Sois douce

Sois douce, ma colère
ne te laisse pas emporter
par mes pensées,

elles veulent en découdre.

Brouillonnes
pressées
instables
elles explosent

si on ne les craint pas.

Sois une arme
qui décide quand
et qui
elle blessera.

Sois douce
calme toi
réfléchis.
Trouve mes mots
ne les dis pas
réfléchis.
Colle ta langue à mon palais
ne bouge plus
réfléchis.
Goûte mon sang
ne le bois pas,
réfléchis.

Mâche ma haine
ne l’avale pas
réfléchis.
Bois mon sang
ne te saoule pas
réfléchis.

Et quand il n’y aura plus de vent
pour dévier ta flèche,
ne réfléchis plus.

Ecarte mes doigts
libère-la
écoute-la siffler
regarde-la voler

chevauche-la
et ferme les yeux.

Elle sait où elle va.

Confidence

Écoute | Vois plus près
là près de moi
la mousse et le lichen
prolifèrent
dans l’intime des pupilles
l’humide perce nos tympans
la tendresse s’invite
arborescente
nos cheveux nuages
se souviennent
des branches mortes
murmure à l’écorce dorsale
une intimité de papier
déchirée perdue piétinée
inassouvie

babil | pépiement | gazouillis
éclaboussent la bouche
tu ne m’aimes plus
tu stigmatises l’oiseau
entre les lèvres

galop | élan | soulèvement
écorchent le ventre
tu ne m’aimes plus
tu flagelles l’apis
entre les reins

éclat | friselis|pétillement
griffent le visage
tu ne m’aimes plus
tu obscurcis la luciole
entre les cils

Écoute | Vois plus près
là près de moi
je retourne à la terre
avec les espèces compagnes
ensemble
corpuscule flottant infime infirme
à quatre pattes dans la poussière du ciel.

Petite fille

Petite fille
j’ai une confidence à te faire
une confidence
harnachée à la rage
qui va t’arracher
t’arracher au ciseau de la pensée
t’arracher à la lame du silence
t’arracher au sécateur de la fatigue
t’arracher aux mains de l’enfance
qui tranchent ton cou à la hache
t’arracher à la kalache de la mémoire
attentat cérébral à perpétuité

Petite fille
j’ai une confidence à te faire
une confidence
qui va donner
peau
peau
peau
sang
chair
souffle
souffle
souffle
langue
bouche
corps
corps
corps
à tes mots

Petite fille
j’ai une confidence à te faire
pour que tu
que tu parles
pour que tu
que tu cries
pour que tu
que tu pleures
pour que tu
que tu décolles 
les cicatrices 
dans ta chair
pour que tu
que tu tues le monstre 
dans ta tête
pour que tu
que tu exploses brises fracasses
les barreaux des non-dits
rouges poing, rouges bite, rouges ventre

Petite fille dans mon ventre
J’ai une confidence à te faire
à nous faire
je t’aime
enfin

La petite fabrique

Viens, approche, il faut que tu saches, je vais te parler de cette chose,…
De cette chose précieuse, unique même,
De cette chose à saisir, à prendre à bras le corps,
De cette chose à ne pas regarder passer, mais parfois à contempler,
De cette chose au caractère incertain et grandiose,
De cette chose rien qu’à toi … Qui sera ce que tu en feras dans ta petite fabrique.

De cette chose
Tellement intense et parfois si monotone,
Tellement joyeuse et parfois si triste,
Tellement courte et parfois si longue,
Tellement remplie et parfois si vide,
Tellement changeante,
Tellement éphémère,
Tellement surprenante,
Tellement étrangère.
Alors lance-toi sans retenue,
Travaille dans ta petite fabrique avec enthousiasme,
Même si tout n’est pas parfait, c’est vrai,
Fais preuve de courage, de persévérance, d’abnégation parfois,
Ne réduis jamais la voilure
Pour t’engager dans la folle aventure de cette chose : la Vie

Ecoute
Ecoute ce que le ciel convoie
Ecoute ce que le vent te veut
Ce que tu n’entends pas de prime abord
Ce que tu devines dans l’obscurité
dans l’opacité du langage
dans le silence qui oblitère
Ecoute ce que tu ne sais toi-même
prononcer
Ecoute ce qui devrait te guider
Ecoute comment te conduire
à destination
là où les traces retentissent à l’oreille
où les pluies laissent un sillage
au cœur de ta sécheresse
là où tu te laisseras grapiller le cœur
Ecoute si tu n’es pas sourd aux extensions
musicales de l’inaudible
si tu te laisses bercer par la dimension
fleuve du silence
Ecoute car c’est dans le mystère des choses
que tu te trouveras toi-même