Les Dieux dorment dans les musées

Loin de leur magie première
Des curieux les contemplent dans leur nudité
Ouverte au commerce des images et au discours scientifique
Libérés des lieux sacrés
Où jadis ils furent vénérés
Ils sont là
Trônes Masques Statues
Dans leur sommeil de verre
Transformés en œuvres d’art
Soumises aux enchères du marché
Dans l’oubli des rites anciens
Déplacés
Ayant la nostalgie de l’Esprit…
Ils se souviennent encore dans leur sommeil de verre
Des voix qui les rendaient vivants
Des gestes qui les rendaient vivants

Les Dieux dorment dans les musées

J’ai revu la maison
Naturellement,tu n’es plus là
La maison aussi semble disparaître
lentement
Comme si elle reconnaissait ton absence
La mauvaise herbe a conquis la cour
Les murs d’autrefois ont été pilonnés par les pluies
Le toit accueille avec profondeur les vents
Et les coins sont maintenant habités par les araignées
Leurs toiles recouvrent nos souvenirs

Ta voix s’est tue

Le silence a remplacé la musique de l’enfance
Et ton corps doit être depuis longtemps entièrement uni à la terre…

Moi aussi j’ai changé
Au lieu d’un sourire, j’ai un rictus
désormais
Et le temps dessine ses lignes sur mon visage
J’ouvre le livre de la fin

Maintenant que l’avenir s’est ouvert comme une fleur ou deux bras de ton corps terre labourée par le
temps tu reviens d’un exil froid acier béton
coeur marche mécanique
Tu as goûté au sel de tes yeux et de la mer et ramené de tes voyages une parole dressée contre la mort
Élargis ta conscience Fais face au vent Porte tes souffrances
La nuit n’est que le nom d’une couleur
Et l’horizon une ligne droite à tracer
Saison nouvelle enfance oiseau
Sois d’un calme lumineux la beauté est assise parmi nous dans le jardin à cet instant tu n’auras qu’à
fermer les yeux pour voir