Je t’aime avec ma peau
Mes sillons, mes cicatrices, mes ongles
L’amour m’a habillée
Tes petits doigts m’ont fleurie
Ta couleur rose pâle m’a ranimée.
Aimes-tu l’air que tu respires ?
Es-tu animal ou être vivant ?
Je t’aime avec mes espoirs, mes doutes mes peurs.
Je t’aime en rires, je t’aime en pleurs.
Ton odeur m’a déplumée
Ta légèreté m’a décoiffée
Tes mouvements m’ont affamée.
Je t’aime avec le jour et la nuit à l’infini
Je t’aime avec mes seins gonflés, mon lait coulant
Je t’aime avec les popcorns au cinéma
Je t’aime avec tes pieds sur les miens.
Je t’aime avec mes cheveux et mes dents brisés pour toi.
Sais-tu que je ne sais pas ?
Sais-tu que tu ne sais pas ?
L’avenir m’a noyée
Le passé m’a fondue
Je t’aime avec mes airs de ne pas t’aimer.
Catégorie / Patricia Bossy-Belval
Portrait
Si je considère la génétique humaine, dès ma conception j’ai baigné dans l’alcool et les médicaments.
Je suis donc née droguée.
J’ai la peau lacérée des douleurs de mes parents. J’ai le poignard de leurs mots plantés en plein milieu de mon cœur. Il tourne en moi comme les aiguilles de leur malheur.
Tout ce que je suis est invisible à l’œil nu – un fantôme désarticulé – je m’évapore – quitte mon corps.
J’apparais et disparais. Je suis puis je ne suis plus.
J’ai l’identité des yeux vitreux de mon père et de la voix colérique de ma mère.
J’ai le nom déchiré de parents divorcés.
Mon prénom pourrait être celui d’un chien – pars- reviens – assis – couché – Médor? Mirza?
J’ai été baptisée à la puanteur des larmes – celles qui ne sèchent jamais et stagnent sur un corps trop petit de joies.
Je suis un habit de laine emmêlée – je gratte – je pique ceux qui me touchent et veulent me porter.
Je suis – non – je ne suis plus – un jour j’ai été….
Je suis une bulle de chewing-gum. Je sens bon les rires mâchés de l’innocence.
Je suis la peau sucrée au miel de mes envies de butiner partout la vie.
Je sens bons les pensées, les fleurs de l’écriture.
Je n’ai pas besoin de prénom. Je suis une succession de lettres, de mots, de messages et de témoignages.
C’est comme cela que j’existe.
A chacun de ces moments, je suis.
Un jour car j’ai fui,
Car je n’ai pas suivi,
J’ai pu enfin dire : je suis
Enfance
Premièrement
Mes nuits-
Noires d’angoisse
Mon corps-
Un château hanté par mes peurs du silence. Le fantôme de la mort rode en moi.
Non je ne voulais pas dormir.
Deuxièmement
Mes parents-
Des morts-vivants.
Mes pleurs perçaient leur os, ils étaient invisibles d’amour. Pas le droit de les réveiller.
Leur lit-
Une tombe aux fleurs de l’égoïsme.
Je n’avais pas le droit d’avoir peur du noir.
Je n’avais pas le droit de me lever. Le froid de mes terreurs nocturnes embaumait ma couverture, linceul d’un abandon.
Troisièmement
Le jour se levait mais maman était resté dans sa nuit. Sombre, elle était transpercée par le spectre du soleil de mon existence. Elle en avait si peur, perdue dans le labyrinthe épineux de ses douleurs. Elle errait dans notre maison de glace. Je glissais vers elle mais jamais je ne la rejoignais.
Quatrièmement
Je mettais mes patins de courage à mes pieds mais je me changeais en statut de sel, figée par ses réactions violentes.
Cinquièmement
J’allais vers la lumière de l’extérieur, trop éblouie par le soleil des autres, je disparaissais. Je fusionnais avec le rien, l’air, le vide. Je devenais comme elle, comme lui. Un mort-vivant.
Sixièmement
Mes yeux refusaient de quitter mon monde. Ils étaient des crayons, des pinceaux, des feutres de couleurs de ce (et non ceux) qui m’entourait. J’avalais petit à petit la beauté qui ne crève jamais. Mes yeux m’ont ainsi raconté de belles histoires, auxquelles je crois encore aujourd’hui.
Stupeur
Je me suis accrochée à mon corps mais tout mon être intérieur s’est envolé.
Je me suis vue me soulever vers le néant.
La stupeur, tu sais, c’est un coup de poing invisible qui transperce tes tripes.
La stupeur c’est le bonheur qui s’en va, d’un coup, vois-tu, qui brouille tous tes sens comme un jeu de piste sans fin.
Je n’ai même pas eu le temps de respirer, de m’habituer que je n’étais déjà plus là.
J’ai basculé dans ce froid irréel d’une douleur imprévisible.
J’étais dans une vie, puis en une fraction de seconde, la stupeur m’a tout fait perdre.
Le goût de moi, le goût des secondes d’insouciance, la saveur de mes croyances, le repos de mes certitudes et la beauté de ma confiance.
Elle a crié à l’impuissance, à la désolation.
Sais-tu que je suis morte de mes espoirs, de mon bonheur?
Une fraction de seconde pour que le rose devienne noir.
La stupeur, c’est l’accident de ton présent alors que ce n’est plus toi qui conduis ta vie.
Oui, je suis sortie de mon corps, de mon âme, de mon présent pour une destination interrompue de connaissances, de contenances.
J’ai volé dans les ténèbres de l’autre.
L’autre m’a happée, m’a dévorée. Il était l’agneau, il est devenu le loup. D’un seul coup la stupeur a changé le conte de ma vie.
Vapeur
On dit que l’alcool est une ivresse, une évasion. Pourtant, je te vois, enfermé derrière sa prison de verre, noyé dans ses eaux troubles.
Tu deviens alors si minuscule, comme les tiques que je trempe dans du vinaigre après les avoir retirées à leur hôte. Toi aussi tu t’es décroché de notre monde.
Tu flottes dans un néant. Inerte, présent mais absent, tu navigues entre réalité et illusions.
Fantôme de ma vie, tu fuis, errant comme une âme en peine dans ton propre corps.
Tu deviens ce que tu ne peux pas être.
Il paraît que l’alcool donne du courage.
Il aide à parler, à se dévoiler, à être soi-même. Pour moi, il n’est que mensonge.
Ce mensonge t’endort mais me percute en plein cœur.
Reine de ma vie, les pieds bien ancrés dans mon sol, les yeux perdus dans les étoiles, j’erre à présent dans le trouble obscur de ta nuit, je piétine, je me fatigue à essuyer les flaques de toi, à souffler sur la fumée d’une vérité qui m’échappe.
J’ai entendu dire que tu m’aimais.
Pour aimer il faut s’aimer soi-même, comme une paire de charentaises douces et confortables dans lesquelles on aime se reposer et se protéger du froid des tempêtes de la vie.
Nous naissons tous fragiles et ballottés par le vent des autres et du monde.
Quand la cruauté coupe notre envol, comme le lézard nous devons attendre au soleil que repousse notre cœur.
La rumeur crie que le monde est une jungle.
Dans la savane, le sol est si aride que les animaux font des kilomètres pour boire.
Boire pour survivre.
Pas d’artifices dans ce monde.
Pas d’échappatoire si ce n’est accepter d’être le plus faible ou le plus fort et s’y adapter. De la protection dans les troupeaux. De la présence dans le groupe. Chacun à sa place.
Chaque animal à sa propre condition humaine.
Je ne sais lequel tu pourrais être, perdu dans ta fuite, mis en danger par les vapeurs de l’alcool, inerte, oublié de toi-même, présent à mes yeux embués de détresse, à protéger cet enfant qu’est ta bouteille de liqueurs mensongères.
J’ai entendu dire que cela se soignait.
C’est une histoire que je ne peux connaître mais j’aurais aimé ne pas y être mêlée.
Je suis le personnage d’une partie de ton livre mouillé par les illusions, je flotte dans tes récits décousus, tu fais de moi ta chose animée.
Il paraît que tu es réel, en chair et en os, le cœur battant. Je t’ai perdu.
On m’a dit que tu étais toi. Tu t’es perdu
Il paraît que nous nous aimions. Tu nous as perdu.
J’ai entendu dire que notre vie était un cadeau. Il s’est perdu.
Il semble que j’étais heureuse. Je me suis perdue.
Passage du monde
Tu y crois toi ?
à la solitude
Aux regards dans le vide
Aux murs froissés et arides
Aux odeurs de rien
A l’air sans chemin
Aux mains crispées du passé
Aux larmes sans pleur
Tu y crois toi –
aux faux semblants
Aux corps qui se couchent ensemble
Chacun de leur côté ils tremblent
D’avoir perdu un bout d’amour
D’avoir laissé une part de rêve
D’avoir perdu un bout de soi
D’avoir donné bien plus que rien
De compter le soir en secret les miettes
D’avoir perdu une partie de la conquête
Tu y crois toi –
aux injustices
La mort qui s’éclate dans les hospices
A faire croire qu’elle va venir
A ceux qui ne veulent pas guérir
Que l’on force à être des marionnettes
Au spectacle de la décadence
Quand une femme au rythme des coups danse
Quand un enfant est martyrisé
Sur les réseaux, à l’école, chez lui
Quant au lieu de s’aimer on se détruit
Tu y crois toi –
à la pauvreté
Ces corps comme la viande chez ton boucher
Des os, des os encore animés ….
Les peuples illettrés
Qui cousent tes vêtements
A la lueur d’une bougie
Le jour et la nuit …
A l’enfant qui se marie
Jeté dans le lit d’un homme
Qu’elle n’a même pas choisi.
Oui on vend encore des petits
Là où il n’y a pas d’alloc
Oui on tombe encore en cloque
Sans le savoir, sans le vouloir.
Tu y crois toi-
A l’indifférence des vivants
Aux regrets des morts
A la nature qui se défend
Contre l’homme et ses torts ?
Au besoin plus grand que l’envie
A la course contre l’humain
A la conquête du pouvoir
A l’abandon de la paix
A la mort de la civilisation ?
Aux non pudeurs
Aux scandales dérisoires?
On est aveuglé de beauté
On est sourd de l’instant
On est emprisonné dans le temps
On coule dans notre espace
On s’écroule dans la masse
Tu y crois-toi ? Dis-moi !
Pass-age
C’est la vieillesse – ses rides, chemins creux et tortueux foulés par des pas sur sa peau aux stigmates des restes de joies et de peines.
Ses dents, blanches puis cassées, lourdes de plomb, d’avoir trop mâché, sont des cailloux écrasant le crapaud mou de sa langue. Ses rires sont des gouffres rougis par le feu de l’air.
Ses ongles jaunis, feuilles d’un automne avancé, molles d’humidité stagnante dorment sur ses pieds déformés. Des fleurs fanées dans ses oreilles.
Un nez qui ne s’enivre plus de la senteur des arômes du plaisir.
Sa bouche bave comme un escargot sans coquille. Flasque et lent.
Son sourire toujours le même phare d’espoir. Il clignote de moins en moins mais il éclaire toujours la pénombre de son monde.
Ses yeux, des puits presque taris par les veines bouchées d’un temps assassin. Si l’on se baigne dans son regard, on peut encore s’envelopper d’amour.
On ne sait où est passé sa jeunesse. Il faudrait ouvrir son crâne. Le coffre-fort de ses années, couvert par l’argent de ses cheveux sent bon la fraîcheur. La clé de ce coffre, ce sont ces mots prononcés comme un courant d’air, rapidement avant qu’elle ne les oublie.
Elle attrape les silences pour gagner du temps. Le pinceau de ses souvenirs dessine dans son corps des arc-en-ciel immobiles.
Ils illuminent sa lenteur. Ils illuminent le tunnel. Ce qu’il y a au bout de ce tunnel, s’éteindra comme un feu de camp sous la pluie.
Dans son crâne, il y aura les cendres d’un vie écrite ravagée par l’incendie du temps.
C’est une prière- l’espoir tend des mains sales. La terre s’abrite des chapeaux de genoux croisés. Elle compte les doigts des pieds nus silencieux puis doucement s’endort.
Les offrandes chatouillent le nez de la nuit. Le ciel éternue des étoiles. La nuit se couvre d’un drap blanc de pureté. Les mots prononcés sont un silence de l’âme. Pendant un court moment tout ne fait qu’un. Les corps, l’invisible, les mots, les astres et la terre. Collés d’espoir, tout flotte dans la puissance du moment.
C’est un instant- posé là délicatement sur le temps, savoureux, doux, vaporeux, donne une saveur aux heures amères d’une journée. Une crème chantilly qui s’engouffre dans un café, des mains qui chatouillent le corps. Une vapeur s’échappe de l’air et anesthésie l’âme. L’enfant attrape l’instant de rires éclatants. L’amoureux attrape l’instant d’un regard puissant. Le pauvre attrape l’instant d’une main tendue dans le vide. Le malheureux ne veut pas toucher cet instant.
L’heureux lui l’enlace, se prélasse, embrasse les instants un par un pour former une chaîne de libertés partout autour de lui.
Le sang de l’amour
Je t’aime avec ma peau
Mes sillons, mes cicatrices, mes ongles
L’amour m’a habillée
Tes petits doigts m’ont fleurie
Ta couleur rose pâle m’a ranimée.
Aimes-tu l’air que tu respires ?
Es-tu animal ou être vivant ?
Je t’aime avec mes espoirs, mes doutes mes peurs.
Je t’aime en rires, je t’aime en pleurs.
Ton odeur m’a déplumée
Ta légèreté m’a décoiffée
Tes mouvements m’ont affamée.
Je t’aime avec le jour et la nuit à l’infini
Je t’aime avec mes seins gonflés, mon lait coulant
Je t’aime avec les popcorns au cinéma
Je t’aime avec tes pieds sur les miens.
Je t’aime avec mes cheveux et mes dents brisés pour toi.
Sais-tu que je ne sais pas ?
Sais-tu que tu ne sais pas ?
L’avenir m’a noyée
Le passé m’a fondue
Je t’aime avec mes airs de ne pas t’aimer.
Les murs volent
C’est la ville – ce va et vient incessant de corps articulés. Fourmis foulant le béton, fouillant les marchandises. Les visages défilent, défiant le temps, tentacules de corps pressés comme des oranges mécaniques.
Les gardiens grattent le ciel, griffes suspendues entre deux mondes naturels.
Les corps s’effacent dans les fumées de l’industrie. Les humains se trient par des regards furtifs.
Des corps défilent, s’empilent filent sur les lambeaux de la chair de la terre étouffée par le béton.
Les ponts font la roue, leurs plumes dressées se baignent pour se désaltérer de la chaleur humaine.
Un chien pisse sous un lampadaire un soir de clair de lune.
La journée a le feu aux fesses, elle brûle les yeux des gens aux terrasses d’un café.
Le parc pleut des enfants joyeux.
Un pigeon s’est perdu. Il traverse en dehors du passage piéton. Piétiné par les bottes de voitures, sur un champ de pantins désarticulés par une course contre la montre.
L’église entame sa chorale. Elle chante la paix. Elle apaise les grondements des gratte-ciels, effrités, prêts à s’effondrer sous une pluie d’humains.
Les rues s’ouvrent tandis que les yeux et les cœurs se ferment.
Une petite boutique aux couleurs de la nature tinte comme un rossignol.
Un havre de paix collé au port, lignes élégantes ouvertes vers l’horizon d’un départ vers d’autres destinations.
La danse endiablée des bateaux de pêches, vides mais plein d’espoir sous les vapeurs des petits matins brumeux.
Un banc attend à l’ombre d’un arbre, son conteur d’histoire, son moment de répit face à l’ennui.
Collés contre le mur du lycée deux amoureux enveloppés par leur désir, seuls au monde. Voilà que la ville devient une île déserte.
Le sable de l’innocence d’un bac dans la cour de maternelle gratte l’œil des solitudes.
Un arrêt de bus, habillé de ceux qui ne se voient pas, ne s’entendent pas, devient le symbole de l’arrêt de l’humanité.
Un vieux monsieur dessine des ronds avec sa canne. Il lance des fumées de détresse à des pieds chaussés de bottes de mille lieux
. Autour de lui, la crasse se répand. Les poubelles vomissent, les déchets sont des vautours qui rodent. Ils veulent tuer la terre. Ils se déploient. Une armée de puanteur attaquent tous les sens.
Invisibles sont les hommes, collés comme des chewing-gums aux pavés déformés. Déformés eux-mêmes par la course contre leur montre.
Chaque âme est un tictac incessant. Chaque corps est une bombe sans retardement. Le retard, c’est le bonnet d’âne.
Tout le monde se croise. Personne ne se respire, ne se voit. Pourtant tout le monde se touche de l’instant pas présent. Déjà passé, déjà peint sur la route par une ligne blanche.
Le feu rouge hurle l’arrêt.
Écrasées sont les secondes de celui qui stoppe sa course.
Un porche surfe sur la vague humaine. Il éclabousse de l’ombre aux passants qui patientent.
L’air est un acide de transpiration qui boue d’impatience. Il a envie de dormir.
Un arbre pleure, emprisonné derrière un grillage, coupable de faire de l’ombre et d’arrêter le mécanisme de la ville.
Une voiture embrasse un train trop fortement. Elle s’est coupée la langue et s’est cassé les dents. Il y a des morts. Il y a une fuite du temps, aussi dangereuse qu’une fuite de gaz. Ça pue la mort. Ça pue le temps qui s’arrête dans une ville. La voiture sera emprisonnée derrière des barreaux gelés. Des stalactites de regrets. Ne pas avoir de remords d’avoir ôté des vies. Juste un regret, celui d’avoir cassé les aiguilles du compteur électrique du temps.
L’âge des nues
Je ne sais pas pourquoi j’aime tant les nuages
Ils ne ressemblent à rien
Ainsi ils peuvent être tout et n’importe quoi.
Navires dans la mer d’un ciel calme
Lampadaires tous doux posés sur ma tête
On m’a toujours dit que j’avais la tête dans les nuages,
C’est sans doute pour ça que j’aime les observer.
Immobiles, silencieux, ils sont si paisibles.
Des barbes de père noël
Des barbes à papa du ciel
Des barques dans mon imagination
Pièces de puzzle qui s’emboîtent
Ventres vides gonflés de silence
Robes de mariées lentement s’approchent de l’autel de l’espace.
Ils ont tellement de place pour jouer à un deux trois soleil
Restent sans bouger, patients et libres.
Sans Frontière, sans règle, ils se déploient.
Je les aime ces couvertures du ciel
Ce sont mes lits imaginaires
Ils me racontent de belles histoires
Uniques à chaque fois que j’ouvre la porte de l’air.
Des wagons de paix dans lesquels je voudrais monter, sauter, danser.
Les nuages sont fiers de ce qu’ils sont,
N’ont pas peur de notre regard face à leurs différences,
Du plus petit au plus gros, du plus beau au plus moche,
Ils se prélassent nus sur la plage ensoleillée de l’espace.
Ils sont si faciles à dessiner, ils font des vagues sur le papier.
Des bouteilles jetées au ciel, des messages codés.
Ils sont les chefs d’œuvre de l’univers
Dessins empilés, collés dans le vide.
J’aimerais que le vent les fasse tomber
Pour les serrer dans mes bras
Pour les coller sur un cahier
Créer ainsi une bande dessinée.
Le ciel est tous les jours fils de saint Exupéry
Je suis le petit prince
Oui c’est comme si je lui disais quand je lève les yeux :
Dessine- moi quelque chose.
Le ciel lui un jour m’a dit
Nous allons plutôt jouer ensemble au Pictionnary
A toi de deviner ce qu’il y a au bout de mes crayons.
Je les ai aimés car ils m’ont fait me poser des questions :
Comment tenir en suspens, dans le vide, comment marcher sans jambes, comment voir sans
yeux où l’on va, comment ne pas brûler sous le soleil ?
Toutes ces questions ont fait d’eux des êtres vivants dans mon monde.
Ils sont ainsi devenus des amis éphémères, de passage, sages comme moi.
Je les ai aimés car j’ai cru qu’eux aussi avaient peur d’exister et que le ciel les grondait et les
faisait pleurer car ils prenaient trop de place dans l’espace.
J’aurais aimé dans l’avion ouvrir le hublot pour les attraper et les cacher dans ma valise.
J’aurais aimé sortir jouer avec eux à cloche-pied.
J’avais peur qu’on leur fasse mal en les transperçant.
Ils sont si silencieux dans leur sommeil
Ils rêvent tout le temps
Des enfants innocents, un royaume posé là, dans la paix, le silence, où la différence n’a pas
d’importance. Tout le monde se respecte à la récréation du ciel. Toutes les formes, les genres
se mélangent dans une atmosphère flottante de bonheur.
Chut, écoutons ce qu’ils ont à nous apprendre : le pouvoir du rêve et la magie de l’imagination.