Premier
le vent est dans la mer
mais la mer peut envoyer quelques gouttes dans le vent
devant cette mer et ce vent, la femme danse avec du bois
le bois, on dirait qu’il danse avec la femme, mais c’est faux
lui, il est juste le bois
le bois qui ne coule pas dans la mer

Deuxième
c’est un amoureux qui est sur le sable
mais le sable est aussi un peu sur l’amoureux
sur le bas de son pantalon par exemple
mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres
le sable est dans beaucoup d’endroits
il est dans la mer

Troisième
La femme qui danse et l’amoureux ensablé
se regardent sans se toucher
ni se parler
ni rien d’autre, d’ailleurs
Pendant ce temps-là :
toujours demeurent la mer et le vent.

Feu

J’avais la bouche
distillée
et la tempe
chronomètre
L’inertie des corps
et l’équilibre instable
Il y avait
des Andromèdes
et des Esters.

::::::

J’ai le coeur en
observance et
l’alliance thérapeutique
Effets secondaires sur
l’échelle de Beck
Nombre de prises je
Zest et je
troubleS
dans le Spectre.

::::::

Jamais plus d’hydroxyle
même précipité
jamais plus de pourrait
mieux
administré
jamais plus de protons
ni d’al-calins

Le livre m’a connaissance de la
douleur
Le robot m’a joué
Le couteau m’a brouillé
La fenêtre m’a chemin des
écoliers
Le stylo m’a n’être personne
Le café m’a dialogue au paradis
Le coussin m’a déstabilité
L’assiette m’a L’établi

Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Je t’aime avec tes cendres
Je t’aime avec ta couleur du
texte
Je t’aime avec ta valeur
militante
Je t’aime avec tes escaliers
Je t’aime avec tes marges
Je t’aime avec tes espaces
verts
Je t’aime avec tes bordures de
merde

Prends-tu tes antidépresseurs ?
Connais-tu tes paires ?
Que peux-tu me dire des propos
de l’araignée mise au mur ?
Sais-tu les origines tragique
de l’érudition ?
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?

As-tu posé réclamation auprès
du gouverneur de La rosée ?
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?
Que sais-tu de la vie
clandestine ?
Le livre m’a Connaissance de la
douleur
Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Prends-tu tes antidépresseurs ?

Le robot m’a joué
Je t’aime avec tes cendres
Connais-tu tes paires ?

Le couteau m’a brouillé
Je t’aime avec ta Couleur du
texte
Que peux-tu me dire des propos
de L’araignée mise au mur ?

La fenêtre m’a Chemin des
écoliers
Je t’aime avec ta valeur
militante
Sais-tu Les origines tragique
de l’érudition ?

Le stylo m’a N’être personne
Je t’aime avec tes escaliers
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?

Le café m’a Dialogue au paradis
Je t’aime avec tes marges
As-tu posé réclamation auprès
du Gouverneur de La rosée ?

Le coussin m’a déstabilité
Je t’aime avec tes espaces
verts
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?

L’assiette m’a L’établi
Je t’aime avec tes bordures de
merde
Que sais-tu de La vie
clandestine ?

Il n’y a plus d’amour à l’aube

1 UN
dans le drap un petit trou
nos cœurs béants
qui revient là ?
l’absent·e l’amant·e

2 DEUX
matin lessive
le trou s’effile
borde béance
maintient les fils
on retient là
à tout moment
le soleil tourne

3 TROIS
s’agrandit
use les jours-nuits
tu passes touches
native des seuils
oui ?
entre la porte et le couloir
ma montre se dissout

4 QUATRE
la nuit déchire
comment ?
bisou en se quittant
sa main serre en passant 
une promesse caresse
nos effleurements

5 CINQ
nuit après nuit s’éventre
le noir
bouche vide
et pourquoi ?
être aimée
persistent
corps vivantes

Liquide

Premièrement,
Le ciel qui se lève,
Une heure après moi.
Le volet dévoile le blanc des nuages,
Comme une jupe qui glisserait sur ta jambe
Nue.

Deuxièmement,
Le velours du canapé
Comme une mer étale :
Je me noie volontairement.
S’allonger à peine levée c’est un peu
Déjà accepter de mourir.
J’ai soif, l’air est salé.

Troisièmement,
Le café coule sur la table
Quand la main tremble, bête,
Parce qu’elle n’a pas assez écrit.
Le tsunami brun des matins gâchés
Je nettoie et je pars :
L’éponge c’est moi.

Quatrièmement,
Les pas automatiques, silhouette téléguidée
Comme les bateaux du Luxembourg.
Neuf-cents mètres jusqu’au canal.
Les bouteilles de bière sur le quai
Me rappellent qu’avant le matin il y a la nuit.

Cinquièmement,
Le fantôme de ma mère, liquide
Cinq appels manqués dans l’eau :
Spectral spectacle cellulaire.
Le téléphone a-t-il sonné hier
Ou bien était-ce le réveil ?
Dans le doute, je ne rappelle pas.

Sixièmement,
La cannelle dans la bouche,
Roulée comme du mauvais tabac :
Je vais à la boulangerie pour avaler
Autre chose que mes regrets
Au petit-déjeuner.

Ce n’est rien

C’est l’hiver.
Il fait nuit.
Le vent souffle par la fenêtre.
Pas d’étoile dans le ciel.
Ce soir, il n’y a rien.
Presque rien.

Comme une aigrette, un papillon
happé par la tempête ou
une poussière peut-être
dans l’œil, ce n’est rien.
Seulement des questions
en suspens
dans ce grand vide
qui nous pèse
lourd, soudain.

Que sont les forêts devenues
et le grand chêne dans la clairière
et la rivière cristalline
qui filait vive dans son lit
sous le pont de pierre ?

Ce n’est rien
qu’une pensée toute simple
pour ce qui n’est plus,
une impression passagère,
un souvenir des jours anciens.

C’était hier.
Nous n’irons plus.

Nous n’irons plus courir
dans le champ de blé mûr.
Nous n’irons plus rêver
dans la cabane couverte de fougères.
Nous n’irons plus nager
entre les algues bleues dans l’eau claire.
Nous n’irons plus dormir
sous la saulée qui ployait au bord de la rivière.

On dit qu’après la pluie reviendra le beau temps. On dit qu’après la nuit naîtra le jour suivant. « En retard, en retard, en retard, je suis en retard ». Avec leurs fines pattes, elles jouent aux funambules. On peut les voir tisser leur fil sur les pendules. Lorsqu’elles sont saltimbanques, elles courent sans cesse. Alors, le temps nous manque, on est pris de vitesse. On dit qu’elles aiment jongler tels des bateleurs, faisant d’une minute une longue heure sans fin, d’un bonheur fugace une bonne heure qui passe, qu’ardeur déterminée ne saurait faire durer. « En retard, en retard, en retard, je suis en retard ». Il trotte pourtant, le petit lapin blanc, vers le pays des rêves où ni jour ne se lève où ni nuit ne s’achève. Elle se presse aussi dans l’immense escalier où les marches du temps pourraient la rattraper. Le petit monde court, court, court après cet être fantomatique, invisible et cynique, insensible et cyclique. Il se fiche bien du rendez-vous de l’un avec une dame de cœur et n’a que faire d’une fée qui joue avec les heures. On dit qu’il fait son
œuvre. Est-ce vraiment un artiste ? Il peint pour les enfants des choses qui durent toujours. Un soleil éternel dans un coin du tableau, avec un arc-en-ciel, il est encore plus beau. Puis, il ajoute par touches des ombres au pinceau et quelques montres molles, pour s’enfuir aussitôt.
C’est une course sans fin, combat perdu d’avance, même si le remonter certains parfois y pensent. D’autres aimeraient l’avancer, sans le moindre succès car c’est bien lui le maître comme chacun le sait. « En retard, en retard, en retard, je suis en retard. J’ai rendez-vous quelque-part. Je n’ai pas le temps de dire au revoir. »