derrière tout texte toujours se cache un nom
le vrai
prétexte à la dérogation
comme au-delà du ciel s’inscrit du bleu la mer
et à chaque vague ce nom
le même
sans qu’il ne soit nommé à peine soufflé du vent
pour alimenter les moulins multiplier les pains
et faire croire au miracle
car jamais rien n’est inventé
tout est transformation
l’intrigue ne pouvant dévoiler du nom
l’inspiration
pourtant je l’ai en tête
je n’entends même que lui
me parlant d’elle directement
il me la rend présente dire que d’autres l’utilisent
ça me fait toujours sursauter ce même nom en pleine rue
et j’ose lever les yeux comme si tu avais répondu
au nom jamais nommé
crié sur tous les toits
par ces chats dont aucun n’est gris
la nuit je sais l’oiseau proférer sa menace
avec la malice de saison
il me dit dans mon rêve
je vais le révéler
au premier son du rossignol avant le chant du coq
et le monde entendra
le nom qu’en écrivant tu tais

Gratte les souvenirs

ce truc te gratte
vraiment fort et
à plusieurs endroits

ce truc tiraille ta peau
et tu te tiens droite

ce truc te lacère
mais tu ne dis rien
tu te forces
à penser ailleurs

ce truc fait des tours et des tours
et parfois se pose
les pieds en l’air
– tranquille

tandis que toi tu remues
tu souffles tu t’agenouilles
tu te retrouves pantoise
là, au milieu de la pièce
de cet appartement
dans cette ville

et puis tu réfléchis
et en fait

ce truc était déjà là
dans ce restaurant
au nouvel an 2010

dans cette voiture
de location l’été 2009

et dans cette chambre
d’hôpital au printemps 2012

alors ce truc qui te lacère
comme un sacerdoce
fait peut-être partie
de toi totalement

alors tu te grattes jusqu’au sang
c’est tant pis, c’est pas grave
tu mettras ton pantalon à tremper

dans la bassine que t’oublieras
dans ce cellier, dans cette ville

avec un peu de chance
ce truc se noiera dedans

LIQUIDATION TOTALE RÉCLAMÉE

Cette chose est abritée dans un corps contenu
mais on ne peut de nos doigts la toucher
Cette chose a plusieurs visages et sa taille est variable
Cette chose est informelle et peut déformer, figurer ou défigurer même
Elle naît de notre corps mais notre corps ne peut pas la toucher

Cette chose est une liquidation totale réclamée

Elle est activée par un sang b[r]ouillon

Elle ne peut pas clignoter

Cette chose voudrait avoir raison plutôt qu’avoir la paix

Cette chose revêt des proportions aux conséquences irréversibles
dans les pièces de théâtres antiques, dans la rue, dans un cœur de trahison
Cette chose est admise ou dénigrée
portée aux nues ou mise au ban,
cela dépend du genre.

Sans permission préalable, grande tendance à tutoyer les inconnus

On peut l’entendre dire certains mots mais elle ne saurait les chuchoter

Cette chose peut maintenir debout, briser des genoux ou faire peur

Apnée du soleil

il est question de ce qui grouille dedans de ce qui ne fait plus confiance aux doigts et à la bouche pour crier // il est question de sécheresse et d’obésité des sens de cœur massif d’artères fleuves et d’ardeurs accumulées // il est question de ce qui ne tient plus en place dans le ventre des bêtes dans le sexe des femmes et le cri des forêts // il est question de corps brûlants et d’apnée de soleil de perte du réel et de rage éternelle // il est question de ce qui rougit l’envers des peaux ce qui flamboie au fond des gorges ce qui griffe racle et dévale les parois et les tripes // il est question de ravalements et de débordements d’érosion et de sédiments de sécheresse et de noyade sous l’ourlet de la langue // il est question de ce qui hurle dans le fond des silences et de ce que retient la nuit 

Ses yeux m’ont protégée

Le secret que je ne peux nommer m’a découverte dans le métro comme une fleur exotique ; J’étais alors fanée par une journée sans fin…

J’ai suivi mon secret dans le métro, sa silhouette immense irréelle ! Je me suis perdue parmi les stations, mais ses yeux si clairs et sereins m’ont protégée…

Ce secret m’a ébranlée comme un big-bang, mes yeux en rient encore aujourd’hui et mes mains en tremblent de même.

Mon secret innommé  rend beau les yeux de détresse cernés ; Il a le regard de la tranquillité face aux doutes terrassés d’une simple main sur mon épaule . Mon secret connaît tous les remèdes à mes isolements, à mes empêchements.

Mon secret voit tous les invisibles. Les paysages, les visages, les silhouettes aimées; Tous reflètent sa grâce intime. Il prend tous les ajoncs, les rochers, les bruyères et leur rend le sacré que nous avons perdu !

Mon secret innommé a peint parfois mes courbes en des formes algorithmiques que lui seul reconnaît. Il a aussi recréé dans un feu d’artifice la naissance du monde qui à chaque vision me fait voler en éclat !

Mon secret prend aujourd’hui la plume pour écrire un monde plus réel que le nôtre : en absurde, en cruauté, en rêve et en révolte pour encore exister !

Le secret que je ne peux nommer est un repère, une balise, un amant impérissable pour une femme grandie sans bottes de sept lieues!

Mon secret innommé, je ne l’esquisserai pas , je ne saurais le faire, mais dans mes yeux et dans ma chair, j’en garde chaque ombre et chaque trait. Ceci ne vous est pas secret.

Le sang de l’amour

Je t’aime avec ma peau
Mes sillons, mes cicatrices, mes ongles
L’amour m’a habillée
Tes petits doigts m’ont fleurie
Ta couleur rose pâle m’a ranimée.
Aimes-tu l’air que tu respires ?
Es-tu animal ou être vivant ?
Je t’aime avec mes espoirs, mes doutes mes peurs.
Je t’aime en rires, je t’aime en pleurs.
Ton odeur m’a déplumée
Ta légèreté m’a décoiffée
Tes mouvements m’ont affamée.
Je t’aime avec le jour et la nuit à l’infini
Je t’aime avec mes seins gonflés, mon lait coulant
Je t’aime avec les popcorns au cinéma
Je t’aime avec tes pieds sur les miens.
Je t’aime avec mes cheveux et mes dents brisés pour toi.
Sais-tu que je ne sais pas ?
Sais-tu que tu ne sais pas ?
L’avenir m’a noyée
Le passé m’a fondue
Je t’aime avec mes airs de ne pas t’aimer.

Un secret

Ce secret que rien n’alourdit que la parole
ne dit rien que tu ne saches déjà
de ta mère de ton épouvante à la contenir
dans son rôle de mère
disert dans sa propre expression
ne se décèle pas d’emblée


Ce secret jamais ourdi arrivé par hasard
toujours tu toujours présent en transparence
tressé de ses nerfs que l’on ne nomme pas non plus
qui saillent sous l’histoire
toujours un sourire (faux) en coin
un air de dire un air de rien


Ce secret ne se bombe pas sur les murs
ne bombe pas le torse se rétrécit plutôt
sa petitesse est le signe de sa décence
sa discrétion consentie son innocuité
Il passerait protéiforme pour un fantasme
ou un rêve va savoir


Ce secret ne disparaît jamais il surgit
à l’improviste inopportun s’impose
il revient quand tu t’y attends le moins
c’est un monstre sous l’apparence
d’un secret il te creuse et te ronge
il a un appétit vorace


il mange tout sur son passage
Ce secret qui fait bombance sur ton dos
qui sous couverte de caresse
a dévoré ta jeunesse et te croque encore l’os
tu ne sais plus comment lui claquer le bec