviendra-t-ille à ne plus courir pour se cacher de la tortue… ?

Sous ton ciel bleu

Tu es bleue, toute bleue,
Toi qui es assortie à ses yeux
Tu reposes sur sa tête,
Toi qui lui donnes cette allure de marin
Tu es sobre et discrète,
un simple cordon blanc sur ta visière,
Toi qui caresses son front
Tu es son premier visage,
Toi qui étais là au premier RDV
Tu es reconnaissable entre mille,
Toi qu’il emporte partout avec lui

Tu es là
Ce soir-là
Tu es là

Toi qu’il ne veut plus quitter
Tu tiens chaud à son crâne
Moi je brûle
Je brûle si fort

Et je crève d’envie de goûter ses lèvres

Je m’approche
Tu ne dis rien
Toi qui le connais si bien
Toi qui te colles à ses pensées
Je m’approche
Tu ne dis rien
Je t’attrape

Tu me couvres désormais le front
Toi qui me donnes, à moi cette fois,
ce petit air de capitaine
Provocatrice
à demi-nue

C’est lui maintenant qui s’approche

Tu ne dis rien
Tu attends
Il m’attrape
Il m’attrappe moi
pas toi
Par la taille
Tu demeures silencieuse
et tu brûles toi aussi
Toi qui sous ton ciel bleu
l’instant d’après
Abrites notre premier baiser

Tu es celui
qui va loin devant moi.
Tu es celui
qui a de grandes jambes.
Tu es celui
qui ne m’attend pas vraiment.
Tu m’as dit : Les Pyrénées c’est beau.
Je le savais déjà, et j’ai dit oui.

Tu es celui
qui porte sur son long dos,
notre abri pour la nuit,
notre toute première nuit.
Dans ta poche un altimètre,
une boussole,
dans la mienne, un petit caillou
ramassé sur le sol.
Tu m’as dit : La nuit va tomber.
Je le savais déjà, et j’ai dit oui.

Tu allumes le feu,
je te regarde faire.
Quelques branches de bois,
ton souffle sur les braises,
au-dessus de nous, le ciel grand étoilé.
Je t’ai dit : allons maintenant nous aimer !
Tu le savais déjà, et tu as dit oui.
Au petit matin, la rosée à nos pieds.

vanille-fraise

La maison pulse pulse pulse
______________ omniprésente

Elle vivante
__________ et toi
qui soufflé boursoufflé
___ t’affaisses de tristesse
___ en un râle affligeant
________________ L’aube se lève à peine


________________ Au loin
j’entends le plissement
____________ des monts schisteux
entends toi. qui vague orageuse
soupire
________________Je repose mon corps
__________ abruti
__________ de fatigue
dans la houle du souffle nocturne

Rose matinale
__________ aimante
les lueurs pâles
rose_______ dilue les cernures
creusées par l’air conditionné
__________ __________ __ La maison
__________ __________ _______ crac
__________ __________ _____ à nous

__________ __________ Tu demeures
et puis soudain la mer

__________ ____ Gouttelettes d’acier
__________ frient l’immensité bouffie

Toi si loin
dis-tu bouche
______ sertie de broussailles
dis les plaies les béances
qui s’accusent entre nous
_______tiraillent

Les œillets vanille-fraise
s’électrisent les jeunets
__________ Je dresse des listes
ma vie incarnée _______ avec toi
__________ qui paupières engluées
__________ __mâchonnes tes dires
La maison bruisse

d’ombres
Flottent les couleurs
__________ ____ changeantes
__________ _____ de nos alphabets

Toi, tu n’es qu’un module de réservation
qui affiche complet pour les mois à venir
Tu es la pâle page web
qui joue la blanche indisponible
Tu es la boîte de réception vide
qui attend les invités de la fête
Tu es l’auto-reply bilingue
qui traduit ton absence dans toutes les langues

Tu es le signal électrique
qui éloigne ta réalité de la mienne
Tu es le corps dépossédé
qui physiquement n’est qu’une main
Tu es ce bureau de bois pâle
qui t’étreint davantage que je ne le ferai jamais

Il est serré contre tes genoux
là où se lovent les amants
Il n’y a plus de place pour nous
dans ton monde tout est plus grand

Rêve

Tu es un rêve redouté

Qui  révèle une terne réalité.

Tu es un rêve obsessionnel

Qui exagère toujours et encore.

Tu es le rêve envié

Qui permet de m’évader.

Tu rêves de ce  jardin luxuriant

Qui ne permet pas de  cueillir le fruit défendu.

Tu te rêves, port marin peint par  Claude Lorrain

Qui accueille un galion chargé d’or à ras-bord.

Tu rêves de  ce quai de gare de banlieue triste

Qui  ne voit   jamais s’arrêter ce train-fantôme.

Tu  rêves d’être un chien lapon dans la neige

Qui talonne les sabots des rennes en troupeaux.

Tu es trappeur du Grand Nord arctique

Qui troque ses peaux contre de l’alcool de contrebande.

Tu rêves d’être ce journaliste dans un salon

Qui soufflette un ministre  au milieu des officiels.

Tu rêves d’être le héros victorieux

Qui affronte les forces obscures.

Tu rêves minuscule moustachu, de chaparder ce  gruyère

Qui est accroché sur ce piège à mâchoires en bois clair.

Tu rêves de dériver sur ce fleuve sombre

Qui te conduit lentement vers ce palais désert.

Tu rêves d’accueillir Jacques Chirac

Qui vient diner d’un plat de cochonnaille.

Tu te demandes  éveillé, si tu peux vivre au-delà de tes rêves ?