Je viens de la nuit éternelle
Nous en provenons tous, un jour
Besoin de la revoir sans cesse, sans cesse
Sa disparition donne vie au jour, tous jours
Lui ne peut tenir des jours et des jours, sans cesse
Besoin de la nuit
Nuit
Pour mieux voir le jour
Jour
Apporte la vie
Vie
Par la grâce de cette présence
On voit le jour
Jour
Besoin de la nuit pour voir les autres jours
Nuit
Besoin d’une vie
Pour voir les beaux jours
Pour apprécier les belles nuits
Pour aimer la vie
Vie
Et un jour
Débarque la nuit sans fin
Sans fin
Elle nous mord
Mort
Pour tout jour
Auteur / revue Miroir
À celles qui ne regardent pas
Ô Lois Éternelles.
Suzeraines de la chimie, de la physique, du monde quantique.
Les crédules habillent leurs angoisses d’êtres magiques. Les lumières qui en découlent les rassurent.
Tous ceux-là chérissent leurs ignorances.
À en devenir agressifs, assassins.
Ils vous confondent, ô Lois Éternelles.
Vous assimilent à des marionnettistes dotés d’une personnalité surnaturelle.
Ils comptent influencer le mouvement du monde par leurs attitudes serviles qu’ils s’imposent, qu’ils imposent.
Comment vous atteindre.
Comment penser cette gageure.
D’autres, ou les mêmes, savants en diable, préparent la conquête de l’Univers. Leur espoir d’un salut.
Les plus déterminés pensent asservir vos compétences, pour leur bien, pour leurs convictions.
Leur sérieux les entraîne à rafler, saccager, s’approprier tout ce qui leur convient.
Je me trompe, je vous entends glousser.
Ou, je confonds avec l’écho du big-bang ?
Ô Lois Éternelles.
Vous voilà vexées.
Et vous repartez.
Veuillez transmettre, par-delà la Grande Ourse, mon bonjour au Temps.
N’omettez pas de lui rapporter les grands malheurs qu’il nous impose.
Il abîme si vite notre courte présence parmi vous.
Que de difficultés à vaincre lorsque l’on hérite de la condition humaine.
Sachez-le.
Le livre des pourquoi
J’ai volé dans ma tirelire. 20 euros. Pour acheter Le livre des pourquoi.
Pourquoi ?
La réponse des parents, « Quand tu seras grand tu comprendras mieux », m’exaspère.
Maintenant que j’ai huit ans, ils répondent toujours pareil.
Ma solution, prendre mon destin en main.
Demain j’achète Le livre des pourquoi.
*
J’en ai appris des trucs dans ce bouquin.
Côté explications on est proche des parents. L’impression que personne ne comprend les situations de la
vie. Chacun brode à sa façon, avec ce qui lui convient.
Ils avertissent dès les premières pages.
_______ Pourquoi je suis là ?
_______ Pourquoi nous en sommes là ?
_______ Pourquoi je lis ce livre ?
Ces questions, insolubles, représentent la triade fondamentale des pourquoi, un résumé en quelque sorte.
*
Je sais parler des pourquoi. Je sais les fabriquer. Pour y répondre, difficulté infranchissable.
Pourquoi quand il y a plusieurs pourquoi on ne place pas de « s » à la fin de ce pourquoi pluriel ?
La réponse, c’est un adverbe, celle-là n’explique rien, mais ceux qui l’utilisent ne ressentent pas le besoin de réfléchir plus loin.
Pourquoi il n’y a pas de « s » aux adverbes ?
« C’est comme ça » répondent les mêmes.
Explication plus courte que celle des parents. Sans espoir d’en savoir plus un jour. Une tristesse cette mentalité.
*
Pourquoi les végétaux poussent ?
Au cours d’une discussion, longue, très longue discussion, où je peine à suivre le docteur en biologie
végétale, à mon nouveau pourquoi, là il me dit « Qu’est-ce que j’en sais. »
*
Pourquoi y a-t-il besoin de sexes pour se reproduire ?
Là, personne ne veut discuter ce point avec moi.
La question ne se pose pas. Je ne vois pas pourquoi.
Pas curieux ces adultes.
*
Pourquoi je suis l’élu parmi des millions de spermatozoïdes ?
J’en ai fait rire un paquet avec ce pourquoi.
Au niveau réponse, même pas une piste.
Si ce n’est, « Tu iras loin mon petit gars, si tu continues comme ça », ou d’autres réflexions aussi
intéressantes.
*
Pourquoi nous détruisons nos ressources naturelles ?
La surpopulation prétendent certains, tout de suite d’autres affirment que le consumérisme nous détruira.
Les lois du profit vocifèrent ceux plus politisés. L’avidité des exploiteurs renchérissent les moins
diplomates.
Parmi ces savants, personne développe, tous hurlent la conviction qui les tient. Des chamailleries s’en mêlent.
Des coups s’échangent.
Plus moyen de parler.
Bagarre générale en guise de discussion.
*
Je choisis de ne plus m’adresser à personne pour réfléchir à mes pourquoi.
Je les fabrique en cachette. J’ai peur de provoquer de nouvelles disputes. Les réponses qui n’avancent rien ne m’attirent pas. Les adultes, eux, en consomment un max.
Je recherche des explications solides, pour me construire.
*
Pourquoi je n’aime pas tous le monde ?
Pourquoi je ne peux pas rester dans un coin, sans respirer, sans manger, sans rien faire, et attendre que le moment d’exister me convienne ?
Pourquoi je ne peux pas voler ?
Pourquoi je ne peux pas aller sur la Lune par mes propres moyens ?
Pourquoi je suis comme ça ?
Pourquoi on ne peut pas arrêter le temps ?
Pourquoi il n’y a pas de « T » au temps, alors qu’il est tout seul ?
Pourquoi je ne peux pas y voir au fond de la matière, regarder les quarks ?
Pourquoi les rejets de mon corps, des organismes s’en nourrissent et vivent de ça ?
Pourquoi seul mon chien Tauby a la capacité d’expliquer comment fonctionne le monde ? Lui me parle comme personne.
Pourquoi ne pas révéler aux enfants ce que Tauby a compris grâce à sa patiente observation du monde ?
*
Tauby n’existe plus depuis un paquet de décennies. Mon tour approche. Les pourquoi restent. Les
intellectuels-philosophes-politicars convaincus de tenir une vérité solide organisent des batailles. Voire la
guerre quand leurs certitudes les enflamment. Les plus habiles survivent.
Avant d’en finir je désire apporter la réflexion qui a mené mon existence, celle d’un chien, « Chaque personne se réfugie derrière ses principes, son mauvais goût, ses délires, ses fantasmes, sa folie. Toi et moi compris ».
Reste l’ultime, pourquoi tout ça ?
Si j’étais le vent, je cueillerais les parfums de la terre,
le cantique des oiseaux, le bruit d’écume de la mer
à l’approche de tes pas.
Si j’étais un nuage, je voguerais la nuit jusqu’aux étoiles
pour les poser en pluie dans le jardin, dans le murmure de l’aube
et sur tes rêves.
Si j’étais herbe haute, je frémirais au vent léger qui court les champs
et j’ouvrirais le bal avec les coquelicots, le bleu du ciel
Et la fougère de tes yeux.
Si j’étais un arbre, je vibrerais dans la lumière de tes mains
jusqu’aux racines, au feuillage berçant les premiers fruits
et la sève de mon corps.
Si j’étais une rivière, j’irais de pierre en pierre
traverser tes désirs jusqu’à la transparence
pour abreuver ta soif.
Si j’étais ce poème, j’écouterais ton souffle
tes longs regards et ton silence
qui débordent mes mots.
La lumière s’est enfuie
dans le torse de l’arbre
l’argile sombre de la terre
La lumière s’est enfuie
sous la vague violente
la forêt des coraux
La lumière s’est enfuie
de l’arpège du vent
de l’aquarelle des fleurs
La lumière s’est enfuie
au fond du ciel obscur
et l’étoffe des nuages
La lumière s’est enfuie
de tes mains de ton front
de l’écharpe des rêves
La lumière s’est enfuie
de ta vie qui avance
du sourire des matins
la lumière s’est enfuie
mais peut elle renaître
sans l’éclair de ta joie
Elle pénétra avec délice dans l’hôtel particulier pour visiter l’exposition.
L’atmosphère raffinée du lieu la ravissait. Elle avait hâte d’entrer dans les œuvres de ce peintre espagnol…comme dans une révélation… pensait-elle.
Oui sans conteste c’était le maitre de la lumière…et que de tendresse dans l’évocation de ces pêcheurs le soir et de ces petits enfants lumineux, pleins de vie au bord de la plage ! Les femmes aussi étaient magnifiées, dans la finesse de leurs traits, leur beauté maternelle. Elle glissait dans les teintes brillantes de la mer :vraiment sublimes, irréels, ces bleus de l’eau, l’écume étincelante, et souvent, l’orange du couchant dans les vagues ! Des vagues orange qui la transportait. Elle n’avait jamais vu tant de délicatesse mais aussi d’audace pour suggérer les paysages et la couleur de l’air.
Il a peint ses vagues en orange ? Tu as vu, disait une visiteuse, trop bizarre !… et sa fille malade là bas, disait une autre , elle est grise sur des coussins très blancs fondus dans la lumière du paysage en arrière plan !
Elle s’éloignait de ces réflexions qui la heurtaient. Oscar Wilde avait bien raison, l’art n’imitait pas la nature, mais c’est par lui que se créait notre vision du monde,… les brouillards avec Turner et Monet, les champs de coquelicots le soir avec Renoir, les étangs de nymphéas avec Monet encore. Et là, ces couleurs liquides de la mer, la grâce des silhouettes, l’évanescence des corps d’enfants dans l’eau, devenus eux mêmes liquidité, et cette matière palpable de la lumière, quel regard profond ! Klee aussi avait raison de dire que « l’art rend visible » !
Elle pensait à Proust cherchant fiévreusement dans les mots « l’équivalent spirituel » des sensations, à Rimbaud et à son projet d’une « langue de l’âme pour l’âme »…
C’était la même démarche en peinture pour dire le réel et l’émotion en nous.
Sublime ! disait un groupe de touristes sur le parvis de l’hôtel…Elle, repartait, un peu étourdie, la tête bourdonnante d’images et de secrets révélés.
Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.
Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
elle est pour moi vibration de la mère perdue
qui se sentait happée vers la fin de sa vie
par ces notes distillées,
comme les trois syllabes de son prénom.
Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
qui cheminait depuis l’enfance de son nom
et qu’elle comprenait à présent,
évidente certitude.
Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.
Peut être me parle-t-elle quelquefois,
dans ce chant qui mesure l’espace,
de ce séjour nouveau…
Miroir tendu
__________ sur la commode
dans le cadre d’or
la fenêtre où
__________ tremble l’eau
__________ __________ de la lumière
chemin d’odeurs
et ton visage
__________ en filigrane…
le jour baigne
ses heures
__________ et leur feuillage
sous la peau
brûle encore
la forêt d’un regard
__________ _____la pervenche
du ciel
l’espace nu…
le temps bascule
à froisser incertain
_______________ les souvenirs
et la prairie des mots
dans le silence
__________ __ sous la neige
la chambre vacille
dans la blancheur des murs
__________ __________ __ de la mémoire
où le vent s’assoupit…
L’odeur des astres
Quand je m’approche de l’intérieur de mon poignet j’y trouve l’odeur que je préfère, celle de la maison qui a mangé les années, il y a parfois un peu d’un lendemain dans lequel j’oublie demain – je n’ai toujours pas crié au bord d’un précipice et quand je vois Izée le faire je me mets à pleurer – mais je peux sentir, comme des diapositives qui se succèdent, l’odeur du lait sucré dans le berceau, celle du parfum de ma mère, celui de ma soeur lorsqu’à son tour elle fut mère pour la première fois, l’odeur de l’inconnue dans le bus qui ne voulait pas qu’on sache qu’elle était sa maison, l’odeur pour ce vers quoi je suis tant amoureuse mais aussi celle de la peau qui a chaud – à force de vivre – celle de la pluie en été puis les retours du mimosa ;
je pourrais aligner les traces et étaler ma vie de cette manière, les ingrédients qui participent à retrouver le jour sont ceux que j’espère porter encore longtemps sur le dessous de mes bras.
Les substances d’un jardin des subsistances qui même sans espace se comptent en hectare – je ressemble à un ovale qui ne pourrait jamais se fermer – quelque part là sur le milieu de mon paysage sous cette envergure secrète. Quand j’y mets l’odeur des astres la caisse de résonance s’ouvre un peu plus, il m’arrive souvent de considérer que ce qui m’habite est la persistance d’étoiles au chevet de mes yeux – quand l’odeur apparaît l’image s’en suit –
À mesure que le temps passe je sens l’odeur du brûlé gagner mes os, l’impact des veilleuses prolongées.