C’est comme

« L’école est l’école de l’Etat, où l’on fait des jeunes gens les créatures de l’Etat, c’est-à-dire rien d’autre que des suppôts de l’Etat. Quand j’entrais dans l’école, j’entrais dans l’Etat, et comme l’Etat détruit les êtres, j’entrais dans l’établissement de destruction des êtres. »
Thomas Bernhard, Maîtres anciens

Emmener l’enfant à l’école, c’est comme lui faire rencontrer l’Etat. Mais pas de face, toujours de biais. L’Etat ne se montre jamais tel quel, à l’état brut, à l’état dénudé. Au début, c’est comme rencontrer une entité sans forme, qui se planque derrière des masques et des costumes divers, toute fardée. Le masque avenant de l’instit, le masque avenant de la cour de récré. C’est comme arpenter une nouvelle aire de jeux, c’est comme rencontrer pleins de copines et de copains dont l’enfant te parlera souvent par la suite.

L’école, c’est une rencontre avec l’Etat au cours de laquelle, bien progressivement, l’enfant devenu élève, c’est-à-dire apprenant des catégories d’Etat, vient y apprendre du solide, qui lui restera toute sa vie dans le corps et dans l’esprit. 

Emmener l’enfant à l’école, c’est comme l’emmener, en lui faisant rencontrer l’Etat, à une vaste entreprise sans pitié de dressage du corps et de l’esprit. Voilà le but de la rencontre entre l’enfant et l’Etat.

La rencontre avec l’Etat, c’est d’abord passer un portail muni d’une caméra et gardé par un agent de l’Etat qui rapidement reconnaît l’enfant et les parents.

Sur le fronton de l’école, il y a la devise de l’Etat : Liberté, Egalité, Fraternité.

Non loin de la devise de l’Etat, pavoisent les armoiries de l’Etat : Bleu, Blanc, Rouge.

Non loin des armoiries de l’Etat, il y a celles des amis de l’Etat : le drapeau de l’Union Européenne. Mais sur ces armoiries-ci, ce sont surtout les amis économiques et militaires de l’Etat.

C’est comme pendant les fêtes de famille, il y a amis et amis. Et certains de ces amis, il n’y a pas que des amis. L’Union Européenne, et c’est comme dire une évidence, dedans il y a des ennemis. C’est comme toutes les rencontres que l’enfant va faire à l’école. Parce qu’à l’école, l’enfant va se faire des amis et des ennemis. C’est comme tout. C’est comme à la cantine, des fois c’est bon puis des fois c’est dégueulasse.

Dans les classes, il faut de l’ordre. Donc des rangs, des rangées, des règles de vivre-ensemble (la blague) pour, déjà, que ce soit pas la guerre civile dans cette micro-société d’Etat. Et comme il faut de l’ordre, il faut aussi et surtout des figures d’autorité. D’où le maître ou la maîtresse. Pour l’enfant, c’est déjà réglé : sa figure d’autorité, elle parle comme une gamine et n’a aucun vocabulaire. Ça fait un peu plaisir de constater que l’enfant n’est pas tout à fait docile, que c’est pas une comme de la glaise prête à se laisser instruire et former. Parce que dans la classe, il y a le chant de La Marseillaise affiché. Il y a la Charte de la Laïcité. C’est comme maquiller le racisme d’Etat en pseudo-ouverture religieuse. Je vous passe les querelles – la religion, les aliments dans les repas, la cantine impayée etc. – ce n’est pas un texte polémique. Parce que l’Etat, c’est comme il sera seriné à l’enfant, c’est le lieu des droits humains, c’est la lumière des Lumières qui resplendit sur le monde. L’Etat, c’est comme un lumignon qui veille à ce que la tolérance gagne toujours et partout et tout le temps.

Et cette lumière, elle vient aussi de la poésie d’Etat, affichée sur les murs de la classe. Il y a Maurice Carême, Jules Supervielle et Robert Desnos. On y voit pas Lucien Suel, Charles Pennequin ou Laura Vasquez. La poésie d’Etat, c’est comme une bonne vieille copine mais très sélective dans ses affinités poétiques. Pour commencer, faut d’abord que les poètes soient morts pour avoir droit de cité au sein de L’Etat.

L’institution scolaire, c’est comme une leçon de sociologie en pratique. Y a pas besoin d’aller subir des cours magistraux de méthodologie administrés par des penseurs soi-disants “critiques” et qui n’ont jamais quitté l’école.  Ils sont passés de l’école à la grande école. La stratification sociale ou la domination, ça s’expérimente. Ça s’apprend pas. Ils font quoi ta maman et ton papa, comme métiers ? Je peux venir jouer chez toi samedi ? Si l’enfant est bon observateur, ça suffit. Parce que la question de la voie professionnelle à emprunter se posera très bientôt pour l’enfant. Et plus l’enfant grandira, plus il y pensera et l’Etat fera tout pour qu’il y pense, pour et par lui-même. C’est comme dire à l’enfant, il faut que tu te choisisses un métier. L’Etat lui dira plus tard, implicitement, au regard des notes et des couleurs que l’Etat lui aura attribué, qu’il ne peut pas pas choisir le métier qu’il veut mais un métier en adéquation avec ses compétences, qui sont de trois sortes : acquises, non acquises et en cours d’acquisition. Et comme l’Etat, c’est le parfait dissimulateur, jamais il ne parlera à l’enfant des tables de mobilité sociale. En revanche, l’Etat lui signifiera maintes fois fois ses insuffisances et peu à peu, se dessinera le destin scolaire et professionnel de l’enfant.

Pour ça, l’Etat met en place de faramineux salons de l’orientation, de découverte des métiers, des stages en entreprise. Des bonnes et des mauvaises filières. Moi, papa il est directeur d’un cabinet de prospection immobilière, il peut me prendre une semaine en stage. Moi, maman elle est femme de ménage et je trouve pas de stage.

Les tables de mobilité sociale, c’est comme les tables de multiplication mais en pire.

Merci l’Etat.

Je me suis saignée à tes mots comme l’on écorche sa peau en glissant malencontreusement sur un rocher. Tes mots qui m’ouvrent comme une entaille profonde et viscérale où la douleur vive vous arrache un cri qui vous réveille soudainement le corps, le cœur et l’âme. La cicatrice, reste là, indélébile au temps qui passe, une blessure profonde qui se ravive lorsque l’on ne s’y attend plus comme l’on danse nus pieds sur la braise.

Je me suis enivrée de ta poésie, comme l’on apprécie un bon vin, lentement, subtilement, délicieusement appréciant un à un chaque arôme de tes ‘vers’, subtils et délicats, jusqu’à tituber, ivre et légère, sous les étoiles et la lune, mes pensées noctambules en anicroche à ta voix qui me susurre des envolées nocturnes, nos rêves tactiles qui s’emmêlent et se confondent tout au bout de nos doigts dans des envies d’encore.

Je me suis dénudée au fil de tes pensées lointaines et tes désirs sensuels qui enflamment tes mots de sel, dénués de bon sens, sans dessus sans dessous, sans protocole dans l’osmose parfaite de deux corps qui se cherchent, se frôlent et qui se reconnaissent sans jamais se trouver ni s’appartenir qu’au solstice de l’hiver pour réchauffer nos peaux du plus fou des baisers volés comme le goût inoubliable de la douceur sucré du miel qui coule et fond sur nos lèvres et nos palais.


J’ai dévoilé à mon tour mes plus beaux atours, et t’ai chanté la pureté de mes oraisons dans l’ombre de ton ombre, au son de ta musique épistolaire qui emplit le ciel de tendres soupirs de plaisir, de « chut » comme la caresse du vent qui finit en silence d’absences amères où une larme « perle » comme un trésor caché et piégé dans sa coquille opale, vingt mille lieues sous les mers, là où les maux d’amour éphémère disparaissent en secret, engloutis par les eaux, et se taisent à jamais dans l’immensité de la frivolité imaginaire de la rencontre impossible avortée.

« Je crois qu’on devrait aller vivre seul au fond de la mer avec ses mots »
Virginia Woolf

Détail

« Et puis quoi, encore ? »

Je vais écrire pour que ma tête cesse. Mon esprit boucle sans cesse sur ce « Et puis quoi encore ? ». 

Il faut que ça cesse. 

Les mots, je les comprends un par un, mais la phrase, non, je la comprends pas. Ça me heurte, ça me boule au ventre, ça me crispe. 

« Ça me crispe », c’est trop crispy. Ça me heurte et me tourneboule ; elle me tourne en boule cette phrase, elle me tourne en boucle.

Tête d’autiste. Ça se voit pas, mais je me répète. Ça se voit pas, mais ça se repère – pour qui a l’œil. Les détails, c’est ma came. Ma façon, c’est la filature, en mode obsessionnelle.

Mais pourquoi il a dit ça ? Qu’est-ce qu’il ne comprend pas, putain ? Pourquoi on habite pas la même bulle ? Pourquoi c’est violent ? Pourquoi ça tourne-en-boucle ? Pourquoi ça fait mal ? Où est-ce que ça te fait mal ? Ça te fait mâle aussi, avoue ?

Putain le lourd ! Là tu juges, tu comprends rien. On parle pas la même langue, c’est ça ? Pourquoi est-ce qu’on parle pas la même langue ?

Et ça se passe comment dans ta tête à toi ? 

Ça se passe comment dans ton cerveau d’autiste ? 

Ça se passe en boucle.

 Ça se passe au détail.

C’est comme.

C’est comme.

C’est comme une cristallisation. Ça prend du temps, mais ça s’arrête pas à moins que tu coupes la source. 

Tu prends un détail, tu prends, tu prends, tu prends un milieu, un milieu riche, toi, tu es dans ce milieu. Tu satures. Le milieu est saturé. Tu mets du sel dans de l’eau chaude, tu satures l’eau de sel, comme à l’école quand on était gosses.

Après.

 C’est un détail, ça change tout, tout va s’organiser autour du détail que tu plonge dans le milieu. 

Tu plonges un trombone dans l’eau salée, saturée de sel dissout.

Tu perturbes le milieu avec ton détail.

Va prendre l’air cinq heures ou cinq jours. Comme à l’école, pose la soucoupe sur le radiateur. 

Tu vas prendre l’air pour qu’il ne reste plus que toi et la cristallisation du milieu sur ton détail.

Le cristal se forme autour du trombone que tu as mis dans l’eau. Quand l’eau s’évapore de prendre l’air au soleil, ça trombone dans ta tête. 

Même en classe, sur le radiateur, ça marche. 

Tu vas prendre l’air ; tu grossis avec ton détail. Ça cristallise autour de ton détail, tu es toujours dans ton milieu, mais la seule chose qui t’intéresse, c’est ton cristal. 

Ton détail est devenu cristal, tu peux le présenter. Il a grossi, il est présentable. C’est plus un détail ; y’a plus de milieu. Y’a plus d’eau dans la soucoupe. Tout le monde a oublié qu’il y avait de l’eau avant.

« Et puis quoi, encore ? », ça me perturbe, j’en fais ma perturbation et ça trombone dans ma tête, ça ne cesse pas de tromboner.

– Et ton cristal ?

Fragile

Je suis fragile depuis ma naissance.
Un kilo et trois cents grammes de tout petit Jésus fragile mais vivant.
Comme lui, ils m’ont attaché, parce qu’ils me trouvaient fragile.
Bien qu’il m’ait été dit qu’en me voyant mon parrain à vomi – ce qui montre bien que l’état fragile est difficilement supportable.
Ils me nourrissaient par le biais d’un tuyau fragile planté dans mon nombril fragile de prématuré fragile.
Mes liens n’étaient pas fragiles, les parois de la couveuse n’étaient pas fragiles.
Ils ont enfermé ma fragilité pendant deux mois et puis encore après, il ne fallût pas laisser le petit fragile pleurer car ma paroie abdominale fragile de nourrisson fragile aurait pu être transpercée par une hernie ombilicale pas du tout fragile.
Fragile des pleurs pendant deux ans.
Toute l’enfance, de fait, accoutumée au fragile, s’est passée à me protéger de ce qui aurait pu venir abîmer le fragile enfant.
Et du fait de cette constante protection contre tout ce qui aurait pu atteindre le supposé fragile, je me suis laissé entourer de papier bulle tout léger, lequel venait, de fait donc, garantir le fragile
Plus j’ai avancé dans ma vie fragile, plus le monde s’est montré d’une impitoyable dureté .
Du béton pas fragile pour un sou. Du béton bien bétonné
Et puis un jour le béton bien bétonné pas fragile a fracassé l’adolescent fragile enroulé dans son papier bulle et je me suis rendu compte que le papier bulle, c’était une bien fragile certification.
J’ai pour ainsi dire perdu mon identité fragile à force d’être dans l’assignation fragile.
J’en avais marre d’être fragile.
Qu’est-ce que c’est face à la vie, un individu fragile ?
Je me demande.
Je vous demande.
Un individu fragile, voilà ce que j’étais devenu.
Je me suis bien résolu à ne plus être un individu fragile.
J’ai trouvé des expédients trop fragiles pour lutter contre mon état fragile.

Puis du béton bien bétonné pas fragile est encore venu tombé sur ma condition fragile.
Si bien que je suis un individu fragile et pour ainsi dire emmuré dans cet état fragile.
Les autres, ils en ont par-dessus la tête de cet autrui fragile que je suis.
J’aurai mieux fait d’être liquide plutôt que d’être fragile.
Ne jamais quitter le liquide d’avant ma naissance.

Moche

C’est un fait sur lequel tout le monde s’accorde, je suis moche. « Et pas qu’un peu » : ajouterait ma mère. Rien de bien grave me direz-vous et non contagieux. Je suis moche, un point c’est tout.

Déjà bébé, j’étais moche. On me l’a dit et répété par gentillesse sûrement, pour que je sache que ce n’est pas le temps qui m’a rendu moche. Personne n’ose dire d’un bébé qu’il est moche, pas haut et fort. On s’extasie : « Oh ! Le beau bébé, les yeux de sa mère, la bouche de son père. » Sur mon berceau ceux qui se sont penchés n’ont rien dit. Couac. Silence. Mince. Ah oui, quand même !
Inutile de vous dire ce qui est moche chez moi car tout, du sol au plafond, tout est moche.

J’ai grandi moche et ce n’est pas le miroir qui me l’a dit, ce sont les autres. Les copains d’école, les beaux, les belles, les moins moches, les normaux. À l’école, je faisais bande à part, hors du groupe, hors du commun, ni dent de requin, ni pleurnicharde, ni pimbêche, ni lèche-cul. Seulement moi avec moi, la moche.
J’avais un nom, un groupe à moi toute seule. Les enfants ne mâchent pas leurs mots, ni ne tournent autour du pot, j’étais la moche, un point c’est trop !

Pour les polis adultes que je côtoyais, je devenais pas laide. Avec mes grandes oreilles qui captaient tout, j’entendais chuchoter dans mon dos :« Elle est pas si laide la petite, hein ? » Pour ne rien arranger, je devenais rouge de colère et avec ma bouche en biais, je répondais que je n’étais pas sourde et partais en pleurant.

Ça n’a pas duré très longtemps, ils auraient été trop contents.

J’ai bien essayé au lycée et ensuite à la fac de changer de clan, de me déguiser, de me farder mais rien n’y faisait. Moche en robe, moche en pantalon, moche en couleur, moche en noir et blanc, moche en été, moche en hiver. Toute une collection, moche au camping, moche au café, moche à la mer, moche à la montagne, moche en vacances, moche à la maison.

J’en ai brisé des miroirs, de colère et de désespoir.

Puis un jour, vous n’allez pas le croire, mon cœur enfin s’emplit d’espoir. Tu es là, toi, dans le noir. Tu avances à petits pas, cherchant ton chemin du bout de tes doigts, tu croises le mien. Tes yeux sont éteints, tu me regardes avec ton cœur. Tu n’as pas ri, tu n’as pas repoussé ma main, tu n’as pas repoussé ma bouche, tu n’as pas repoussé mon corps. On s’est aimé. On s’aime. On s’aimera. Comme dans la chanson. Tu m’as tendu la main, je ne l’ai plus lâchée. Je suis devenue ton regard, ton guide, ton horizon. Tu es mon roi, ma joie, mon bonheur, mon Dieu.

Dans notre maison, pas de miroir.

Je chantonne

Pourquoi je chantonne sans cesse ? Impensable
De passer une journée sans chanter pour
Garder l’équilibre
Mettre un pied devant l’autre sans
Tomber
Afin d’avancer
Prendre la place avec ces notes
Occuper l’espace de ma tête
Afin de la vider
Remplir ma tête
Blanches, noires
Fa dièse, ré majeur
Distraire le malheur
Dissiper la peur
Ne garder que le bonheur
Faire fuir ces idées qui veulent me
Grignoter
Les détruire une à une
Sur une portée de sol glissant
Pour que toute la gamme
Emporte au loin les drames
Ne garder que croches et double croches
Donner le rythme avec mon cœur
Survivre
Battre la mesure
Oublier les blessures
Sortir les mots de mes lèvres
m’évader
Découvrir
Qui je suis vraiment
Bien loin des tourments
Retenir le joli
Cesser de faire semblant
Monter le son en moi
En écho à ta voix
Pour trouver le courage
De supporter mes maux
En un mot
Vivre

Le jardin luxuriant

Je suis un jardin luxuriant. Aujourd’hui, certains sont admiratifs, ils me comparent à Babylone, l’Eden ou l’Alhambra. D’autres, au contraire, disent que, moi le jardin luxuriant, je suis excessif ou bien exubérant. Ils trouvent que j’en mets plein la vue. Ils jalousent mes couleurs, ma fraîcheur, mes parfums. Ils ne se rendent pas compte des efforts accomplis pour devenir un jardin luxuriant. Déjà, dès tout petit, ce fut une bataille.

On m’avait dit : « Tu seras un jardin luxuriant ! » On n’y croyait pas trop : « Toi, un jardin luxuriant, pauvre lopin de terre, sec comme de l’amadou, tu n’y arriveras jamais ! » Vrai bourreau de travail, j’ai trimé comme un fou. Gagnant sur le désert, quelques acres de terre, j’ai pris soin des semis, des boutures, des plantules que l’homme m’a confiés. Sous le moindre treillage ou le moindre gravier, il me fallait garder chaque goutte de rosée. J’ai chassé les intrus par mes haies d’épineux, désormais moins nombreux dans ce décor fastueux. Et, voyant le sourire de l’homme qui s’affairait, « luxuriant », dans ma tête, sans cesse, je répétais. Les bosquets ont grandi, la closerie a fleuri entre quelques palmiers, et puis quelques figuiers. Alors, oui, abondant, je le suis, moi le jardin luxuriant. Foisonnant, plantureux et luxueux, débordant de verdure, de senteurs et d’ombrage, j’ai réussi l’exploit de l’acclimatation des espèces variées et me suis recouvert d’une ample végétation.

On me trouve serré, dense ou encore pléthorique, je suis le résultat d’un rêve très exotique. A ceux qui ne croyaient pas en moi, à ceux qui me méprisent, aujourd’hui, je peux dire : le mépris nous égare et le rêve nous guide. Je suis la preuve tangible qu’un travail de Titan peut conduire tout droit au jardin luxuriant.

La Cité-Sans-Hiver

Février ne s’Habitue
À n’être plus Février
À en Crever le Bitume
D’Années en Années-Poussières.

Février ne s’Habitue
A voir Sourdre l’Amertume
De l’Asphalte Gris-Endogène
De la Cité-Sans-Hiver.

Février ne s’Habitue
Solitude Accent-Aigüe
Au moderne Crépuscule
Son Île Transperce les Rues.

Elle y thésaurise Les Vies
Des Rescapés d’aujourd’hui.

Rescapés serrés dans l’Étau des Gratte-ciels
L’Étau d’un Temps que nous ne prenons plus
De l’Oubli des Rivières et de la Mer
De l’Oubli du Vent
Et de Nous.

Février Était
Tout ce que Nous avons Oublié.

Février Existait
Vibrait d’Exister.

À Février, qui le souhaitait
Pouvait Broder l’Instant
Comme des Feuilles d’Arbres
Explorer le Recommencement.

Février ne s’Habitue
À n’être plus Février
À en Crever le Bitume
D’Années en Années-Poussières.

Février ne s’Habitue
A voir Sourdre l’Amertume
De l’Asphalte Gris-Endogène
De la Cité-Sans-Hiver.

Février ne s’Habitue
Solitude Accent-Aigüe
Au moderne Crépuscule
Son Île Transperce les Rues.

Elle y thésaurise Les Vies
Des Rescapés d’aujourd’hui.

Rescapés serrés dans l’Étau des Gratte-ciels
L’Étau d’un Temps que nous ne prenons plus
De l’Oubli des Rivières et de la Mer
De l’Oubli du Vent
Et de Nous.

Février Était
Tout ce que Nous avons Oublié.

Février Existait
Vibrait d’Exister.

À Février, qui le souhaitait
Pouvait Broder l’Instant
Comme des Feuilles d’Arbres
Explorer le Recommencement.

Ou Inventer Une Vie.

Février ne s’Habitue
Sous son immense Globe de Verre
L’île qui Transperce la Grand-Rue
Scintille des Beautés Perdues.

Scintille des Beautés Renoncées.

Évaporées par Ceux

Qui avaient Abdiqué.

Ou Inventer Une Vie.

Février ne s’Habitue
Sous son immense Globe de Verre
L’île qui Transperce la Grand-Rue
Scintille des Beautés Perdues.

Scintille des Beautés Renoncées.

Évaporées par Ceux

Qui avaient Abdiqué.

Gentil

Je suis gentil
Je suis gentil
Je crois que je suis gentil
Les autres disent de moi – il est gentil
Je crois les autres ils disent que je suis gentil
Je n’ai jamais rien fait pour être gentil c’est comme ça depuis tout petit.
À l’école j’ai prêté ma Cléopâtre – tu es gentil
À l’école j’ai laissé mes voisins copier – tu as intérêt à être gentil
Dans la cité je donnais mon ballon aux petits pour qu’ils jouent – t’es un gentil.
Dans la cité les grands me disaient de faire ceci – t’as sacrément intérêt à être gentil
À la fac je ne parlais pas fort et je souriais quand je rencontrais – t’es un gentil toi aussi
À la fac je rangeais les plateaux repas des copains Oh oui j’ai intérêt à être gentil
Après j’ai lu qu’un vieux Président laisser tomber papier froissé lorsqu’il recevait ses Premiers histoire de voir s’ils étaient assez gentils pour se courber
Sauf ma mère qui m’a dit – ton père lui c’est un vrai gentil.