Déjà hier, la peur au ventre
La nuit longue, parsemée de réveils
Les rêves alambiqués, désorientés
Le vertige du précipice et la chute
la sensation du trou sans fond
Aucune accroche


Le lendemain, ton baiser sur ma joue,
ta main dans la mienne,
tes yeux dans mes yeux rougis
Morve aux larmes mêlées
Respirations saccadées
Mâchoires serrées
Gorge nouée
Coeur explosé
Entrailles recroquevillées
Mains lourdes
Jambes tremblantes


Mon corps se fait rempart, édifice chancelant
Protection fragile
de mes terreurs infantiles et de mon être évanouissant

Dans la pénombre
toutes les nuits
à la même heure
quatre heures –
dans la chambre
rodaient des loups.

Tournée vers le néant
ne pouvant ni toucher
ni atteindre personne
puisqu’il en est ainsi
de la distance qui se creuse
jour après jour
et agrandit les ombres
puisqu’il en est ainsi
des multiples écrans
qui s’élèvent entre les hommes
des murs si hauts
si hauts qu’ils deviennent
infranchissables.


Je vous tenais pourtant
dans mon regard encore
fidèle dans mon regard seulement
dans mon regard attentif toujours
à vos couleurs, à vos formes
à vos gestes, à vos tremblements
pour mémoire, je vous tenais
frissonnant sous les draps
jusqu’à l’aube.


Pour porter votre odeur
votre goût à mes lèvres
quelque chose de vous
quelque chose de doux
quelque chose d’humain
pour m’apaiser je soulevais
mes mains au dessus de mon visage
les faisant danser
ainsi comme des pantins
je remuais l’air statique
et tout l’éventail d’artifices
que les premières lueurs
du jour font danser sur les murs.


Parliez-vous ?
Non, vous ne disiez rien.


Du bout des doigts, je tendais
des lianes de branche en branche
des cordes de clocher à clocher
des guirlandes de fenêtre à fenêtre
j’inventais des ponts
suspendus pour sortir de l’ombre.


Pour conjurer l’angoisse et l’insomnie
je poursuivais des chemins éreintants
où j’errais seule pour renouer
la soie de l’eau filante
entre deux rêves et recoudre
au ciel de la chambre un drap
brodé de milliards d’étoiles.
C’était loin.
C’était long.


Je cousais, je brodais
j’entrelaçais des rêves de paille
des fantasmes, des contes de Perse
usant mes yeux, mes doigts
allez savoir pourquoi
à ces enfantillages, ces mirages.


Seule, dans la nuit des loups
à quatre heure
j’avais peur, j’avais froid
j’étais redevenue petite
toute petite, si petite.
J’appelais.
Pas un mot.
Pas un murmure.
Personne.


M’entendiez-vous ?
Non, vous n’entendiez pas.
Je dansais, je pleurais
je riais, je cousais, je brodais
des étoiles, des mots, des astres
mais tout faisait silence
parfaitement.