L’esquive

Esquive l’ailleurs
Quitte la nuit et ses averses
les herbes et les taillis
les pays dont tu n’es pas, plus
les collines et les forêts
Récite comme les oiseaux les jours et le réel
Les arbres les feuilles
Elève toi, fredonne comme une abeille gavée de miel et de douceur
Pique quand il le faut s’il le faut
Appelle loin devant quand tu arrives au-delà au-devant auprès de
Réclame un nom, une vie, un chemin
Cherche l’imaginaire sur le sentier
Irradie comme les ailes d’un papillon sur le bitume
Expose ta peau d’ours privée de sa bête
Dénude les rêves pendus aux câbles électriques.

Les hydrangeas

Je regardais les hydrangeas.
Les hydrangeas dans l’ombre des grands arbres. Je regardais.
Je voyais du rose, non. Du blanc, non. Du violet, non.
Plutôt du mauve … Pas bien regardé, dans l’ombre incertaine.
Ombre des souvenirs mélange les couleurs sous les grands arbres.
Les hydrangeas.

Dans le parc, les saisons sont passées.
Impossible de distinguer la couleur dans le vent.
Le vent dans les frondaisons. Le murmure des trembles.
Pas sûr. Murmures, frémissements. Frémissements des feuillages des bouleaux.
Mal entendus dans l’ombre incertaine. Bouleaux. Trembles. Hêtres.
Mal entendu le vent dans les arbres.
Le bruit des minuscules cailloux, un songe. Tes pas, peut-être.
Les hydrangeas.

L’attente. La gorge sèche. Le souffle coupé. Les yeux humides.
La gorge sèche. Oui, l’attente, l’espoir.
Non, les yeux humides. La pluie inondant le banc. Non, les larmes. Aucune attente.
Le souffle coupé dans la grande allée des arbres.
Le cœur s’arrête. Espoir noyé dans le vent, les larmes et l’ombre incertaine.
Les hydrangeas.

Les hydrangeas. Qu’est-ce que c’est déjà ?
Les voix des enfants me regardent. C’est çà ? …
Sans doute. Ta voix me regarde. Puis elle se détourne et part.
C’est moi qui m’en vais. Trop court. Ah bon, déjà. L’éternité. Je ne sais plus.
La gorge sèche. Les yeux humides. Le cœur qui s’arrête. Ne sait plus dans l’ombre incertaine.
Les hydrangeas.

Le mixer des rêves

Émerge comme l’espoir
Mets tous les ingrédients de ta vie ordinaire dans le mixer des rêves
Mixe à vitesse maximale
Chante les arômes, les épices, les fumets, les saveurs
Réserve-les bien au chaud
Dans un bol cristallin aux reflets de diamant
Appelle les papillons, les libellules, les hibiscus
Réclame le papier d’argent pour les mettre en papillotes
Rayonne le papier doré à point sur les ailes de feu des chimères
Expose tous tes rêves, des plus simples aux plus fous
Épluche-les ensuite un à un
Change la garniture selon tes saisons et tes humeurs
Ajoute ta sauce à toi
Celle que ta mère t’a transmise
Arrose de sirop de temps en temps
Saupoudre de paillettes à discrétion
Sers sans attendre, accompagné de miel, de vanille, de gingembre

Esquive l’ailleurs
Quitte la nuit et ses averses
les herbes et les taillis
les pays dont tu n’es pas, plus
les collines et les forêts
Récite comme les oiseaux les jours et le réel
Les arbres les feuilles
Elève toi, fredonne comme une abeille gavée de miel et de douceur
Pique quand il le faut s’il le faut
Appelle loin devant quand tu arrives au-delà au-devant auprès de
Réclame un nom, une vie, un chemin
Cherche l’imaginaire sur le sentier
Irradie comme les ailes d’un papillon sur le bitume
Expose ta peau d’ours privée de sa bête
Dénude les rêves pendus aux câbles électriques.

Fixer le pare-brise de la Prius- L’automne, les essuie-glaces en rythme.
 La route berce. Défilé de pins rouge, brume, pluie, cliché.
Couleur vert, brun, doré. La forêt sur des kilomètres ; Lui conduit. Moi j’attends. 
Agitée. Habitude. C’est triste, ce jour de fuite. 

De la fin.

Maintenant, ça fait longtemps, presque mal de la voir. 
Cette forêt, cette route, sa voiture, sa cigarette, les pins, l’automne.
Jusqu’à l’aéroport. 
Ses mots. Décousus, étouffés. Langue étrangère.
Suspicion banale. Content que je parte.
Soulagement dans sa voix.
Honte dans la mienne. 
Il n’a pas dormi depuis trois jours. Pour moi. Pour rien. 
À peu près.
Chauffage à fond. Buée. La nausée du tabac mal roulé. Je fume un peu, quand même. 
J’avale tout à l’intérieur. 
Ventre, fumée, pins, forêt, route, pluie. 
L’hypnose continue. Spasmes à l’intérieur.

Ivre à l’intérieur. Excès des jours accumulés. 
Trop de tout. Les kilomètres pour évacuer. La panique. Presque. Pourquoi ?
Un instant. Pause sur image.
Nous marchons dans le vert, brun, doré. Caresse les troncs. Cliché. Difficile de savoir. Il filme
tout. Mais les images ont disparu.
Lumière partout. Et puis le grand silence.
Pause sur image. Finalement. Viens.
Côte à côte. Pas trop. Peau tendue. Paume ouverte. Collés, comme le vert au tronc, comme le
rouge des pins. Comme la maison près du rivage.
C’est derrière nous. Corps fragiles, cœurs déçus.
Pour rien.
À peu près.

Je suis à l’entrée.
De ta maison.
Toi d’abord.
Je suis chez toi. Tes parents. Pas chez nous.
Le lac en face.
L’eau douce, couleur d’acier.
Nager tous les jours, taire le corps.
Anesthésier.
Trembler. Un peu.
Souffler fort, une fois, deux fois, trois fois, encore.
Le sang revient.
Tu veux que je suive ton rythme. Attends.
Partout. À chaque départ. À chaque carrefour.
Oublier les choses d’avant. Marcher plus vite.
Toucher plus fort, se réchauffer.
Là où il y a des règles, il y a des frictions.
Là où il y a de la contrainte, il y a de la résistance.
Entre toi et les autres. Entre toi et moi.
Je ne suis pas forte. Pour les efforts.
Je suis ici et ailleurs. Là-bas, et nulle part.
Tu voudras tout, je ne prendrai rien.
Tu rempliras, je serai vide.
Il faudra du temps, du repos, des jeux, de l’espace.

Je te donnerai ce que je ne possède pas encore.
Je construirai des feux.
Pour me calmer.
Et tous les jours,
Même invisible, même inconnue,
À moi-même.
Ce sera une course de fond, je trouverai la cadence
Je suis derrière, attends.
Je cherche du bois ou de la vieille pierre,
Pour nous bâtir une maison.
Et respirer, dehors.

Sors de ta chambre
Éblouis tout
Écrase la neige
Porte les yeux au-delà
Caresse des corps
Impulse un mouvement
Compte la mesure
Respire dedans
Souris de tout
Surtout dans le dur
Donne-toi du mou
Lâche l’emprise
Absorbe ailleurs
Jusqu’à trouver la force
Que tout arrive
Évite les pistes sombres
Saute par-dessus les barrières
Sollicite ceux qui te veulent
Du bien
Mais aussi les étrangers
Abrège les heures vides
Demande-moi
Quand tu manques
De courage
D’écouter
Ta peine
Mais pas que
Sois plus fort
Que le reste

Rester chez soi, rien de pire par temps clair.
Assignée à résidence, tourneboulis.
Vagues à l’âme de mon corps malade.
Les autres, dehors, existent-ils encore?

Rester chez soi, délice sans faille, surtout par temps clair.
Exil volontaire, manège enchanté.
Randonnée silencieuse dans les plis de mon corps en vie.
Les autres? Quels autres?

Cataclysme intérieur de l’en-moi,
mes pas ne me portent plus,
ma tête fait des loopings,
y-a-t-il quelqu’un dans le coin?

Rester chez soi, liberté suprême, ciel étoilé,
Etre, rêver, vagabonder,
à l’unisson du corps et de l’esprit,
l’autre en moi ne fait plus qu’un.

Rester en soi, s’imaginer cabanon au coeur d’une merveilleuse
calanque, solitude des jours heureux, brouhaha des gens passant devant,
levons nos verres à la santé de nos maisons de chair et de sang!

Petit alphabet de survie

ARME-Toi de patience
BOUSCULE et Bascule les préjugés
CRIE et Chante tes révoltes
DANSE surtout Danse !
ÉCRIT l’intolérance
FUNAMBULE tes maux au ciel
GAGNE tes batailles
HURLE à pleins poumons
IGNORE les cons
JOUE de la musique
KIFFE la vie
LIS surtout Lis !
MORDS la pomme à pleines dents et fous toi des conséquences
NOIE ton chagrin
OUBLIE-le
PLEURE et goûte au sel de tes larmes
QUITTE ce qui retient prisonnière
RIS de tout surtout de toi, ne renonce pas
SAISIS l’instant, il est fugace et sait glisser entre les doigts,
TUE le temps
USE ta peau à d’autres peaux
VOLE dans le vent
WEB CAME avec tes amis les jours de gris
XYLOPHONE des sons dans ton lit et dans les champs
YOYOTTE par amour, surtout par amour !
ZIGZAGUE entre les lignes ton propre chemin.

Mon homme, mon amour,
Qui pille et qui viole,
Qui crache et qui gronde,
Tes mains serrent le cou des brebis apeurées,
Tes dents dévorent la chair innocente,
Jamais tout à fait innocente.

Mon homme, mon amour,
Qui donne et qui aime,
Qui nettoie et qui chante,
Tes mains caressent l’amour docile,
Ta langue purifie les plaies accidentelles,
Jamais tout à fait accidentelles.

Mon homme, mon amour,
Tes mots, un poison ancien et impie.
Ton corps, une arme létale si fière de ses douleurs.
Tes muscles me broient contre le lit,
Ta queue me défigure de l’intérieur,
Et tu fais mine d’être aveugle aux larmes qui noient notre refuge.

Mon homme, mon amour,
Tes mots, la mélodie des rêves.
Ton corps, le territoire de mes désirs.
Tes muscles m’enveloppent et me réchauffent,
Ta queue me réconforte au milieu des nuits,

Et tu ouvres tes yeux larmoyants quand tu jouis.

Pendant que moi,
Mon homme, mon amour,
Moi entre deux feux,
Je tremble dans ma peau rongée par tes attentions,
Je hurle dans les caveaux putrides de mon identité,
Et je te dis que je t’aime, je t’aime, je t’aime, putain que je t’aime,
Tandis que l’horreur nous adore que les dieux détournent leur silence,
De ce refuge blanc et rouge,
Cendres et plumes de phénix,
Mort, mort, mort, mort,
Pour toujours et à jamais,
Mort.