Une rose est une rose
Est une rose 1
Aucune sans épine
Etendards fragiles
Barbelés de beauté
Fils cousus d’un monde
Aux pétales brûlées


Un corps est un corps
Est un corps
Le mien grêlé d’échardes
Les yeux funambules
Sur des sarments de ronces
Ma peau, un récif d’orties
Je pique à fleur de mots


Trémière aux flancs des murs et murailles
Pétales pâlies des parfums de suie
Suie je suis et suis
La course d’un vent de foudres et d’incendies
De folies


Le monde est monde
Est immonde
Le temps écosse ses levures dans mon ventre
Avec l’haleine acide des blessures
Que la nuit ne suture plus
Je suis d’aubes et d’épines.

1 Gertrude Stein, dans son poème « Sacred Emily », 1913.

Il faut toujours
______ Tellement de temps
______ Tellement de vents
______ D’espace
______ ______ ______ Pour
______ Entre les sables
______ Entre les peaux
______ Entre tout ce qui marque et creuse
______ ______ ______ Rencontrer l’enfance

______ Tenir entre ses paumes
______ Un âge
______ Qu’on sait rond et délicat

______ ______ ______ ______ Donc

______ Un rêve
______ Aux accents blonds
Et
______ Entre saisons et
______ Hors contextes
______ Le poser
______ __Sur le corps nu
Puis
______ A travers les veines
______ Par-delà les nerfs
______ L’entrelacer aux défaites
______ Les laisser vibrer
______ Dans le même caractère

Il commence à pleuvoir et c’est le ciel qui trébuche,
c’est un toit de mousses grises qui se fissure
et tombe ses rayures dans l’oblique du vent.
Il commence à pleuvoir et c’est le dos qu’ils cambrent
C’est le corps qui exulte à revers
Et se faufile sous l’arcade tendre des nuques.


Il pleut des perles, des cordes ou des hallebardes
Et c’est un monde qui court, oppresse, entraine
dans sa hâte les pas trop gourds pour une danse
Il pleut à verse, à flots, à grandes marées
Ce sont les yeux qui font rivage, les paupières qu’il faut taire
Dans le ressac acéré des larmes


Il tombe des cendres, des étoiles filantes
C’est ton ombre dans les flaques
Ton corps sous mes bottes
Il commence à pleuvoir et le ciel sourd et sévère vacille
Il disperse
Tes éclaboussures

On les voit arriver de loin, les cris, ils soulèvent une brume mauvaise comme poussières sous sabots de colères. Ils cavalcadent, s’avancent aux grands pas de leurs couleurs vives. Ivres de phrases, de slogans et de discours, ils envahissent tout l’espace ; s’imposent dans la nécessaire violence de leurs révoltes. Des mots, ils font des murs, ils font des armes qui en brisent d’autres. Ils hurlent, vocifèrent, revendiquent et laissent derrière eux des tables rases où gisent les restes de ce qu’on taisait, avant.

On le décèle dans les failles, les brisures, les débris, le silence. C’est un calme qui précède ou qui suit un grand vent, un souffle qu’on suspend ou reprend. Il s’infiltre comme un écho dans des ciels trop vastes, comme un geste qu’on retient pour ne pas qu’il frappe ; il occupe les lieux dans leurs creux. Des mots qui blessent, il fait onguent ; des cris colères, il casse les marges. Il ouvre un temps de prudence et d’intuition, et laisse derrière lui des chambres fragiles où rêve le monde qu’on voulait, avant.
On les écrit parfois sur une même portée, les silences et les cris. Une clé d’ut ou de sol les tresse sur les bords d’un même élan, une bouche aux lèvres meurtries en frotte parfois les cordes au fond d’une même gorge. Ils tonnent ensemble dans les mêmes poitrines, s’interrompent aux mêmes tournants ; on les chante parfois partisans, les cris et leurs silences.