Et moi, laboureur, je célèbre la joie de la perpétuelle moisson,

Et toute semaille contribue à l’espoir du Renouveau,

Et le Renouveau c’est se rapprocher de la Connaissance,

Et la Connaissance c’est un Travail précis sur soi et autrui,

Et le Travail c’est un choix exigeant,

Et l’Exigence c’est une réflexion sur le Bien,

Et le Bien c’est ma voie, c’est ma vie.

Et moi l’agnostique de la ville, j’ai horreur de ta Terre,

Et ta Terre c’est l’asservissement monotone,

Et l’Asservissement c’est être prisonnier de la Nature

Et la Nature c’est trop Imprévisible,

Et l’Imprévisible c’est l’angoisse de ne pouvoir bruler ta Vie

Et ta Vie c’est jouir sans te torturer l’Esprit,

Et l’Esprit c’est une invention pour t’empêcher de vivre à ta guise.

On les voit arriver de loin, les cris, ils soulèvent une brume mauvaise comme poussières sous sabots de colères. Ils cavalcadent, s’avancent aux grands pas de leurs couleurs vives. Ivres de phrases, de slogans et de discours, ils envahissent tout l’espace ; s’imposent dans la nécessaire violence de leurs révoltes. Des mots, ils font des murs, ils font des armes qui en brisent d’autres. Ils hurlent, vocifèrent, revendiquent et laissent derrière eux des tables rases où gisent les restes de ce qu’on taisait, avant.

On le décèle dans les failles, les brisures, les débris, le silence. C’est un calme qui précède ou qui suit un grand vent, un souffle qu’on suspend ou reprend. Il s’infiltre comme un écho dans des ciels trop vastes, comme un geste qu’on retient pour ne pas qu’il frappe ; il occupe les lieux dans leurs creux. Des mots qui blessent, il fait onguent ; des cris colères, il casse les marges. Il ouvre un temps de prudence et d’intuition, et laisse derrière lui des chambres fragiles où rêve le monde qu’on voulait, avant.
On les écrit parfois sur une même portée, les silences et les cris. Une clé d’ut ou de sol les tresse sur les bords d’un même élan, une bouche aux lèvres meurtries en frotte parfois les cordes au fond d’une même gorge. Ils tonnent ensemble dans les mêmes poitrines, s’interrompent aux mêmes tournants ; on les chante parfois partisans, les cris et leurs silences.

La cérémonie du Tout est Là.

Solennelle, retentissante, La voix dit : « Tout est Là! »

L’oreille entend et se rend à l’évidence.

Une pensée répond : « Oui, ce n’est pas faut… »

L’écho de la voix résonne… : « Tout est Là! »

La tête s’incline, se soumet.

Les yeux observent : les meubles, table, chaises, lunettes, papiers, ordinateurs. Les murs, les fenêtres, arbres, immeubles, ciel…

Oui Tout est là, ce n’est pas faut. C’est vrai alors… c’est simple.

Les entrailles se rebiffent : « Pas possible! Pas possible que cela soit si simple ! »

Les émotions viennent d’ailleurs, elles se présentent sans être invitées…

Il y a donc un ailleurs que Là ! Ah ah!

La pensée duelle s’active, s’en donne à coeur joie : Oui mais les émotions apparaissent dans cet instant là donc Tout est bien là à sa juste place… l’ailleurs est imaginaire pas réel… blabla blabla…

La cognition dans sa pleine raison d’être fait surchauffer le cerveau qui rend l’âme.

STOP! Revenons en au « Tout est Là! »…

La voix a bien résonné dans la tête.

Restons en là, c’est simple, les objets, le corps, l’environnement, le calme.

Merci

Quelques passants attendent le couchant avec ferveur.
Observera-t-elle le spectacle elle aussi ?
Au pied du grand bloc de pierre, seule ombre du paysage, elle attend.
Elle se dit : « ces gens ont de la chance. »
Elle veut saisir la sienne.
Ses jambes dénudées font des allées et venues pendant que ses poumons se concentrent pour inspirer l’air chaud.
Elle est en vie. Elle voudrait exister.
Elle se souvient d’avant. A quel point tout était doux.
Le soleil et son corps sont en feu.
C’est l’heure.

Au départ un élégant monticule bicolore sorti tout droit de la machine.

Après une pression maitrisée de la main du vendeur, la glace, propulsée dans le cornet,

se tient droite encore, comme un clocher tors.

Très vite, le sommet est pompé par une bouche gourmande et impatiente.

Les coups de langue répétés contentent le suceur qui transforme petit à petit la flèche en dôme.

Il unifie les bords et veille à ralentir l’écoulement de la crème.

Le mamelon s’arrondit, les couleurs de mêlent, la calotte rapetisse et le cornet perd de son étanchéité.

Tu lèches jusqu’au trognon, tu en as plein les mains

Et tu vas jusqu’au bout,

Jusqu’au bout rassasié et comblé.

Osmosis 
Secret de beauté 

Partir dans un pays lointain.
Regarder l’envers des choses.
Parler une autre langue, plus simple, plus directe qui changera ton rapport aux êtres et te rendra plus hardie.
Le français est comme un fleuve, la langue des scrupules, des détours, des méandres.
Avec une autre langue, insensiblement quelque chose migre dans l’espace de ton cœur sans que tu le décèles.
Changes de vêtements, comme un déguisement, entraines toi à te fondre dans ce qui t’entoures.
Ressens la température, la chaleur, la sueur, une autre température, la qualité d’une autre fibre sur ta peau.
La soie rêche sur ton dos.
Dors nue.
Cultives ta nudité.
Savoures la.

« Se faire masser régulièrement des pieds à la tête, avec de l’huile tiède,
Pendant une heure au moins ?
Transpirer dans une petite cuve en plastique,
être douchée avec de l’eau très chaude .
Frottée avec des graines pilées, rincée.
par deux petites vieilles aux mains râpeuses. »

Et la tu commences à bouger dans ton fort intérieur, insensiblement.
Tu t’es assouplie.
Tu commences à t’ouvrir comme une pomme  au beurre passée au four.
Tu es prête.
Il te faut quelqu’un maintenant.
Peut être n’importe qui, mais ce n’est pas si sur.
Tu entends sa voix, une fois au téléphone,
C’est le début.
Tu laisses tes cheveux libres sur tes épaules
D’y repenser, la paume de tes mains s’écarquille.
Tu t’enfonces jusqu’aux chevilles dans les pétales de fleurs violettes et jaunes qui jonchent le sol.
Il fait un temps doux et léger.
Tu marches à ses côtés, et c’est d’une lenteur étrange, sa démarche te contient, t’accompagnes, t’enrobes.
Tout est incroyablement suave.
Tes cellules entières pompent un fluide délicieux au parfum délicat.
Une douceur s’est insinuée dans ta poitrine, intense, rebelle.
Elle ne veut pas partit de là et toi tu ne veux pas qu’elle parte.
C’est cette douceur qui fait que tes yeux brillent H 24.
Qu’une chaleur bienfaisante campe entre tes cuisses.
Que ton sourire est plein de lumière.
Que ton visage s’affine.
Que ta peau devient fine et translucide.

Cette douceur tu dois la cultiver en toi pour qu’elle grandisse encore, emplisse tous les interstices de ton
corps et s’encre définitivement dilatant ton regard qui va se poser comme une boussole sur toute la beauté du monde.

Alors, va dans la forêt, sens le vent et le soleil sur ta peau, et tes cheveux, respire l’odeur de la terre, écoute le murmure des pins, le bruit de l’océan tout proche, qui gronde.

Et, aime.

Il commence à pleuvoir et c’est le ciel qui trébuche,
c’est un toit de mousses grises qui se fissure
et tombe ses rayures dans l’oblique du vent.
Il commence à pleuvoir et c’est le dos qu’ils cambrent
C’est le corps qui exulte à revers
Et se faufile sous l’arcade tendre des nuques.


Il pleut des perles, des cordes ou des hallebardes
Et c’est un monde qui court, oppresse, entraine
dans sa hâte les pas trop gourds pour une danse
Il pleut à verse, à flots, à grandes marées
Ce sont les yeux qui font rivage, les paupières qu’il faut taire
Dans le ressac acéré des larmes


Il tombe des cendres, des étoiles filantes
C’est ton ombre dans les flaques
Ton corps sous mes bottes
Il commence à pleuvoir et le ciel sourd et sévère vacille
Il disperse
Tes éclaboussures

A la New Tate Gallery
Devant un écran
Fascinée
Des airs de vieux tableau
Des teintes Flamandes
Un mur sombre, une nappe claire
L’ivoire d’une coupe
A la base à peine ébréchée
Une pyramide de pêches duveteuses gorgées de soleil
Rondes et pleines
Le grenat intense des prunes
Le tombé d’une grappe de raisin
Une corne d’abondance
Silencieusement
Le grain pourpre du raisin se couvre de gris,
La peau de pêche se flétrit, se plisse
Les fruits se fondent l’un dans l’autre
Les couleurs se ternissent, se verdissent
Les mousses grisâtres se dressent peu à peu
Gonflent de jus, s’épanouissent de moisissures
Apogée de festin intérieur
Puis le repli,
La nécrose des courbes
Jusqu’à blanchir,
Devenir suie
L’ivoire se couvre
Un nouveau Pompéi
L’irruption terminée
Après la pluie de cendres
L’empreinte en creux
Des formes sur un compotier
Silence
Tombe le rideau noir de l’écran
5-4-3-2-1
Apparaît à nouveau
Sur le mur sombre et la nappe blanche
La corne d’abondance

A la New Tate Gallery
Pixels de Nature Morte

Le Fixe devient Mouvement

Grâce aux bienfaits d’une saine curiosité

Alimentés par l’envie constante d’apprendre, l’esprit et les yeux s’éveillent enfin, avides de nouvelles perspectives. Les mains caressent sans cesse de nouveaux supports, saisissent de nouvelles matières, neuves ou inventées, ridées ou florissantes, et s’agrippent de plus en plus fort à l’essentiel, tandis que s’approche une mort certaine, un lâcher-prise impose alors son évidence.
Rien ne dure. Toujours se réinventer. Le cerveau se réveille neuf chaque matin, prêt à enterrer les cellules mortes de la veille, dans une joie d’observer ce qui vient après. Les changements deviennent sources d’un bonheur que la curiosité appelle et nos sens profonds dans l’âme et le corps, découvrent à chaque seconde l’instant merveilleux qui se renouvelle sans cesse.

Ca commence par un baiser 

chaste, presque fraternel

tu te recules, tu me regardes

tu reviens, tu t’accroches

tu t’en vas je te rattrappe

ta bouche s’entrouvre un peu

laisse entrer ma langue 

plus loin

on ne se touche pas

le temps que nos bouches se reconnaissent

je lèche doucement tes lèvres

en bas en haut je sais

de ma joue à mon cou tes doigts

descendent pendant que ma langue s’enroule un peu plus 

à la tienne tes doigts 

jouent de moi comme d’un instrument

passent dessus dessous tes doigts

écartent s’éloignent

savent mieux que moi

quoi faire comment pourquoi

je suis toujours surprise

par l’éclair vif comme un coup d’épée dans toute cette eau

au milieu des vagues longues et lentes

vite tu dis monte viens

je monte tu glisses

glisse est ton mot

et la vague gonfle jusqu’à la gorge

chaque cellule existe pour les autres

le rythme est à moi mais parfois tes doigts

impriment sur mes hanches

quelque chose de plus dense

commence à résonner je ralentis

j’aime te sentir à peine j’aime

que le mouvement soit si lent presque inexistant

chaque cellule se cristallise se tend

comme un flocon, un diamant 

je me rapproche

tu sais tu mets tes doigts

dans ma bouche

et délicatement touches 

mes tétons comme des boutons

ça devient aigu lancinant

les eaux montent

les cristaux se multiplient derrière mes yeux

autour de moi tu sais parfois

tu dis mon nom et parfois pas

parfois tu me regardes tu me souris tu dit l’amour et l’abandon

tu t’enfonces au fond de mes yeux

tu fonds à l’intérieur de moi

tu n’existes plus

un tsunami rose violet, translucide

submerge et absorbe à la fois un cri 

transperce les étendues désertes

et le plaisir est la seule chose qui reste

avec tes doigts.