Une fenêtre

Une fenêtre est une ouverture, d’ailleurs on dit bien 
ouvrir la fenêtre. 
Mais alors pourquoi on dit aussi
fermer la fenêtre ?
Parce qu’elle a souvent 
deux battants 
une bouche qui mange
des paupières qui voient 
des bras qui saisissent 
le monde. Ou l’embrassent quand le paysage est beau.
Une fenêtre propose la vie en dehors 
une énigme
la vie dans d’autres corps des passants qui ne font que passer et des oiseaux qui sifflent les chiens
les sons de la pluie qui grésille, des sirènes qui charment, des machines qui rôdent
faut-il regarder par ? 
La fenêtre est une possibilité
rester 
explorer
sauf quand elle est bloquée.
Capricieuse ou protectrice ? 

Êtres en miroir

Se regarder dans le miroir.

Obstruer le miroir de nos deux corps, le mien ombrant le sien

Remplir le miroir de nos deux corps, le mien dans les creux du sien

Combler le miroir de nos deux corps, le sien pénétrant le mien 

Et oublier le miroir.

Se souvenir de la chambre, sentir le carrelage froid sous les pieds, garder les yeux fermés, éviter le papier peint laid, les fleurs séchées, la poussière. Éternuer.

Marcher vers le lit derrière, s’embrasser, continuer, sacrifier nos corps d’amants aimantés sur l’autel confortable de l’horizontalité, se regarder. 

Voir l’autre en miroir. 

Je suis excitée

Mais calme-toi ! Arrête de gesticuler ! Mon dieu que tu me fatigues… Certains disent même que je les épuise. Parce que je suis excitée, parce que je ne tiens pas en place.

Ça part des pieds et ça remonte vite comme l’électricité, ça irrigue tout le corps jusqu’aux mains qui s’agitent quand je parle – trop fort évidemment – jusqu’aux cheveux qui se balancent face aux paupières qui clignotent. C’est pas très agréable d’être parcourue par un courant plus chaud que le sang dans les veines, plus froid que l’air dans les poumons, plus piquant que la bile alors ce courant faut le laisser déborder du corps par des grands gestes, des cris stridents, des rires puissants. Quand je suis excitée, je me transforme en pantin désarticulé. Et ça les fait chier les calmes, les comme il faut, les barbants mais je fais pas exprès, je fais avec. Je voudrais qu’ils m’apprennent la modération et pourquoi pas la bienséance même si ça n’a pas l’air très marrant, mais ces gens-là ils me fuient, faudrait pas que je les contamine. Je suis contagieuse, je suis indésirable alors je retourne avec mes copains les excités, les insupportables comme disent les plus médisants. On reste entre nous à se fatiguer plus vite que les autres et peut-être qu’on mourra avant eux mais au moins on mourra épuisés d’avoir vécu fort et grand. 

Je cherche des answers

Qu’est-ce que YUL ?
Les initiales d’un airport qui porte désormais ton nom. 

Qu’est-ce que Montréal ? 
Une métropole où tu burn dans l’été canadien. 

Qu’est-ce qu’un plan à damier ? 
Les rues dans lesquelles tu drink des Bloody Mary le midi.

Qu’est-ce que l’Amour ? 
Un cinéma où j’aimerais making love avec toi. 

Qu’est-ce que l’attente ? 
Je ne veux pas le savoir, come back. 

IL FAUT TOUJOURS que les arbres 

grossissent en été, comme
POUR montrer que la chaleur les envenime, qu’ils quittent leur
L’ENFANCE, oubliant le printemps de
ROND ET DÉLICAT, pour les températures que les vieux ne supportent plus et
DONC s’enferment dans leur tanière.
ET alors, qui les regardent ces arbres touffus de leur robe verte qui déborde
SUR LE trottoir ? impétueux, arrogants, majestueux,
DANS LE MÊME CARACTÈRE de leur enfance qu’ils n’ont peut-être finalement  pas encore quittée.
Attendons l’automne pour voir s’ils seront toujours aussi insolents ces arbres se dénudant.

En dents

Tu as été cette enfant avec un trou à la place d’une dent de devant. Tu as pleuré, mais pas longtemps. Tu passais ta langue sur ta gencive, c’était doux, un peu bizarre ce trou. Tu étais fière, grande, ils allaient voir à l’école.


Tu es devenue cette femme qui encadre de rouge le blanc de ses dents définitives. Tu marques mon col, peins mon cou de tes lèvres, mais ça c’est un secret. Tu souris beaucoup, il faut arrêter. Ça me donne envie de t’embrasser, de devenir à ta bouche moi aussi définitif.

Une bonne journée c’est
l’été, le matin, les fenêtres ouvertes
ta peau fraiche, tes fesses à l’air
libres.
Ton envie de brioche, tes lèvres goût café avant
l’après-midi Méditerranée
tu veux du sable
et moi une glace
on fait les deux, je t’aime
salé.
On couche le soleil
couleurs Kennedy
demi pêche et PAC à l’eau,
plus de glaçons c’est l’heure,
déjà. Au lit,
couvrir tes fesses,
te lire les mots d’un autre et
t’endormir la main sur mon sein
avant de me dire à
demain.

Premièrement
il y a l’aube qui gicle sur le mur
des tâches dorées en pointillé
comme des mots à relier

Deuxièmement
il y a l’écriture qui se boit au café
au lait pour adoucir les voix fortes
des Espagnols dans les airs

Troisièmement
il y a le vent argenté qui paye
la beauté de la mer en moutons
des kilos de laine à compter

Quatrièmement
il y a les heures qui attendent
le bus de nuit sans rêve
le sommeil profond et le réveil