Deux verres à pied
Posés
Près de la cheminée
Des vers
Concis
Il y a
Dans le secret du cristal
Des bulles
Conciliabule
***
Oiseau
Ami
Être
De passage dans la vie
Et moi, baladin et poète
Observe
Écrit
Retient
Deux verres à pied
Posés
Près de la cheminée
Des vers
Concis
Il y a
Dans le secret du cristal
Des bulles
Conciliabule
***
Oiseau
Ami
Être
De passage dans la vie
Et moi, baladin et poète
Observe
Écrit
Retient
Mon angoisse
Tu m’enlaces
Comme un amant
Aimant
Comme la mer qui monte
Tu envahis mes pensées
Poison qui coule dans mes veines
Éloigne toi de moi
Va t’en
Tu m’étouffes
Tu me broies
Tu me rendras folle
Éloigne toi de moi
Que faire pour te chasser
Tu n’auras pas raison de moi
Arrière !
Au secours
Je me noie
Éloigne toi de moi
Je t’en conjure
Cauchemar éveillé
Tu es ma compagne fidèle
Rompre avec toi
Divorce souhaité
Rends moi ma liberté
Je t’en conjure
Je suis là depuis tant de temps comme un vieux chêne creux. Je t’observe d’un œil pétillant comme un jour de fête.
Tu sautes à pieds joints sur les chemins de terre
Tu joues à cache-cache avec le soleil
Tu grimpes aux arbres pour te pendre à l’envers sur une branche. Ta jupe recouvre alors ta tête. Tu montres ainsi ta culotte au ciel.
Tu t’en fous
Tu n’es pas pudique
Tu as à peine conscience de ton corps
Tu es trop occupée à découvrir le monde
Tu me sautes au cou. Me serres presque jusqu’à l’étranglement.
Tu déposes des bisous baveux qui claquent au coin de mes joues.
Tu joues avec mes cheveux comme si j’étais une de tes poupées.
Tu es fraiche.
Tu crois en tout. Tu pleures pour un rien. Même pour un escargot écrasé.
Tu aimes tout le monde.
Tes amis imaginaires, tes nounours et tous ceux qui gravitent autour de toi.
Tu es belle comme la rosée.
Tu éclos chaque matin
Tu n’as pas peur de demain
Tu connais tout juste le mot hier
Tu vis au jour le jour.
Tu croques les heures
Tu glisses sur les minutes
Avec ton innocence et ta candeur.
Mes yeux se ferment de vieillesse
Tu me réveilles avec la cloche de tes rires
Tu es l’église de mon existence.
Tu es vide d’expérience
Tu es pleine d’imagination
Tu es un tout
Tout petit d’homme
Tout doucement
Tout en toi s’éveille
Alors qu’en moi, tout meurt.
Je pique les saucisses avec ma fourchette.
Je les aligne sur la grille.
L’odeur des herbes de Provence me chatouille les narines.
Une belle journée d’été entouré du soleil et de mes amis. Je m’éloigne discuter avec Émilie
Nous ne nous sommes pas vu depuis 10 ans.
Soudain, l’odeur du brûlé me rappelle ma mission culinaire.
Le noir des saucisses calcinées.
L’odeur piquante du brûlé.
La fumée qui enveloppe l’air.
Un brouillard léger dans lequel je me noie d’un coup.
Je transpire. Je tremble. Je vacille. La panique m’envahit.
Flash-
Les flammes bougent comme des danseuses en habits de lumière.
Elles sont si nombreuses. Le balai de l’enfer flamboie
Flash –
L’immeuble s’écroule peu à peu comme un château de cartes. Je ne suis qu’un pion sur un jeu de hasard.
Flash-
Les cris d’un bébé au dernier étage comme s’il venait de naître alors qu’il va sans doute mourir.
Flash-
Les gens rescapés et blessés entassés à terre comme mes saucisses.
Cramés comme elles.
Flash-
Le saut d’une femme. Poupée de chiffon vole dans l’air comme
superman mais s’échoue sur mes pieds. Le poids de la mort soudaine se répand sur ma jambe
Flash-
Les chairs ont éclaté partout sur moi comme les saucisses sur le barbecue.
Flash-
J’ai peur. Je ne peux pas. Je veux prendre mes jambes à mon cou Je ne peux pas. J’irai bien sauter dans les flammes. Je ne sais plus ce que je dois faire. Je ne sais plus où je suis. Je suis perdu. Mais je suis urgentiste. Je conduis cette ambulance qui sauvera des vies. Je me force à rester immobile, à fermer les yeux que je dois cependant garder ouverts.
Je retire du feu les saucisses qui pourront être mangées. Je jette les autres comme j’aimerais jeter des souvenirs.
20 ans déjà….
Mon amie s’approche.
Je dégouline de sueurs.
Elle me dit de m’éloigner du barbecue.
Je voudrais juste m’éloigner de ma mémoire. Oublier.
Comprendre.
Arrêter d’entendre que je suis une personne courageuse car je sauve des vies. J’aimerais crier : j’ai un trauma. Je ne suis pas mort mais je ne suis pas totalement en vie.
En quête de la clairière, je poursuis inlassablement l’orée des bois
Les murs sont invisibles, je cherche des passages et cours à bout de souffle,
Pionnière de mes présages
Attache
Profonde
Entaille originelle
Quand j’entre c’est la cuisine avec la table, je m’assois avec elle et puis je fais une tisane
Quantité de tisanes dans le buffet, entourées d’objets qui n’ont pas vu la lumière depuis
Les meubles ne bougent plus, les recoins poussiéreux racontent toujours pleins d’histoires
Murs poreux et usés, particules de craie, de couches de papiers peints, régulièrement ça s’effrite et ça tombe, on recouvre, on continue
Je me lève parce que moi je peux, et je sais où est le sucre, et le miel, et les cuillères, et les tasses, et la boîte en aluminium encore cachée en hauteur parce que dedans il y a le chocolat.
J’allume la lumière parce qu’une cuisine paysanne dans la Marne en novembre c’est sombre.
Ça m’a toujours fait rire mes grands-parents qui vivaient à moitié dans le noir jusqu’à 17h peu importe la saison, soucis d’économie ou traversée du temps,
quand il y avait moins de fenêtres dans la cuisine, quand la cuisine était une écurie à chevaux, quand les moutons passaient la tête par la fenêtre, quand la fenêtre fermait mal, quand la porte restait ouverte sur la véranda où ma grand-mère faisait les frites au saindoux, quand un matin d’hiver à 7h avant de prendre le bus je venais embrasser mon papa et mon grand-père qui buvaient un café en goûtant le boudin noir tout chaud, eux frais comme des gardons debout depuis 5h, moi absorbée par le seau empli de sang pour lequel mon récent petit-déjeuner n’était pas prêt, quand la cuisine était pleine de monde le dimanche surtout d’enfants avec moi dedans aussi
Je vais machinalement dans le salon attenant à la recherche de quelque chose mais je ne sais jamais quoi, je déambule dans la maison de plein pied comme on se balade, je reviens m’assoir sur une chaise désertée de la vie de mon grand-père et ça me fait rire, de sa place on voit bien la porte qui sépare la cuisine du salon, cette porte qu’un dimanche il avait fini par enlever de ses gonds parce qu’il en avait ras-le-bol qu’on la claque, les enfants et leur lubie de claquer les portes
Sans un mot il avait fait ça, sourire espiègle, ses yeux complices quand en parallèle des remontrances perpétuelles de ma grand-mère sur notre attitude à table il piochait dans le plat avec sa fourchette.
Son couteau suisse dans la poche de mon frère, sa montre accrochée dans une autre maison remontée chaque jour par mon frère, pendant que l’horloge du salon n’est remontée par personne, elle est morte elle-aussi et puis voilà
J’ai aimé la maison de ma grand-mère et quand j’y suis je ne sais plus quand nous sommes
Je crois qu’elle non plus
Elle va mourir, les fantômes restent
Quant à moi
Le jour qui se lève,
Le chant des oiseaux,
Tes mots sur mes paupières.
*
De tes mains
Je sens la caresse,
Le souffle du vent,
La beauté du monde qui s’éveille.
le ciel est une question de bleu
de gris de troublé
déposé sur le toit
un coup sur moi un coup sur toi
Le port est une question d’asphalte
d’abribus vitré
et de pavés alignés
devant le quai
la mer est une question de coquillages
à écouter briller
après chaque vague gommée
derrière le quai
la main est une question de promenade
le matin le dimanche
l’hiver l’été demander
le ciel qu’est-ce-que c’est ?
Tu me diras
les soirs fabuleux
les moments défectueux
tu m’appelleras trois fois par mois
en oubliant pourquoi
on en est là
tu chercheras par vent froid
un abri à tout prix
l’utopie de nos espérances
passées
embrasse-la pour moi
Dans une boîte
j’ai rangé
mon premier cheveu
blanc
nul ne le sait
je le garde caché tel un
bijou
pour mieux apprécier
celle que je deviens
alors je l’écoute
loin des autres
par milliers
murmurer
nos secrets désormais
Sur le seuil
corps ouvert
au vent
bouche tendue vers l’amorce
ce qui ne se dit pas
entends-moi
un point de bascule
j’attends aux extrémités
indécision mortifère
tu ne me rends pas service en trépignant
ajuste tes mots
leurs saveurs toxiques creusent la délivrance
je crois qu’il faut apprendre le silence
être passif comme art du rebondissement
salutaire
pour combattre il faut apprendre
il faut se terrer et attendre
se tenir au bord
près à chuter, s’écrouler, dévaler
puis l’action
matraquer matraquer matraquer
il y aura l’accalmie généreuse ou nomade
révolte-toi
sans m’effondrer