À bout de souffle,
Les pieds courent, le cœur saigne,
Bitume en écho.
*
Délicate et légère,
Elle oscille sous le vent
Sa robe lézarde le temps
De sa grâce printanière.

**

Dans un battement d’air
Il balaie un nuage
Qui assombrit le ciel
Et déploie grands ses ailes
Pour protéger son monde.

***

Du plus sombre des enfers
Où plongent nos abimes
Se trouve une lumière
Profonde et harmonieuse
Qui pousse un cri de joie.

****

Ne dis rien.

Ceci n’est pas ta condamnation.

C’est le simple constat que tes yeux immobiles ont fracturé le jour de leurs iris bleu translucides, réveillant avec eux ces mille vies d’avant dans une danse diabolique qui traque les pas qui s’effacent en silence comme autant d’abandons que ton regard perçant sème en jouissant du pouvoir de l’absent.
Mes yeux fanés te crient l’absurde insomnie, l’impossible parole d’un chaos permanent qui déchire la nuit de secousses karmiques arrachant à mon ventre tes racines assassines qui repoussent aussi sec, arrosées de promesses volubiles dérobées à la hâte dans tes pupilles dilatées par tes rayons cosmiques.

Que reste-t-il quand ta vision argentique transperce le cœur sanguinolent de ta proie sibylline, ses globes oculaires qui gisent à terre vidés de leurs rêves d’amour ?

Et toujours ce regard …

Émanation d’une absence

Il marchait au loin
J’entends résonner encore
Ses pas ancrés au sol.

Je le devinais seulement
Mais je sentais
Sa présence affirmée
Et son éther qui l’entourait.

Le temps en une fraction
Venait de s’arrêter.

Je me tenais debout
Face à lui,
Mon parapluie à la main
La pluie menaçait.

Au fur et à mesure
Qu’il avançait,
Les nuages disparaissaient
Laissant apparaitre un rayon de soleil
Nous enveloppant tous deux
Dans un même chemin.

Avant même un mot échangé,
Nos regards se sont croisés.
Amour professé,
Destins liés.

Nous avons marché
Cote à cote
Sans nous toucher
Sa veste flottait dans le vent
Son parfum capiteux dans l’air
Qui se déposait insidieusement
Dans mes cheveux dissipés.

Puis, dans ce bistrot sans âge
Qui a accueilli nos premières paroles,
Nous avons bu un café.
Il disait, j’écoutais
Je disais, il écoutait.

Les pas, les mots des autres
Disparaissaient.
Seuls nos auras brillaient.

Nos yeux se fixaient,
Couleurs bleu mer dans le vert lumière.
Il pouvait lire la clarté de mon âme
J’ai fissuré l’obscurité de la sienne.
Nous n’étions plus de ce monde
D’ailleurs l’avions-nous déjà été ?

C’est quand il m’a dit
« Veux-tu un autre café ? »
Et que j’ai répondu
« Un chocolat peut être »
Que nous sommes revenus à la réalité.

Des heures s’étaient écoulées,
Dehors la nuit qui tombait,
Nos vies qui basculaient
A la croisée des chemins.

Nous nous étions reconnus
Sans vraiment nous connaitre.

Depuis,
L’effluve de l’absence
Ne cesse de bruler
Sans jamais disparaître.

De l’imperceptible lumière qui dessine un rayon de poussière entre les persiennes s’invitent les courbes du ciel, les parallèles des fils électriques et les lignes conductrices des toits de tuile qui tracent un chemin de terre ocre rouge comme un appel des possibles. Les brisures nuageuses qui flottent dans l’immensité silencieuse de quelques étoiles qui brillent de-ci de-là avec parcimonie mais qui peu à peu s’éteignent pour laisser place à l’aube qui se teinte de ses couleurs rose et violine sur un jour qui se lève encore. Elle va attendre là, feutrée dans ce temps suspendu, lorsque l’esprit et le corps s’éveillent à peine entre opacité et lumière, que ce monde éclot dans un souffle de mots qui naitra de nouveau sous sa plume, la fenêtre

Face B

La chambre n’est pas tamisée
Le lit n’est pas défait,
L’épaule n’est pas dénudée

Indécents

Il n’y a pas de musique
Il n’y a pas de parfums
Il n’y a pas de souvenirs

Imperceptibles

Dehors, les paysages ne sont pas opaques
Il n’y a pas ta main
Il n’y a pas ton souffle
Je ne vois pas tes lèvres

Invisibles

Il n’y a pas de fleurs
Il n’y a pas de repas
Il n’y a pas de promesse
Je ne vois pas tes yeux

Insolents

Ne pas sortir du lit
Ne pas penser
Ne pas courir
Ne pas parler
Ne pas ouvrir la porte

Impossibles

Il n’y a pas de manque
Il n’y a pas d’adieu
Il n’y a pas de rencontre

Innamorento

Parce que « nous » disparait sans un mot, sans même un fracas,
Dans l’indifférence grandiloquente de ton silence,
Fuis l’amour.


Parce que ta lâcheté tache ta chemise blanche,
Pour la maculer rouge sang
Fuis la maladie qui grandit.


Parce que la lune n’éclaire plus nos nuits
Lasse de nos insomnies et de nos distances,
Parce que tu te caches sous les draps,
Parce que tu as peur,
Fuis nos ébats.


Parce que le soleil ne réchauffe plus
Nos éveils arc en ciel, nos éclats de joie,
Comme nos coups bas
Fuis le jour qui se lève.


Parce que le temps est assassin
Ne pardonne pas le moindre faux pas,
Les battements de cils, les orages au loin,
Fuis nos premiers déclins.


Parce que ta voix n’a plus de sens
Que mes appels, mes mains tendues
Ne te suffisent plus
Fuis mes mots.


Parce que ma peau n’a plus de saveur
Que les parfums de nos souvenirs, lentement,
Se meurent
Fuis la quintessence de nos sens.


Parce qu’abandonner c’est plus facile,
« Parce que choisir c’est renoncer »,
Parce que superficiel c’est plus futile,
Fuis la vérité.


Parce que la lumière n’est pas toujours celle que l’on croit,
Celle que l’on croise dans la nuit,
Celle qui brille à vos côtés et qui luit,
Fuis l’ombre de nos pas.

Parce que m’aimer te semble un danger,
Parce que je lis, je pense, je danse,

Parce que je pleure, je ris, j’écris,
Parce que je joue, je jouis,
Chaotique, sur le fil de la vie
Fuis, ne te retourne pas.

Parce qu’au détour d’un couloir
Tu pourrais croiser, au hasard d’un soir,
Tes yeux chimères dans un miroir,
Parce que tu verrais ta conscience
Que tu traines en chien de faïence,
Fuis, ne te regarde pas.

Éveillez vous !

Éveillez vous !
Les sanglots rouge sang
Vos pas inondent
D’une immondice noirceur
La guerre qui arrache
La saveur de la vie.

Éveillez vous !
La terre pleure
Sous la chaleur
La cupidité de l’homme preneur
Des ressources jusqu’à sa source.

Éveillez vous !
Les jours s’agitent, palpitent, défilent
Mais rien ne bouge
Tout est statique
On vocifère derrière nos écrans de verre
Et rien ne change
Et tout s’écroule.

Éveillez vous !
On ne meurt pas d’amour
Semez les graines de tolérance et de liberté
De respect et de fraternité
Pour que demain soit meilleur …

J’ai eu du mal à m’extraire de moi-même pour ne pas bouger dans le tunnel froid et glacé dans lequel mon corps entier vient de glisser. Tout juste respirer alors que les premiers sons saccadés et dysharmoniques de cette machine martèlent mon cerveau et ma moelle épinière qui se sont, eux aussi, figés dans le temps. Ne plus penser, juste se concentrer sur les premiers mouvements chorégraphiques d’une danse que pourraient m’inspirer ces bruits anarchiques, les transformer en notes de musique. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse dans ma tête.

Je me suis extraite de moi-même quand les premiers mots ont été prononcés. C’est ma vie qui vole en éclat et qui vient de tomber à terre. J’ai le souffle coupé. Respirer, Respire, Respire ! J’ai besoin d’air. J’ai consigné tous ces maux sur un papier et je l’ai froissé. Penser à cette musique plus vivante que cette appréhension qui reste floue comme ma vision qui faiblit. Se concentrer encore sur l’harmonie de mes notes intérieures plus forte que cette intuition d’un processus machiavélique qui commence à évoluer en moi. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse sur le fil de la vie.

Mon corps s’est extrait de moi-même, je suis tombée à terre. Je ne bouge plus dans le tunnel froid et glacé. Le bruit sourd et acéré des sons métalliques de la machine martèle mon cerveau et ma moelle épinière et fracasse un peu plus mes pensées jusqu’à résonner dans mes os, jusqu’à les faire taire. Dans le couloir blanc aseptisé, les odeurs se mêlent à la peur. Je suis animal, je pressens le danger qui approche. Éloigner cette pensée, minute par minute, je ne vais plus danser.

Un jour, j « é crierai » l’indicible. Et je crie.
Et j’écris.