Que la pierre respire, elle est notre testament
Que la terre se tourbe, elle danse avec nos morts
Que le geste se créé, il devient l’aube
Quand les chevaux se déchaînent, la pluie lave les vivants

Les songes noirs défont les nuits
glissent sur les fronts en sueur
par la clarté revenue
dans l’immobilité du silence.
Elle s’assoit sur le sol et dans un souffle
se fond dans une contemplation divine.

Que la nuit remue, elle s’ensommeille
Que les corps s’enroulent, ils s’esseulent

Si alors le monde s’enivre, il reflue
S’il s’engrise, il tombe
Pluie
Dans le grain de l’aube

Des lueurs ondulent entre les draps
Lascives
Des roses grèges disloquent
Les chemises sur la chaise
Les dents de lait
Du jour
Liment leurs contours
Comme des châteaux de sable
Frêles
Dans la marée montante
D’un levain

Que s’étirent les mots, ils résonnent
Que s’épanchent les corps, ils se taisent

Si alors le monde dérive, il hésite
S’il trébuche encore, il ricoche
Radios
Dans l’acajou des commodes

métamorphose ontologique

que le rêve soit brusqué sous les cendres de la nuit 
la paupière palpite

que l’œil perce l’espace nouvellement connu
le plafond fait surface 

que le soleil cogne sur les murs enfouis et nus 
la pluie devient aussitôt lumière 

et le merle absorbe la forêt de ses chants 
et le vent coiffe déjà la montagne lointaine 
et le ventre inspire de ses encres bleutées

enfin se meuvent les berges en asiles pour le temps 
enfin le rêve s’installe dans l’espoir 
enfin la paupière renverse la fatalité 

enfin les lèvres ouvertes parlent de possibilités 
que l’aurore boive le sommeil et enfin la mue devient éveil