Au bord de la route

Et cela fit frémir ton dos
comme un duvet constellé d’aiguilles repoussant les caresses

Et cela fit gémir tes yeux
embués de plaisir à regarder au-delà du jour 

Et cela fit pâlir ta peau
ornée de perles légères nées de la brume du soir

*
Assise sur une antique balancelle, tu oscilles entre chien et loup
pourtant, l’aube marine est pleine de promesses

*

alors affluent les eaux troubles de la mémoire,
et tu hésites à te laisser emporter
au gré des courants
au fond des abysses utérines du monde

alors, tu te souviens
tu te souviens avoir plongé dans des eaux brunes et profondes
tu te souviens de la caresse brutale de l’air
tu te souviens des mains qui saisirent tes poumons

Et tu inspiras comme pour la première fois
le parfum froid de la neige

brûlure au fond de la gorge
brûlure au fond des yeux
brûlure dans les entrailles

Et cela, emplit le dedans et le dehors
Et cela, devint quelque chose
Et cela, donna un corps entier

Petra

C’est de leur mère Montagne
qu’elles se détachent en bloc
C’est le torrent pétré
qui les fait devenir fluides
Ce sont les errantes 
qui parsèment les champs
C’est de leurs crevasses et fissures
que fleurissent les rocs

C’est sa cousine folle
que l’on ôtait des crânes
C’est l’un des quatre trésors 
qui permet d’encrer les mots
C’est la main malveillante
Qui s’en sert pour faire taire 
C’en est une innocente 
qui joue pour atteindre le ciel

C’est une chose minuscule
qui rendit son chemin douloureux
C’est la multiplication de ses frères
qui lui fit retrouver le sien
C’est une rencontre orageuse
qui la fit naître
C’est son intériorité
qui accueille et protège

Elle est
pierre de folie, pierre de foudre, pierre philosophale ou pierre à encre, pierre refuge ou casse-caillou 
Elle est

Nous
sommes multiples, riches et effrayées de notre propre puissance.
C’est une énergie au pouvoir cannibale,
des tourbillons dévastateurs émergeant par des bouches grandes ouvertes.
Ce sont des cris de foudre qui nous ont fait naître
matrices au cœur vert tendre,
le rouge profond qui nous habite érupte par nos pores,
l’astre du jour affole l’écorce molle dont nous sommes vêtues,
seule la caresse du vent est capable de nous apaiser.

Certaines mains sont plus habiles que les langues,
froissures d’hier qui ornent et racontent
des lézardes intimes qui s’écrivent au fil des jours.
Je caresse des murs chauds aux interstices vivants, la pierre exhale son histoire.
Puis il y a des mains blocs, des mains lourdes qui confisquent le futur
elles s’abattent sur les os et écrasent, pilent, condamnent
la terre noire se transforme,
humus odorant s’effritant entre les doigts
enraciné dans la terre, le regard pâle suit le mouvement du soleil.
D’autres mains encore apportent la jouissance
elles œuvrent dans le pli des détails
dentellière du plaisir, elles cajolent, caressent et ouvrent
irriguant la jeune pousse à l’intérieur de ma hanche.
Des mains tendues, solides et souples comme les branches des trembles
je me blottis au creux des paumes offertes
je m’ensommeille.

Il est

Il est
un magnifique mouvement circulaire dont le regard serait le centre,
une ronde sans angles, un tournoiement sans detours.
Autour, des miroirs réfléchissent des centaines de fois l’image pivotante de la vue.
Ce qui est là n’est déjà plus ici.

Je vois
Du plus profond de mon œil unique, je te contemple.
Regard solitaire qui fait de moi cyclope,
L’oeil humide, je plonge dans les vagues mauves de ton iris
Submergé par de tristes souvenirs, ton regard s’appuie sur le mien pour se maintenir à la
surface.

mais la marée descend,
et sur l’estran gît la moisson
de tes impressions rétiniennes
cils épars
varech odorant
Sainte-Lucie à la recherche de son oeil