La tête danse sous un chapelet
de cheveux emmêlés
On passe sa main et c’est
comme chercher l’aiguille
dans la botte de nœuds
…
chaque incisive perce
le matin au même endroit
précisément là où il saigne
il faut laisser au jour
le temps de cicatriser
…
la lumière a des pulsions
fait des zooms exprès
des effets stroboscopiques
elle refuse de caresser le sol
à la fin elle se réfugie au ciel
Mois / février 2022
C’est ici que tout commence et c’est ici que tout finit, il te faudra te souvenir pour t’émerveiller encore de ce qui n’est plus.
Souviens-toi des couleurs et des sensations des quatre saisons, de l’automne à l’hiver, du printemps à l’été, des transformations de la nature, de tes petites mains qui fouillaient la terre pour y dénicher le ver de terre et des papillons qui volaient autour de toi et qui parfois se posaient sur ton épaule, tu les suivais en courant, le chien en faisait tout autant.
Souviens-toi de tes racines, souviens-toi de qui tu es, souviens-toi d’où tu viens.
Sois humble face à la grandeur de la nature,
Ne détruis pas, ne pollues pas, ne gaspille pas.
Tu n’es qu’un passager sur Terre.
Un infiniment petit d’un infiniment grand qui te respecte bien plus que tu ne le feras jamais.
Sois tolérant avec les autres et envers toi-même.
Sois indulgent, sois fier de toi et de tes choix, choisir c’est renoncer mais c’est aussi s’affirmer, quel que soit le chemin sinueux ou tout droit c’est celui qui te mènera à toi.
Si tu tombes relève toi, pleure et surtout n’aies pas honte de tes larmes, mais ne baisse jamais les bras. Des découragements tu en connaitras, les moments de joie tu les apprécieras comme une cerise sur le gâteau de la vie, saisis les embellies, profite de chaque instant comme si c’était le dernier, et n’abandonne jamais.
Parle à la Lune et aux étoiles. Elles te guideront. Si tu me lis je n’ai pas abandonné, je ne t’ai pas laissé, je ne t’ai pas trahi. Je suis juste partie plus loin, plus haut, plus beau mais je veille sur ce petit bout de toi qui est un petit bout de moi, sache que je suis là et je serai toujours là pour toi, à travers toi.
Regarde en toi, cherche dans ton cœur la réponse est là.
Je t’aime au-delà des mots, au-delà de la vie, au-delà de l’espace et du temps.
Je t’aime à l’infini …
Blanc de neige
La pluie de janvier
froide et misérable
givre le sol de glace
Ceux pour qui la neige
est source de tous maux
ne disent pas un mot
Dans les prévisions
pas un seul flocon
signe d’hivers changeants
Je marche sur l’asphalte
gris et froid et dûr
mes pas secs qui claquent
Mon pied droit s’enfonce
dans une neige bien fraîche
sortie de mon enfance
Toute emmitouflée
haute comme trois pommes
fière dans la bourrasque
J’escalade un mont
mon frère en amont
deux aventuriers
Un immense banc de neige
recouvre une cabine
cache un téléphone
Une photo est prise
nos pieds dans le vide
sommet de l’hiver
Le seuil
Me voici au seuil. Des autres et de ma vie, à ce tranchant de l’âge qui fait tumulte. Depuis mon seuil, je vous contemple. Vous les autres, à d’autres seuils, seuils d’autres vies. Nous nous observons et l’inflexion de vos regards voudrait réconforter. Vos yeux signifient je comprends, du bout des paupières, de l’ancien seuil de ma vie traversé pour cette île où tout te paraît calme. En vérité, on oublie ce qui est désagréable, les sandwichs avalés trop vite pour mieux les faire descendre, les feux d’incendie qui retardent nos trains et les messages laissés sans réponse, on oublie qu’hier nous étions trop pressés de vivre.
Depuis mon seuil, je m’évertue à grandir et à rester petite. A porter cette envie de créer qui me dépasse, s’étend, s’épanche, et alors vous savez détourner le regard comme s’il y avait quelque chose d’indulgent à ne pas vouloir voir les autres faire leurs armes. Nous portons l’impatience des grandes révolutions. Nous nous évertuons. Je le sens dans mon ventre, sous mes cils et sur ma peau toujours marquée par l’acné. Je le sens quand je dors, quand je me réveille, les rêves à moitié dissipés et que je refuse de faire semblant de vouloir autre chose que ce que je veux, parce que je sais ce que je ne veux pas, me résigner.
Depuis mon seuil, j’aime votre seuil. Votre seuil qui dit patience, vos ridules d’expression et vos fronts marqués d’avoir trop parlé sans mots, rien qu’en levant les sourcils. J’aime votre seuil parce qu’il me donne de l’espoir. Vos visages ont assez vécu pour dire tout passe et le penser. Nous luttons pour un billet de train mal composté, les sandwichs descendus trop vite, nos amours mal dessinés, nous luttons pour nous connaître, nous luttons pour publier, nous luttons par vanité, par jeunesse. Vous souriez, parce que vous savez que tout passe. De seuil en seuil. Mais pas le désir.
Paon-Du-Jour
Mon corps, Écoute-moi !
Ce soir, tu te transformes.
Mon corps, Écoute-moi!
Tu te fais Paon-Du-Jour.
Pour ne vivre qu’un jour,
Dans ta robe de soie.
Mon corps, Écoute !
Le Paon-Du-Jour c’est l’ Éphémère !
Le Paon-Du-Jour c’est le Rouge Absolu !
Prends-en tous les atours.
Incarne-le et vas-t’en!
Mon corps, tu comptes les jours.
C’est difficile !
» Combien font 35 par 365?
Et si l’on prend en compte
Les années bissextiles ? »
Débarrasse-toi de ces questions !
Elles ne te servent pas !
Mon corps, Écoute-moi !
Le Paon-Du-Jour est Beau.
Le Paon-Du-Jour est Multiple.
Accompli la métamorphose.
Tu seras Beau et Multiple
À ton tour.
Pose ton Front
Contre le torse de l’homme que tu aimes.
Puis ton Nez.
Puis ta Bouche.
Expire l’air de tes poumons.
Tout l’air de tes poumons.
Ton souffle y ouvrira une voix.
Tu t’y engouffreras.
Il sera ta matrice !
Il sera ton cocon !
Empli l’espace du corps aimé.
Prends-en toutes les formes :
Ce Dos épais qui porte la maison.
Qui n’en frémit pas !
Ces mains qui ébauchent des mondes.
Des jours plus vastes que les jours !
Et ce cerveau en odyssée !
Ces mouvements qui savent bercer !
Dont tu ressens le rythme.
De l’intérieur.
Tu n’auras plus besoin de ton propre dos.
Tu n’auras plus besoin de tes propres mains.
De ton propre Cœur ou de ton Ventre.
Invisible et à l’Abri.
Soulagé.
L’émergence,
C’est la naissance du Papillon.
Empreinte le chemin inverse !
Puisque tel est ton Souhait.
Oublie tes Hésitations !
Puisque tel est ton Souhait.
Ta place prise en lui,
Le monde t’oubliera.
N’en ressens pas de regrets !
Le monde t’oubliera.
Mais pas ce Corps,
Que tu habites,
Enfin.
J’ai une question
Il y a cette manière, ça doit avoir la forme d’une envie
Où il y a besoin de faire clignoter
Un objet
Un flipper
C’est un objet qu’on a envie de voir clignoter
On ne sait pas pourquoi, on s’en fout, c’est comme une série on a commencé alors
Les objets, certains, sont des talismans
Ils me suivent sur le quai de la gare
Je monte dans le train, je les laisse sur le quai, ils m’ont vu faire il n’y a pas de doute sur mes intentions, et vingt minutes après ils sirotent leur café nul sur la banquette en face de moi en lisant le journal, un vrai en papier, ils ont amené un copain
J’avais pensé, les objets, beaucoup, sont là pour nous épanouir
Pour nous aider,
A perdre moins de temps, à nous libérer, à nous construire, à se souvenir pour nous, à oublier, à faire de la place, à remplir l’espace, à nourrir, à enchaîner
Parce qu’il y a la suite
Parfois je fugue
J’ai un petit sac discret
Loyal
L’écosystème est déboussolé, une maison vide ne dit rien
J’aime bien
Personne ne gagne
Ça ne dure pas
Je ne préviens pas et puis je suis rentrée
Je préfère
Un objet qui prend racine en attendant s’éteint
Mais ce flipper
Il y a cette envie vague souterraine
De parvenir à faire clignoter son corps tout entier
Tout le monde en a envie
Défi, jeu, chasse, amusement, échappée, mentir cinq minutes, remplir, rire, réussir, parvenir
À tout allumer
Fais attention à toi, qui ne sais pas être magnifique
Je te parle mal, ma douceur rouge est pudique
Je veux te dire : il y a des objets magiques, ce sont des gens
Petites choses simples
ta silhouette à contre jour
dans l’étendue vague
tu avances lentement
les yeux fermés
un jeu d’enfant
sans obstacles
*
je te guide
avec la bouche
des sons aigus qui claquent
pas à pas tu me suis
jusqu’au bord de l’eau
tu ouvres les yeux et
tu ris
*
sur le sable encore humide
nous contemplons longuement
des gravures d’arbres enchevêtrés
délicatement tracées par la mer —déjà lointaine
*
nos pas plus légers sur le chemin de terre
nos voix qui s’incrustent dans le soir glacé
comme de petites étoiles
*
nous redescendrons sur la grève
ressasser l’avenir incertain
ton printemps suspendu
le tout début de mon hiver
Que ma joie demeure !
Sois souriante, ma tristesse
Soulève les brumes et les voiles
Sois implacable, vengeresse
Et sous les larmes, ton âme, dévoile
Sois impatiente, ma tristesse
De quitter cette humaine peau
Sois volubile, pars en vitesse
Vers d’autres êtres, d’autres maux
J’ai confiance en toi, ma tristesse
Infidèle, tu me seras
Je vois là toute ta noblesse
Se détachant de mon cœur las
Canal Saint Martin
De cette passerelle brumeuse qui surplombe
une rivière inconnue (qui n’est pas la Seine)
un cours d’eau sombre d’hiver
me revient celle éclatante
de bouquets de jeunes gens
de bribes étudiantes
de pleine joie jusqu’au bord
de cet air d’été
léger sans conséquence
ni certitude que souffle coupé
ce n’est pas le soleil acéré
mais la lame de tes pas
quelle autre évidence
que sang qui déborde
ce n’est pas le fleuve
si ce n’est dans mes veines
si c’est pour défaillir
serait-ce dans tes bras
qu’enfin la bouche cueille
la première salive la saveur
de tes lèvres
que j’avais déjà bues
(mais seulement en rêve)
aveuglée je devine
ton désir à la voix
Abribus
Une personne assise à l’abribus
coincée entre l’obscurité
et son reflet vague sur la vitre
bercée par l’heure tardive
et son silence
L’instant d’après
s’estompe pleins phares
son aveuglement
main en visière
interruption des programmes
de rêveries sur le marche-pied