Pour la faim pour la soif
Pour la fatigue
Et tous les clous du corps
Ô Feu embrase-moi

Pour le chaud pour le froid
Pour la douleur
Et tous les brisants du corps
Ô Fumée envole-moi

Pour le raide pour le pesant
Pour la lenteur
Et tous les craquements du corps
Ô Cendre poudroie-moi

Pour le cri pour le silence
Pour l’attente
Et toutes les épines du corps
Ô Nuage couvre-moi

Pour le jour pour la nuit
Pour le sommeil
Et toutes les rives du corps
Ô Vent souffle-moi

Pour le rire pour la joie
Pour l’éveil
Et toutes les fêtes du corps
Ô Pluie emporte-moi

Pour le visage pour la main
Pour les lèvres
Et les yeux clos du corps
Ô Songes gardez-moi

Pour les mots de la fin
Pour ce qui nous quitte
Et Rêve devient
Ô Verbes parcourez-moi.

Entre-deux

Vous vous êtes égarée
L’épreuve était trop grande
Vous vous êtes retirée
Sans la moindre demande

Pas même des voyants rouges
Ni de l’alarme sans fin
Pas une seul membre ne bouge
Vous n’aviez peur de rien

L’espace de quelques heures
Vous vous êtes détachée
Du Bonheur, du malheur
Vers une île enchantée

Pour reprendre votre souffle
Respirer hors du temps
Là où personne ne souffre
Ni passé, ni présent

Pour vous sentir légère
Dans ces voiles incertains
A vous-même étrangère
Spectre dans le lointain

Mais percevant l’appel
Tout au fond de votre âme
D’un petit être frêle
Qui, sans cesse, vous réclame

Soudain, vous revenez
De l’extrême solitude
Vers cette vie humaine
Vierge de certitude

De vous-même n’êtes plus l’ombre
Comme vous le croyiez
Car sur ce moment sombre
Le soleil a brillé

Si j’étais le temps,
J’allongerais nos jours
Et les ferais pluriel,
Ralentirais nos nuits
Pour les rendre plus belles.

Je cadencerais nos pas
Et battrais la mesure
Métronome harmonique
De nos soupirs
De nos danses, évidences,
Fulgurance de nos silences.

Si j’étais le temps,
Je courrais après toi
Pour te « Portée »


Le « Fa »
Le « Sol »
Le « Si »
Le « Do »
Le « Mi »
Le « Ré »
Le « La »


Juste pour t’enlacer,
Te murmurer avant la chute « pardonne moi »
De n’avoir su te garder près de moi
Te dire je t’aimais tant
Tant qu’il était temps.

Mais le temps a passé,
Les flocons ont tournoyé,
Un voile s’est déposé
Sur la clarté du jour
Et l’ombre de la nuit.
Et j’attends quelque chose
Qui n’arrive pas,
Que quelque chose vienne,
Quelque chose du fond de moi.


Si j’étais le temps …

Mes cheveux-chanvre
Des doigts comme des bides à bière
J’ai les mains qui craquèlent
Elles sont aussi roses-pointe-de-sang
Que tes pommettes
Aussi crocodiles que les autres hivers
Et quand ce sera pâle et tout blanc
Et quand ce sera comme de la cire
Et quand tu auras des larmes
Qui feront des tâches sur le goudron
Qui feront des trous dans la neige
Des trous de pattes de chat
Des trous comme les petits trous
À la surface de la peau
Les petits trous que j’imagine
À la surface de la lune
Quand le soir tu me regarderas
Avec la lampe presque bougie
La lampe qui fait comme
Des coulures
Comme celles sur nos joues
Qui viennent saler
Le bout de ma langue
Quand le poivre
C’est le froid dans le creux
De mes mains qui craquèlent
Alors je m’endormirai.

Je garde en tête
Le table, le contre plaqué blanc avec
Les matières comme au bord de la mer
Ce qu’on a laissé couler
Du verre dépoli
Des écritures comme une autre langue
Des bribes de goût
Et celui de tes lèvres
La table qui raconte
La veille anticipée et
Les basses c’est pas un peu fort?
Qui essayaient de cacher le coin
De tes mots


J’ai encore en tête
La ceinture de tes pupilles, j’essaye
Y’a comme une rivière qui passe
Dedans et pas si loin
Des tâches de couleurs,
Comme celles sur mon écran
Comme les fautes que je lis
Elles sont faites avec
De l’encre hyper épaisse
Elles font plisser le coin
De mes paupières


J’ai dans ma tête
Des jardins ocres


J’ai des reflets au bout des doigts
Est-ce que je veux les partager?

Je dis
Le monde n’est pas fait pour qu’on s’aime
Ni pour qu’on se retrouve le monde ne veut pas de notre rencontre
En tout cas, on n’est pas libres.
Je le dis à voix haute, pour fixer ce que je ressens dans l’air
Chauffé de la pièce.
Pendant qu’on râpe des carottes
En rigolant
Dans la nuit sombre de 16h30.

Je dis
__ – la poitrine serrée comme un pochon
__ – comme un con mal lubrifié
Cette angoisse est un produit de notre repli bourgeois
Tu dis
Je n’ai jamais vu aussi peu de monde pendant si longtemps
Je dis, notre repli bourgeois et occidental
Sur nous-mêmes
Et je prends le cachet qu’il me tend
Dans la nuit sombre de 16h30.

Je dis
J’ai mes règles
Le monde n’est pas fait pour nous, il est où
Déjà
Le monde
Tu es chaude et douce comme l’intérieur,
un utérus Tu dis,
laisse-moi dormir
Et je pars faire du café
Le soleil se lève
il est passé 7h30.

Je dis
On pensait que c’était la fin du monde et on serait trop bien
Finalement c’est comme avant, mais en pire
Je suis immobile tu t’apprêtes à bondir
Je mange mon brownie dans la pénombre
Il est 15h35.

Je ne vois plus le soleil
L’autre est nocturne
L’âme taciturne

Je ne vois plus le soleil
Imperceptible grisaille
Brume ma flamme

Je ne vois plus le soleil
L’espoir inattendu
La lueur d’un printemps

Je ne vois plus le soleil
Le temps qui passe
Le bleu du ciel

Je ne vois plus le soleil
Les oiseaux virevoltants
Le souffle du vent

Je ne vois plus le soleil
L’appétence de vie
L’immensité des nuits

Je ne vois plus le soleil
Le fruit rouge d’amour
L’aube qui s’éveille

Je ne vois plus le soleil
La force silencieuse
La clarté de ce monde

Je ne vois plus le soleil
La constellation des étoiles
Le chemin de nos pas

Il n’est pas de poisson

Il n’est pas de poisson
Qui aime à buller
Dans les prés du printemps

Il n’est pas de poisson
Déployant ses branchies
Au doux air de l’été

Il n’est pas de poisson
Détestant frétiller
Au fil de l’onde fraîche

Il n’est pas de poisson
Evitant les courants
Pour se laisser porter

Il n’est pas de poisson
Repliant ses nageoires
Au plus fort de la vague

Il n’est pas de poisson
Qui du fieffé pêcheur
Ne flaire les appâts

Il n’est pas de poisson
S’accrochant à l’hameçon
Après mûre réflexion

Il n’est pas de poisson
Ne désirant nager
Dans le filet des mots

Il n’est pas de poisson
Filant entre le lignes
D’un carnet poétique

Il n’est pas de poisson
Qui ne soit attiré
Par l’encre du poète

Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
elle est pour moi vibration de la mère perdue
qui se sentait happée vers la fin de sa vie
par ces notes distillées,
comme les trois syllabes de son prénom.
Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
qui cheminait depuis l’enfance de son nom
et qu’elle comprenait à présent,
évidente certitude.
Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

Peut être me parle-t-elle quelquefois,
dans ce chant qui mesure l’espace,
de ce séjour nouveau…