Tu es là
devant moi
dedans ton petit carré blanc
photographique

tu te regardes
dans la glace
dans ta robe blanche
conception immaculée

tu te prends en photo
selfie sepia de toi
tu t’immortalises
je ne vois que toi

et l’appareil photo
serré contre ta poitrine
le sein des seins
où bientôt je nicherai

ton corps blanc
ta taille violoncelle
je voudrais les entourer
de mes bras qui se forment

toucher ton étoffe
fine rugosité
et renifler ta peau
si peu maternelle

je sens ta beauté
elle me transperce
elle m’atteint
je m’y déploie

sous ta robe
j’envahis le terrain
je prends place
je te possède

je nais dans tes yeux
tu me vois dans la glace
tu me repousses
mais tu m’attends

mes cheveux dans ton reflet
mes yeux dans ton regard
mon corps dans le tien
je vais sortir

comme l’oiseau de l’appareil
perce le mensonge
transparent
où j’apparais

je suis à ta place
à présent
confondue
de ta disparition.

À la dérive

“Nos lits sont des continents différents”
Nos oreillers ont des sentiments inconscients
Nos vies sont de continuelles dérives
Nos draps ont l’air de vagues sur la rive

Nos vagues à l’âme sont des voyages
Nos émotions enfin ont pris le large 
Nos rêves sont épris d’aventure
Nos livres ont remplacé la couverture

Nos jambes sont entrelacées
Nos bras ont pourtant enlacés
Nos cœurs, et sont liés, heureux :
Nos amours ont fait ce vœu

Je suis l’orgasme
La vie
La fête en somme
A commencé sans moi
J’essaie de te joindre de te rejoindre
Je n’y arrive pas
Je m’en fous
J’ai le temps moi
Je suis l’orgasme
Si je débarque dans ta vie
Tu peux annuler tes projets
Remercier Éric et les autres
Te combler je sais faire


Je suis là
Ça va froisser
Les draps
La nuit
Tous les draps
Toutes tes nuits
Je suis l’orgasme
Je suis ce que l’on ne prouve pas
Je suis ce que l’on trouve
Ou pas.

Möbius

poème inspiré du spectacle éponyme de la cie XY

Une personne commence par 

respirer

et puis ouvre son menton

pour dire mon cou voit très loin, plus loin que vous.

Une personne s’avance, respire, pense

non, ne pense pas, est

une personne est, qui ne trébuche pas en marchant

et qui va droit où elle devait aller.

Une personne s’approche de la personne au cou qui voit plus loin que vous

de derrière, elle passe sa main

dans le creux entre le bras et le ventre

elle passe simplement sa main sur le ventre.

Une personne tombe et

une, deux et trois personnes

la rattrapent dans sa chute.

Une personne a un chemisier en soie

Une autre personne a un pantalon couleur taupe

Une autre personne encore, une veste de sport avec des bandes sur les épaules

des bandes jaunes.

Une personne plus grande que les autres 

qui sait que l’attention lui est portée

soulève 

une, deux puis trois personnes

et se rend anonyme en retournant à sa course initiale.

Une personne au fond

scrute et sent son cœur se rehausser

dans sa poitrine

en même temps que les personnes une deux et trois quittent et regagnent le sol.

Une personne ouvre son bras du coude aux doigts

en deux temps, le premier sec et le second développé

ça fait comme une éclosion,

elle pense à cette image quand elle fait le geste.

Une personne sent de petits mouvements

une légère oscillation

la parcourir,

remue un peu sur elle-même.

Alors une personne qui respire fort,

la gorge sèche,

perce de ses yeux le noir qui lui fait face

et s’adresse son propre regard.

Pour finir, une personne devant jamais

ne voudrait se détacher

de cette foule qui danse.

que l’eau soit neige
que la table soit vide
que l’adieu soit lumière
que le pain soit simple
que l’animal soit silence
que l’étreinte soit vaine
que l’enfant soit oubli
que le regret soit sel
que la musique soit ici
que la pluie soit joie
que le livre soit sans mitan
que le mort soit nu
que dieu soit un mot
que tu sois encore sonnet

Le grenier
sans cesse
tomber


du grenier
sans cesse
tomber

des merveilles
du grenier
des rêves


du grenier


du 7ème ciel
des possibilités
des ouvertures
des étoiles


tomber
des promesses

tomber
sans cesse


du grenier

de l’incandescence
du vol plané


tomber

de la folie
furieuse

tomber

de l’explosion
mentale


du grenier
tomber

de l’intemporel
de l’irréel
du désir
sans limites


tomber
tomber
tomber


de la tête
aux pieds
au cul
au fond
au tréfonds

tombe
tombe

dans la noirceur
tombe

écrasée
tombe


coeur
viscères
tombe


dans la fange
la morsure

de poussière
tombe


dans ta boue
enfoncée
tombe
tombe
tombe


du grenier
à la cave
direct

sur ta tête
dans tes pieds
tes ecchymoses
tes bleus
tes oedèmes
ta peau
ton âme

tombe
du grenier
à la cave

pas

d’entre-sol

pas

de plat

pas

de calme

pas

de pause

pas

de répit

pas

de paix

tu
tombes

du grenier
à la cave

depuis
toujours

tu
tombes

depuis que
tu es née

ça finira

au 3ème
sous-sol

ça finira

sous
terre

ça finira

mangée
par les vers

ça finira

au caveau
la chute

du ciel
à la terre

ça finira
éparpillée

ta vie qui
tombe

ça finira

dévorée
par les hauts et
les bas

ta vie comme

une montagne
russe ta vie en
dents de scie

ça finira

en morceaux
au caveau
au tombeau

ta vie
à deux étages

ta vie
sans rez-de-chaussée

ta vie qui tombe
de haut.

« Je suis tout à vous, Charlotte », la phrase dite P.
L’auteur dit A.

P : Pourquoi je suis faite comme ça ?
A : Comme ça ?
P : Oui, je suis courte, nerveuse, inconséquente.
A : Moi je t’aime, bien.
P : J’ai l’impression que je suis ton excuse, ta dernière cartouche, ton prétexte. Et puis cet abandon à
l’autre, c’est d’une impudeur.
A : Peut-être mais j’ai besoin de toi. Tu existes parce que je rêve, j’espère, j’attends qu’un homme, un seul, celui-là, pas un autre, te prenne dans sa bouche.
P : Et ?
A : Et si ce jour arrive, ma belle, tu vas dégringoler, je vais te détester autant que je t’aime, tu ne
seras même pas une vieille relique, j’ai horreur des souvenirs.
P : Bon. En attendant, tu me fous toujours dans des endroits où j’ai froid, où il n’y a personne.
J’aimerais que tu me glisses sur un sofa, devant un feu de cheminée, j’aimerais que tu me scandes à
tue-tête sur de la musique brésilienne, j’aimerais que tu te frottes nue sur mes lettres, j’aimerais que
tu lèches chaque mot jusqu’à ce que tu comprennes ce que tu me fais dire, malgré moi.
A : Tu vois, tu te prends au jeu. J’ai eu raison de t’inventer, derrière ton petit minois et ta fièvre
romantique, il y a les mains expertes, la fougue contenue de l’amant qui vient de loin, de très loin.
P : Si j’existais, vraiment, je ressemblerais à qui ?
A : A moi. Si j’étais un homme.

Tout était fin prêt.

Les baluchons étaient déjà trop lourds. Les sacs de provisions massées depuis des mois avaient été précieusement empaquetés. Les maigres économies mêlées aux emprunts discrètement glissées dans les sous-vêtements.

Les femmes portaient leurs plus beaux foulards et les hommes leurs plus belles Djellabas. Les au revoirs se noyaient parmi les bénédictions et les prières. La chaleur des embrassades et des étreintes étouffait les enfants dans une odeur acre de sueur et de parfums mêlés. Ils se faufilaient entre les jupons des opulentes femmes pour se cacher à l’ombre des maisons.

Bientôt, les femmes les plus jeunes, les hommes les plus forts et leurs enfants constitueront un cortège bariolé qui ira vers le Nord. Ils quitteront leurs villages la tête haute et la gorge nouée, ils ravaleront leurs larmes et laisseront derrière eux les leurs. Tantôt marchant sous le soleil brulant, tantôt étouffant dans la camionnette étroite, ils se dirigeront clandestinement vers ces régions lointaines où l’eau coule dans des tubes en métal. Tous laisseront derrière eux la misère, la faim et la douleur. Tous, oublieront les viols, les kidnappings et la guerre. Tous enseveliront au fond de cette terre aride leurs pires souvenirs.

La tête pleine de rêves, ils lutteront contre la soif, la faim et la chaleur. Ils paieront leur dû aux passeurs car bientôt des hommes et des femmes chaleureux les accueilleront.

Les hommes et les femmes du Mali rejoindront leur destin là où il est : ailleurs.

Un cri qui déchire le ciel et mon sommeil.
Un cri désespérant suivi d’un silence que seule la nuit, le milieu de la nuit sait produire.
Un cri de naufragé
Sans la mer.
Un cri fracassé contre ma vitre.
Un cri qui exige une réponse.
Un cri.
Jaloux
De tout.
Un cri
De reproches préhistoriques.
Un cri-valise
Contraction sonore et brûlante de toutes les peines.
BAMBAMBAMBAMBAMBAMBAM
Mon cœur glissé dans un mégaphone.
La mouette largue une autre plainte et l’onde de choc finit de fracturer mon cœur.
Il ne bat plus, il détale.
Soudain, j’aime cet homme-orchestre qui dort à mes côtés.
Le rythme régulier de son souffle,
de ses ronflements,
de son inspiration qui s’étire dans un long et pénible sifflement,
de son expiration que j’ai souhaitée, tout à l’heure, éternelle,
ses apnées sans fond sur lesquelles je me penche de peur que jamais il ne remonte,
maintenant
me rassurent.
Je m’accroche à cet homme-paquebot.
J’épouse les ondes qu’il diffuse.
Un phare radiophonique dans ma nuit.

Manchette

Savoir si Jimmy compte me rendre mon ballon rouge.

Je suis heureuse quand le facteur passe et m’offre une lettre d’amour. Quand il pleut dehors et que maman me laisse sortir danser.

Le mercredi, jour des crêpes, j’ai de la chance.

Le dimanche soir, très triste, très triste.

Mon ballon rouge, rouge, rouge.

Est-ce qu’il y a quelque chose de plus important que l’amour ?

Papa dit qu’il faut être fidèle à ses rêves.

Les masques ! J’aime voir les dents des gens.

Ça veut dire quoi « dire merci aux événements » ?

J’ai de l’influence sur les draps de mon lit.

Ce qui va bien c’est la musique dans les rues, les gens qui disent oui avec la tête ou avec les yeux.

Ce qui va mal c’est la discontinuité des émotions.

Quand j’étais petite, mon père disait toujours qu’il faut tourner sept fois sa liberté dans sa bouche avant de ne pas aller voter.

Un pilote Russe,

un sourcil Cubain,

une mandarine Chinoise

ou une tasse Suédoise.

Je risquerais ma vie pour retrouver celle qui, à mes 20ans, a embrassé ma bouche comme nulle autre.

Je risquerais ma vie pour connaître l’heure de ma mort.

Je me sens libre d’exhausser une volonté qui n’est pas mienne.

Il me semble important de bien loger son âme dans un corps tiède, avoir des amis imaginatifs, exercer une profession qui n’existe pas, avoir beaucoup de lointains désirs, trop se préoccuper des autres, être divorcé des autres, avoir une voiture numérique, être seul seulement quand nos enfants le désirent, voyager dans le corps des autres, pouvoir continuer. Autre chose ?

Oui, mon facteur stimule les progrès humains.

Les hommes politiques ? (larges feuilles arrondies flottantes)

 Les hommes de science ? (poils très serrés)

Les militaires ? (base de piment rouge)

Les prêtres ? (pièce de literie)

Les économistes ? (soluble dans l’eau)

Les artistes ? (petite étendue de couleur)

Les éducateurs ? (instrument de musique)

Les enseignants ? (eau qui tombe en goutte)

À mon avis la crise constitue une raison d’espérer être inquiet.

Le bilan des événements est positivement négatif (mais pas l’inverse).

Dans l’idéal, ma raison de vivre sera irraisonnée, irraisonnable et irrésolue.

Croyez-vous que votre génération puisse être autre chose que l’identique copie de celle de vos parents ?