L’enfant

La lumière est blanche, aveuglante, elle prend tout l’espace.
Elle oblige à cligner, à fermer les yeux.
C’est trop blanc, trop brillant.
Un bruissement imperceptible : herbes froissées, vent léger qui les frotte.
Dans le blanc, les mouvements vagues se dessinent. Les hampes longues se balancent.
Rien de vraiment distinct : des silhouettes d’herbes. Un flottement flou, végétal.
Du jaune émerge du blanc, du vert clair. Très pâle.
Et le bleu du ciel, pâle aussi.
Une impression de lenteur et de silence.
Dans le pâle, une ombre passe au sol, un mouvement bref. Et haut dans le ciel un rapace plane.
Le cri perçant de l’oiseau : au sol l’ombre fuit. C’est un autre animal, à fourrure. Un lapin, un garenne
dont on devine les oreilles et la fourrure bondissant vers un bosquet.
On le suit à la trace.
On est un enfant, de cinq ou six ans. On court difficilement dans les hautes herbes. C’est une jungle.
L’enfant s’enfonce et peine à courir. Grandes enjambées plutôt, graminées qui grattent, jusqu’au visage.
On est l’enfant qui se touche le nez et la joue, qui cligne de l’œil et qui regarde partout.
On est l’enfant qui poursuit son chemin à la recherche du lapin.
On est l’enfant qui arrive à une ruine, vieux murs rongés de mousses et poutres délabrées.
On est l’enfant et son désir, l’enfant et sa peur. On entre dans un endroit interdit.

Un commentaire

Laisser un commentaire