aveuglée je te retrouve toujours exactement au même endroit où tu es apparue seule au centre d’un espace absenté par la violence de ta simple présence cheveux tressés de jaspe en attache nuque droite menton haut face avant tranchant l’épaisseur des regards épaules et buste enflammant le désert entre toi et les autres engloutis par tes cils tu es la foudre qui brûle le néant quand tes yeux se relèvent c’est de ton évidence que ma perte naîtra voilà les mots qui déclenchent l’avalanche
Mois / juin 2024
Rappelle toi, tu étais là toi aussi
tes yeux étaient là, ils ont vu
ras les cils ce qui s’infiltrait d’insupportable
tes yeux n’ont rien dit de l’effroi
ils sont restés silencieux
Je sais très bien pourquoi et je vais te le dire
la pluie du déni les a lavés
chacun des deux yeux visibles
et de tous les autres yeux
de ceux qu’on a à même la peau
ou sur le bout de la langue
chacun a chassé l’image passée sous silence
le reflet visible et invisible chaque effet de nos désertions
nos yeux à tous restés intouchables
Toi et moi tirons au sort nos regards
captifs des illusions
quelque chose chante dans le nerf optique
quelque chose qui berce
que fait germer la lumière
et ça nous pousse à l’intérieur nous sort par les yeux
et c’est une clarification soudaine
chaque situation nouvelle
couchée dans le regard jusqu’à l’éveil
jusqu’à sa révélation nécessitera un relevé de paupière
Es-tu conscient de ce que tes yeux emprisonnent ?
Nos yeux
J’écoute tes yeux pour tenter de comprendre Mais je ne t’entends rien, tes yeux se taisent Tes yeux voilés comme des miroirs sans tain Tes yeux barbouillés par je ne sais quelle ombre qui s’échoue comme la mer, au bord de tes paupières
Tes yeux ronds nuageux comme ceux d’un oiseau dans la gueule d’un chat
Ne pense pas que je veuille traverser les frontières
Même si mes yeux te mangent quand les tiens distants s’accrochent au plafond
Je sais que nos yeux regarderont un jour l’océan sans savoir que c’est l’eau qui bleuit l’horizon
Tu ignores encore tout de l’histoire que je vais te conter.
Tu ignores encore tout du lieu et des actions passées.
Je perçois une curiosité dans ton regard, un appétit pour la nouveauté.
Mais je viens de l’affirmer : cette histoire est passée.
Tes sourcils interrogent, dessinent à la plume une ligne de questions.
Je ne le dis qu’à toi : dans ce massif de l’étoile, il y a une grotte.
Un ermite y a vécu presque deux années, puis a repris la route.
Un autre a séjourné 30 ans, ce n’est pas rien 30 ans, ce n’est pas rien, jusqu’à sa mort.
Mais ce n’est pas dans cette grotte que mes yeux se sont plissés pour mieux écouter.
C’est dans une autre, une qui parle de vie, une grotte formant chapelle pour la parole d’une poétesse habituée aux falaises de craie.
Pupilles dilatées en découvrant le lieu, bougies dans anfractuosités attirent nos yeux, forment couronne pour celle qui va nous dire, nous souhaiter d’être nous, nous éveiller aux regards du dedans, aux regards du dehors.
Aux aguets, nos rétines transforment les signaux lumineux en ouverture de l’esprit et du corps.
Il fait froid, et ce n’est pas un détail dans mon récit. Il fait froid.
Visualise le lieu comme un endroit où nous nous sommes couverts, où nous nous serrons les coudes, où nous sommes très proches, où nous cherchons chaleur humaine afin que nos yeux brillent.
Les paupières se ferment de temps en temps, goûtent les paroles nues.
Les paupières s’ouvrent à nouveau sur celle qui lance trois dés, forme des poèmes pour une personne présente, et pour une autre, et pour une autre encore.
Est-ce divination ? Est-ce présage ?
Dans les cavités de nos globes oculaires, les mots se déplacent, diffusent un parfum récolté sur le chemin.
Dans les profondeurs de nos cellules, les lettres se mélangent avec les fleurs, avec les graines et les cailloux.
Nous gagnons ensemble une vue à 360 degrés.
laquelle de tes deux mains je dois ouvrir pour briser le silence ?
secrets scellés dans poings serrés
doigts potelés
poigne féroce
écrasait au milieu mes petits doigts
c’était écrit à l’encre de chine sur un petit carnet et je l’ai lu
il a 5 ans, il dit –
bientôt je ne parlerai plus, ma voix sera dans ma main
dans les familles
souterraines les histoires
pas de houle
dangereuses les vagues
calme plat
un jour, je vais te raconter
briser le silence pour réparer mon coeur
Evidence
Il en va de l’ÉVIDENCE – vraiment, pas de jeu de mots !
Et dans ce cas on ne s’embête quand même pas à dire,
« qu’en penses-tu, qu’en pensez-vous ? »
J’ai beaucoup aimé, moi j’ai détesté, c’était intéressant, pour nous c’est non, vous vous êtes ennuyés,
ils n’ont pas su rire dans la dernière scène.
Une telle ÉVIDENCE ridiculement rendue explicite et… trop tard pour s’apercevoir qu’elle ne disait
rien !
Les trop parleurs disent si peu mais !
On ne va pas tomber dans le même panneau
– faire demi-tour et encore demi-tour en fin de compte on a vu quoi de la ville ?
Personne, ni rien, ni tout et plus et moins non plus.
C’est déjà plus clair !
Pas ; comme quand, on fait, du grumeau à partir du limpide.
Quelle honte !
C’est aussi l’une de leurs exclamations,
Voyons, on regarde de ce côté-là, du côté honteux supposé parce que dit,
RIEN À SIGNALER.
L’ÉVIDENCE nous avait prévenus mais mais mais ce n’est pas comme ça, en un battement de cils
d’autruche, qu’on renonce à la confiance, on aurait peur d’être cynique
et dans les salons vous savez ce qu’on en dit… des cyniques…
Plus voir moins parler, à demain !
Pourquoi lui à ce moment-là?
Une sale période pour moi, presque une perdition. Non mais que dis-je une réelle perdition. Je m’accrochais corps et âme à des fils invisibles qui m’échappaient.
Je coulais à la surface de la Terre. Buvais la tasse à chaque respiration. Suffoquant en souriant. Plus de prise et prise en plein cœur par des fantômes qui m’habitaient, me télécommandaient. Je croyais être moi, je n’étais que l’ombre de moi-même. Une automate morte vivante… mais avais-je été réellement vivante avant ce temps-là?
Il est apparu dans un couloir et je l’aurai reconnu même en plein noir. C’était ma bouée de sauvetage, enfin l’air allait enfin re circuler dans mes cellules. Un nouveau scénario, à vivre après la mort, une nouvelle accroche. Il était la vie qui allait me redonner vie. Des mois, des années, accrochée j’étais, purement et simplement. Un destin, c’était écrit, c’était ainsi.
Aujourd’hui, libérée, délivrée, comme la chanson, le suis-je vraiment? Libérée de quoi, de qui? Délivrée d’où? De quel geôlier, de quelle prison dorée, de quel joug? De moi-même…
Elle s’envole dans le printemps doré de lumière. Ses ailes frêles prennent de l’ampleur et sans peur aucune s’élèvent au-dessus des nuages. Nue dans les nues. Un déploiement à l’infini.
La récolte
Une danse dictée par le ciel, sous la pierre du soleil. Les vingts vénérés protègent circulairement les dons de la terre.
Une vision cosmique pour souligner l’extraordinaire de l’ordinaire.
Peut être que la pluie adoucira Nahui, et que le soleil du vent sera détruit par l’ouragan. Question de titans…
La direction est écrite dans l’univers.
La main de l’Homme s’en sert pour satisfaire la sorcière.
La jade éloigne. La plume de l’aigle détruit, pour finalement laisser passer la vie.
Quelle est la plus supportable des blessures ?
se promener à la campagne
profiter d’une éclaircie pour aller marcher
marcher sur un chemin entouré de verdure
je regarde devant
mes épaules tombent
mon port de tête est haut
l’air frôle mon visage
frôle mon intérieur
caresse ma trachée et emplit mes poumons
Quelle est la moins pardonnable des trahisons ?
Quelle est la meilleure façon de cuisiner l’œuf ?
quand la musique du monde m’accompagne
quand mes pieds épousent le sol
tout va bien
Quelle est la chose qui donne le plus envie de partir ?
se poser dans un parc
Qu’est-ce qui précède une rencontre inattendue ?
entendre grillons et grenouilles
Comment compter les moutons sans se tromper ?
Qui est le mieux placé pour t’accompagner dans une tâche ?
sentir l’effet des rayons de soleil chaud sur les fleurs humectées de pluie
pas besoin de cigarettes pour sentir l’air dans son système respiratoire
Pourquoi le gruyère a-t-il des trous ?
une évidence.
Éternel et vivifiant.
Originel et protecteur.
Il est là, un point c’est tout !
Difficile de l’imaginer autrement…
Comme un acide, puissamment destructeur et toxique qui, par oxydation, commencerait à te ronger de l’intérieur. Déversant un condensé explosif d’hypervigilance et de détestation de toi. Nourricier et affameur !
Dévastateur et pourtant…
C’est une balise Argos, intrinsèquement pluguée dans ton cerveau, annulant toute velléité de fuite, de disparition ! Un écho permanent au souffle de ta respiration actionnant le chaud et le froid à discrétion. Bienveillant et démoniaque ; Sincère et facétieux ; Diaphane et opaque…
Un chant d’amour à jamais désaccordé ;
Une violence souterraine sans chronicité ;
Un pulvérisateur de sentiments contradictoires ;
Un broyeur d’ego te condamnant à l’errance.
Anxiogène, délibérément !