Il n’est pas de poisson

Il n’est pas de poisson
Qui aime à buller
Dans les prés du printemps

Il n’est pas de poisson
Déployant ses branchies
Au doux air de l’été

Il n’est pas de poisson
Détestant frétiller
Au fil de l’onde fraîche

Il n’est pas de poisson
Evitant les courants
Pour se laisser porter

Il n’est pas de poisson
Repliant ses nageoires
Au plus fort de la vague

Il n’est pas de poisson
Qui du fieffé pêcheur
Ne flaire les appâts

Il n’est pas de poisson
S’accrochant à l’hameçon
Après mûre réflexion

Il n’est pas de poisson
Ne désirant nager
Dans le filet des mots

Il n’est pas de poisson
Filant entre le lignes
D’un carnet poétique

Il n’est pas de poisson
Qui ne soit attiré
Par l’encre du poète

Le vent réveille l’instant du paysage
Je marche éblouie dans la partition du silence, la course des nuages.
Les pins vibrent sur le ciel.
Le vent froisse la robe des coquelicots, les décline du rouge à l’orange au soleil.
La terre frissonne,
sa chair ocre sous les pétales des cistes et les fantômes exaltés des buissons,
pulsation d’ombre et de lumière.
Devant moi les herbes hautes bercent leurs grappes sous la frénésie des insectes.
Les fleurs dodelinent, encensoir troublant sous la peau.
La flûte de l’eau ondule mousseuse sur les pierres,
tout là haut le ciel nu, éclaboussé de bleu d’écume et de rochers.
le vent s’amuse de l’arpège des oiseaux,
de leurs plumes ébouriffées sous les feuilles.
Sous le regard mouvant des choses,
légèreté animale des sens,
je marche dans le jardin du vent.

Au printemps, elle roucoule dans l’arbre, sur l’herbe aux fleurs ou sur les toits,
tremblement sourd de la mémoire et du sang dans les veines…
La tourterelle, figure du Cantique des cantiques, égrène ses trois notes,
infini leitmotiv, de l’aube au soir serein.
Image d’harmonie, de renaissance, de Gaia nourricière qu’elle picore,
elle est pour moi vibration de la mère perdue
qui se sentait happée vers la fin de sa vie
par ces notes distillées,
comme les trois syllabes de son prénom.
Se sentait-elle appelée là bas par ce chant au point d’entrevoir
l’envers des choses ou l’éclat du ciel ?
Oiseau messager d’un ailleurs invisible,
d’une terre natale qui l’accueillerait pour un autre voyage ?
En elle peut être un visage, une parole enfin perçue
qui cheminait depuis l’enfance de son nom
et qu’elle comprenait à présent,
évidente certitude.
Et moi je l’écoutais s’ouvrir à cet appel
et s’éloigner déjà de sa chair et du monde.

Peut être me parle-t-elle quelquefois,
dans ce chant qui mesure l’espace,
de ce séjour nouveau…

Miroir tendu
__________ sur la commode
dans le cadre d’or
la fenêtre où
__________ tremble l’eau
__________ __________ de la lumière
chemin d’odeurs
et ton visage
__________ en filigrane…

le jour baigne
ses heures
__________ et leur feuillage
sous la peau
brûle encore
la forêt d’un regard
__________ _____ la pervenche
du ciel
l’espace nu…

le temps bascule
à froisser incertain
__________ _____ les souvenirs
__________ __________ _____ et la prairie des mots
dans le silence
__________ __sous la neige
la chambre vacille
dans la blancheur des murs
__________ _____________ de la mémoire


où le vent s’assoupit…

Des paysages figés, gris et ternes, sans vie, se détachent à l’horizon, filent et défilent, comme un collage de papier mâché et salivé, mouillés, dénudés, pluvieux, tristes et froids, en enfilade, les uns derrière les autres, comme autant de vérités qui s’abattent et se fracassent contre cette paroi de ferrailles et de tôles offertes. Ils avancent sur moi, chacun leur tour, semblant vouloir me happer dans leur décor de mort et m’ensevelir, prenant jusqu’au son de ma voix qui demeure muette. Même si je ferme les yeux, je les vois encore se rapprocher de moi. Pas un mot qui ne jaillit de ma bouche rouge sang pour crier la peur du vide dans mes entrailles, juste ce silence coincé tout en dedans. Les gouttes de pluie, qui ruissellent tel un torrent de larmes, viennent s’abattre sur les vitres sales et poussiéreuses de ce train grande vitesse qui raille indéfiniment vers un nulle part. Il n’y a plus de destination. Mon être tout entier happé, comme sidéré, dans un noir abyssal, un tunnel sans fin et sans lumière, comme un puit sans fond où mon corps ne cesse de tomber.

Sur le quai de la gare, tu n’es plus là…

tempête de neige

Je veux tellement pouvoir y croire et jouer à inventer de nouveau les enfants renards dans la neige sous la cime des arbres beiges et fouetter le vent en dansant entre les flocons, les grains de poussières et rire très fort sans avoir peur et respirer complètement sans exploser et étirer mes pas jusqu’à les rendre infinis et planer au dessus du vide traverser les étendus nocturnes et rendre tout indifférent car plus rien n’a d’importance. Je veux saisir les moments et les regarder avec bienveillance avant de les remettre en lieux sur et ranger dans les boites tous ce qui convient d’y être ranger, et les empiler en mur bien droit pour mieux se protéger et casser le vent et récolter de la chaleur sans souffrir ni honte et en garder un peu, suffisamment pour ne pas se briser dans la nuit quand les tempêtes de froid cogneront contre les remparts et s’amuseront à souffler toutes mes allumettes une à une pour me laisser dans l’obscurité. Je veux savoir crier dans les tourments tous les sons muets et incolores qui se gravent de l’intérieur et s’interposent à ma vision et effacer la buée et le verglas sous mes paupières. Je veux fouiller les talus blancs et y trouver sous les fougères et les cailloux les ruisseaux d’air pur et m’y engouffrer pour m’enfuir et traverser sous la peau les flux organiques de la terre et parcourir le monde à l’écoute des bruissements incessants, gronder au rythmes des soupirs et affluer et m’éparpiller inonder de notes noires les oreilles sensibles et attentionnées et crépiter de caresses légères pour les voir frissonner et envier les souffles retenus. Je veux effleurer l’ennui pour l’émoustiller et lui faire croire à milles vies et m’échapper en lui laissant l’espoir pour se reposer et taquiner avec les frontières pour rester éveillé des nuits durant en éclatant les lucioles qui flamboient dans les ciels et se souvenir que de l’autre coté tout un monde froid et là présent qui attend et faire fondre les soleils trafiqués pour avoir toujours envie et taper sur les murs pour les faire s’ébrécher et aspirer les étincelles de chaque allumettes une à une sur l’arbre d’hiver tombé et transpirer d’idées dans les rafales jusqu’à ne plus y tenir et crever d’envie enterré sous des tonnes de neige et s’évaporer par choc thermique et ne plus trop savoir sous quel état se mettre et redevenir solide et tangible l’espace d’un instant avant que tout s’écroule et se disperse et se fige et transparaisse et fusionne avec tout le reste du paysage recouvert et ne plus être quelque part et ne plus être unique mais retomber minuscule et si légère remuer par le moindre souffle dans une lumière passagère et suspendre le temps étirable et sans limite briller avec milles autres et embrasser de nouveau les ombres beiges et planer encore longtemps et parcourir des étendus vides avant de me déposer épuisée dans l’écorce d’un arbre mort et écouter le silence et les vibrations sourdes entre les cordes et entre deux notes noires et vibrer et respirer et jouer de nouveau

la cosse s’ouvre
les pois s’écoulent
en pluie

ils tombent
bruts
dans un excès de lumière
inox leur reflet
pâli
terni
contre la paroi
ronds
dans le prolongement
du geste

ils s’arrondissent
à ma main
leur forme plastique
appliquée
un modelé vert et mat
façonné à mon souffle

il y a matière à user
les doigts
épuiser
la caresse
la patience

J’entends la chute
qui égrenne le son
en écho
le bol

Soit il obtempère, soit pas.

S’il n’obtempère pas cela signifie sans doute soit qu’il se fiche des conséquences, soit qu’il se croit au-dessus de tout ça.

S’il se fiche vraiment des conséquences, soit il finira par le regretter, soit il est totalement
insensible.

Mais s’il s’avère qu’il est totalement insensible, cela veut sans doute dire qu’il est malade, à moins qu’il ne le soit pas.

Mais alors, s’il n’est pas malade, il est forcément soit un sociopathe soit un mort vivant.

Si c’est un sociopathe, soit c’est de naissance, soit c’est la société l’a rendu ainsi.

Si c’est la société qui l’a définitivement abîmé, soit il peut péter un plomb à tout moment, soit il restera dans son coin toute sa vie.

S’il peut péter un plomb à tout moment soit c’est un danger en puissance, soit il est parfaitement capable de se maîtriser.

S’il est un danger, une bombe humaine, soit il l’est pour lui-même, soit il l’est pour les autres.

S’il l’est pour tout le monde, s’il s’avère qu’il est non seulement un sociopathe mais aussi un psychopathe, soit il faut s’en tenir éloigné, soit on prend vraiment des risques à le fréquenter.

Si on prend des risques avec lui, soit on se sent suffisamment fort pour le désamorcer, soit pas.

Si l’on n’est pas apte à le désamorcer, cela signifie sans doute qu’on est soit inconscient, soit suicidaire.

S’il s’avère qu’on est suicidaire, soit nous souhaitons vraiment mourir, soit nous nous leurrons
sur nous-même.

Si nous souhaitons vraiment disparaître de cette terre, soit nous ferions mieux de trouver un meilleur moyen que lui, soit on pourrait finalement trouver ça fun de mourir par son entremise, directe ou indirecte.

Si on trouve ça fun, soit on est taré soit on est cynique.

Si l’on est cynique, soit c’est par misère affective soit c’est par nihilisme pur.

Si l’on est nihiliste, soit on naît nihiliste, soit on le devient.

Si on le devient, soit c’est un mauvais concours de circonstances, soit c’est la société qui nous a définitivement abîmé.

Tapage

C’était un bruit
un bruit dur
qui dure et qui perce
un bruit qui perce
un bruit perçant
persistant
et qui dure
et qui perce
et qui transperce
un bruit qui transperce
et qui siffle
un bruit qui siffle
et perce
et persiffle
et persévère
un bruit qui persévère
un bruit qui entre
un bruit qui va et qui entre
un vacarme qui entre
qui entre sur l’oreiller
qui entre dans mon oreille
un vacarme dans mon oreille
un vacarme de train
un train de nuit
un train de nuit qui s’enfonce
dans mon oreille
qui fissure mon oreille
un bruit qui fissure
un bruit qui strie
qui fissure et qui strie
qui strie et qui perce
qui persifle et qui perce
et qui transperce
et qui persiste
et qui bat
un bruit qui bat
un bruit qui explose
comme un volcan dans ma tête
comme une éruption dans ma tête
un ravage dans ma tête
un bruit de rat
un bruit de rat qui grignote
qui met en pièces mon cerveau
un rongeur de cerveau
un bruit sauvage
un bruit de marées
un bruit de grandes marées
un bruit de ressac
qui s’engouffre dans mon cerveau
dans les profondeurs de mon cerveau
qui engloutit l’espace de mon cerveau

au début j’ai cru que c’était le frigo
j’ai longtemps cru que c’était le frigo
le frigo au dessous de la chambre
le bruit spectral du frigo au dessous de la chambre
qui remonte au dessus du plancher

le bruit diamétral du frigo
le bruit colossal du frigo
la cacophonie du frigo
qui remonte dans la chambre
qui s’introduit dans mon oreille
qui envahit mon oreille
le moteur du frigo dans mon oreille
qui fracasse mon oreille
le moteur assourdissant du frigo
j’ai cru que c’était lui
le barouf du frigo
la Castafiore du frigo
et tout l’orchestre qui s’avance
et tout l’orchestre qui s’invite
dans mon oreille interne
dans mon intérieur
des cuivres dans mon intérieur
des cymbales dans mon intérieur
à se faire interner
à se faire interner l’oreille interne
et tout le corps
à se frapper la tête et tout le corps
des cymbales qui tapent
à se rendre fou dans la tête
et le corps
j’ai cru que c’était le frigo
mais ce n’était pas lui
ce n’était pas le frigo
j’aurais pu expulser le frigo
j’aurais pu le sortir de la cuisine
j’aurais pu sortir de la chambre et débrancher le frigo dans la cuisine
j’aurais pu me débarrasser du frigo
pour ne plus entendre le bruit
mais ce n’était pas le frigo
c’était mon sang
j’entendais mon sang
mon sang battu dans mon oreille
ou c’était mes nerfs
ou c’était mes entrailles
c’était dedans
dedans le silence
le silence entre le bruit du frigo
le silence dans l’absence de bruit du frigo
dans l’absence des bruits de la nuit
dans l’absence des oiseaux de nuit
dans l’absence de toutes les absences
c’était moi
ce bruit c’était moi

I

accroché au réel

                                    envers et contre tout

en symbiose de vie

            le lichen

autour de la branche

           bracelet d’argent torsadé

                       s’enroule et se tord

   en un élan dur et doux

au bord d’une parole

       les mots saxicoles

                    pelotonnés en une phrase

       encore un peu       écartelée

elle vient de loin

                                 et traverse

II

posée au pied du mur

                      ce qui fait           échelle

à la recherche                     du perdu

                       du manque

de l’incertain

se tenir                 dans l’écart 

              de ce qui               n’est   plus

ou pas encore

                            ou peut-être

                passer le mur du jour

    III

                       infiltrer

l’au-delà               de la    fenêtre  

et voir              un fragment  

              de jour

déjà passé

         suspendue

aux lèvres de l’air

                 immobile

dans une verticalité

               je suis presque moi

amarrée à l’au-delà

de la fenêtre

                          d’où

il reste encore à traduire