Lorsque tu déserteras mes habitudes

Lorsque mon cerveau sera dans ma bouche,

lorsque ma bouche sera badigeonnée d’arcs,

lorsque depuis les arcs j’entendrai venir le soir,

lorsque le soir arrivera tôt,

lorsque le tôt rectifiera le tir,

lorsque le tir conjuguera mes hantises,

lorsque mes hantises prendront le large au sud d’une île déserte,

lorsque tu déserteras mes habitudes,

lorsque habiter une fenêtre sera déplacé,

lorsque se déplacer sur un serpent,

lorsque serpenter comme parchemin,

lorsque s’échinent les effondrements,

lorsque s’effondrer ne sera plus une qualification,

lorsque décalquer le ciel fera pleuvoir des illusions,

lorsque l’illusion parfumera la chambre du bas,

lorsque le bas devinera sur quelle échelle se reposer,

lorsque le repos sera synonyme d’élégance,

lorsque les gants géants franchiront la frontière entre le rêvé et l’oublié,

lorsque l’oubli dilatera l’indice,

lorsque l’indicible oubliera de laisser les clefs sous le paillasson,

lorsque sur le paillasson sera écrit « jamais »,

lorsqu’au cœur d’une mante religieuse ne se trouvera plus jamais ton cœur,

alors, ton aveu viendra.

La sincérité d’une flèche

J’ai une amie qui n’écrit pas.

Cette amie existe, mais elle n’écrit pas.

Toute son existence est auréolée de

marxisme et d’élégants dialogues.

Avec elle jamais je ne trouve l’ennui.

Il y a toujours beaucoup de souplesse et de

rebondissements.

La sincérité d’une flèche.

Je dois dire que, cette amie, est en

perpétuel équilibre sur le cercle sur

des ronds de fumée qu’elle sort de sa

bouche.

Car jamais ne tarit sa fumée intérieure.

De dedans elle invente des mots, des

royaumes.

Elle s’écrit, de dedans.

Je suis presque sûr qu’elle en est à son

troisième roman.

Ou même à son cent unième car ses romans

sont sans doute très courts

ou sans doute même ne garde-t-elle

que les titres :

« Vingt kilomètres d’ambiance »

« Would you be my carpat ? »

« La folle histoire de Bouche-Cousue »

« On n’entend une mouche approcher »

« Les flocons prudents »

« La licorne gémit trois froids »

Cette existence effacée échappée

dissimule ses déclics

climats dérobés

aux tissages Damassés.

Il ne faudrait pas jalouser un tel esprit

qui perle d’éclats.

Sa tendance décoratrice

à se positionner face au monde

qui pour lui n’est qu’une énorme fiction

une énorme blague complexante

prise dans l’étau du réel

de la lutte des classes

de la crèche au lycée.

Lutter avec classe contre

l’énormité.

L’énorme noyau de sauterelles.

Non. A contrario de la jalousie nous devrions préférer

l’imitation.

Noircir les pages de nos cerveaux

de titres et autres

histoires courtes.

L’énorme monde irait sans doute mieux

si nous étions tous

des non-écrivains.

Contrepoint

C’est le début et c’est le commencement
La fin qui se poursuit, l’épée qui gargouille

J’ai envie de dire et je meurs de dire

Ma bouche un pot d’échappement
Mon nez un pot d’échappement

Du rien terminé au presque prête

Porter un regard sur le système
Fermer une fleur sur le cylindre

C’est Mozart qui hurle comme ça ?

J’aimerais vous acheter ce dragon
J’aimerais vous rencontrer

Il se fait tard, ne rentre pas aujourd’hui
Notre besoin d’érotisme surplombe
Notre besoin d’enracinement

C’est Wagner qui pleure comme ça ?

C’est le début et c’est l’ironie du tout

Chaque grain de beauté a son lot d’information
Si tu achètes ces dragées ta fortune double
Si tu vends ton hameçons ton oubli sera exubérant
Chaque lune a son lot de d’incompréhension

Je ne comprends pas trop le gens
Je ne comprends pas ce que tu dis

Il se fait tôt, jouons en équipe

Lorsque tombe le « chien loup » et que la lumière fait place aux nuances d’ombre crépusculaire mais que flottent, encore, éparses et tendres, dans le ciel, quelques nuages roses suspendus dans l’immensité du néant, tandis que peu à peu s’éteint la cacophonie du monde pour faire place à la quiétude de la nuit qui revêt son habit de velours, et qu’à l’autre bout de la France, se ferme la porte de ce bureau, que tu déposes ton habit d’apparat, ton smartphone dans la poche de ton pantalon, que tu caresses, en dépit de tout entendement du bout de tes doigts, au moment où tu montes dans ta voiture pour prendre cette route, tant de fois empruntée, qui te mène à ta vie de famille qui t’attend sagement comme chaque soir, quand au-dehors s’évaporent les couleurs et parfums du printemps qui vient d’éclore donnant un semblant de vie à ce décor de mort, le temps s’est figé depuis un an déjà. Tandis que glissent mes vêtements sur le sol, que mon pied effleure l’eau tiède et insipide de ce bain aux senteurs vanillées, et que doucement, en apesanteur, mon corps exsangue et tangue, nue et blanche chair, qui se fond doucement dans la moiteur de cette pièce, pendant que l’obscur s’étend à perte de vue et que la nuit finit par engloutir le jour, lorsque la douceur de mes pensées volubile jusque toi, que la route défile sous tes yeux à la vitesse de l’éclair, quand tu touches encore inlassablement de tes mains ce petit écran de verre qui nous sépare, posé sur le siège à coté de toi, alors surgit de nulle part ce camion aux phares blancs et aveuglants, qui vient couper ta route dans un bruit de frein violent qui fracasse l’écosphère en deux.
Il ne reste soudain que ce terrifiant silence qui hante à jamais mes nuits.

Tandis que le ciel de la baie se teinte de bleu, le bleu laiteux du ciel, l’azur du ciel toujours plus bleu, le bleu céleste du printemps pastel ; tandis que le printemps céruléen féconde des bourgeons aériens, l’éveil des abeilles sur les bourgeons, la joie exaltée des fleurs humides de rosée, les norias de fleurs qui scintillent à la lumière du jour éclosion ; tandis que le jour lumineux se dépose sur les toitures des maisons, sur les nervures des troncs d’arbres, sur les voilures des goélettes, sur les chevelures assises en terrasse, sur les chaussures ensoleillées ; tandis que la chaleur du soleil se répand sur les pieds nus, les mains nues, les cuisses nues, les bustes nus, les nombrils nus, les paupières nues, sur la peau du cerveau qui se dénude à son tour ; tandis que la peau nue du cerveau s’encre de bigorneaux amoureux, de siestes à l’ombre des falaises, de baignades dans la mer d’Iroise, de glaces aux fruits rouges, de vins nature entre chien et loup, tandis que chaque chose devient une image dans le cerveau nu, chaque chose posée, chaque chose imposée, chaque chose fluide, chaque chose figée, chaque chose rémanente, chaque chose fugace, chaque chose présente, chaque chose enfouie ; soudain le cerveau prend froid. Il estompe la place de chaque chose et convoque l’image monochrome, l’image fantôme, l’image hématome. Ton corps liane. Aux chairs serrées à la base du cou. Le bleu des traces de la corde sur ton cou. Le bleu nuit de l’hiver à perpétuité.

J’ai boutonné ma veste, le menton bien baissé, tu as répété je ne sais pas comment faire, autrement et moi ça m’a désertée, j’ai hoché la tête comme une gamine qui fait semblant de comprendre, j’ai hoché et je suis sortie.
J’avançais d’un pas pointu. C’était violent, efficace, ça m’arrangeait ouais.
Hier j’ai eu la même conversation, avec un autre, il a dit un truc similaire l’amour en moins. Et j’ai senti juste entre mon coeur et tout le reste en-dessous un courant glacé, traduction non simultanée
de ce que tu voulais me dire
de ce que tu avais dit.
Donc superposition de violences
chaos enclenché.
Je t’aime ouais.

Elle est belle comme le jour, et pourtant la nuit devient sombre, parfois.

Des heures durant, elle regarde le même film sur le même écran, et la minute suivante ne sait plus si oui ou non il voulait du thé.

Le matin, elle oublie souvent de manger; le midi, elle s’en souvient, c’est déjà trop tard, cela attendra encore un peu, se dit-elle.

Elle trouve ses chats très drôles, ne trouve pas du tout que les gens sont intelligents à leurs façons. Elle va même jusqu’à dire que les gens sont cons…

Et enfin, aujourd’hui, elle en parle, elle cherche à comprendre, elle ne veut plus porter sa souffrance seule, alors elle porte des tresses qui lui vont bien et décide d’en parler. Elle cherche à comprendre pourquoi d’une minute à l’autre elle ne sait plus si oui ou non il voulait du thé. Elle cherche à comprendre pourquoi il était si difficile de supporter l’école, pourquoi elle acceptait sans rechigner la discipline du cours de danse classique, chignon bien épinglé, justaucorps ajusté, collants roses non filés, professeure archi-sévère et photos du calendrier annuel.

A 10 ans, elle dévore les livres écrits en langue anglaise -cela lui parle mieux-, vomit les manuels de mathématiques et de physique. Elle crie « Je déteste les musées » mais ce n’est pas vrai, elle adore contempler le même tableau pendant de longues minutes, ce qu’elle déteste vraiment c’est aller de l’un à l’autre…C’est là, je crois, qu’il faut chercher, contempler le même tableau pendant de longues minutes.Tu as 20 ans et tout reste à écrire.

POUR celles et ceux qui voulaient venir
POUR celles et ceux qui ont réuni tout l’argent qu’elles et ils n’avaient pas
POUR celles et ceux qui en ont rêvé et pas seulement la nuit
POUR celles et ceux qui y ont cru
POUR celles et ceux qui y croient toujours le corps inerte traversé de tonnes d’eau salée et d’oublis
POUR celles et ceux qui ont promis qu’ils reviendraient
POUR celles et ceux qui ont voulu osé tenté essayé bravé sacrifié tout
POUR celles et ceux qui ne sont arrivé.e.s ni à bon port ni à aucun port
POUR celles et ceux qui ne sont pas venu.e.s, qui n’ont rien vu, qui ont vaincu leur peur du désastre.
Quand la nuit tombe, nous tremblons, pareil
Quand l’enfant paraît, nous exultons, pareil
Quand notre mère expire, notre cœur brise, pareil.
Les archives de la mer ont une mémoire insondable
Mieux vaut laisser de beaux souvenirs derrière soi.

Je me dis souvent
si je meurs demain
mes regrets me feront la haie d’honneur.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
une fille j’aurais bien aimé une fille.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
si c’était à refaire
je ne demanderais pas mon chemin.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
le bébé qui ne vient pas
il doit avoir ses raisons.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
il y en a qui s’aiment.
Et ça change quoi ?
Je me dis souvent
si
alors.
Et ça change quoi ?