Comme un mirage

Elle était
Apparue
Sept ans après moi.
Radeau inespéré dans la tempête !

Elle était
Apparue comme un mirage un jour de février!
L’été
Et son soleil brûlant
Ne pouvaient pourtant pas
Troubler nos vues.

Elle était
Belle
Et je sentais
Qu’elle ferait de grandes choses !

L’audace émanait
D’elle
À chaque instant !
Elle rayonnait.

J’aurais aimé
Souvent
La serrer contre moi !
L’âme et le cœur savent se censurer.

Nous reçûmes le meilleur :
À elle les cordes de la guitare et du piano !
A moi celles de la harpe… Et une plume.
L’avenir se joue pourtant des illusions;
Nos routes se firent parallèles…

Elle eut
Le savoir
D’être aux autres :
Sûre mais sans prétention;
À l’écoute :
Et tellement gaie!
Pour cette sœur fascinée
– Enviée et jalousée –
j’ai tenté par l’amour de déjouer l’absence!

L’esprit est paradoxe !
Moi
Je me sentais malhabile…
Prise dans une
Bulle de fer ;
Et je défiais quiconque de la transpercer.

Après
Bien des écarts
Je me suis faite poétesse ;
L’esprit sait si bien se piéger!
Ma soeur est
Créatrice
D’oeuvres monumentales,
Qui nous mènent hors du temps
Et de l’espace
En des lieux inaccessibles et apaisants.

Adulte,
Nos liens
Se sont réinventés.
Mon adorée
S’est soudain muée
En protectrice…
J’essaie de l’accepter.
L’esprit sait bien se perdre en arrogance !

Il me reste pour préserver
Ces deux soeurs
Qui s’aiment
Retenues
De fils insaisis
D’éclater cette bulle geolière
De par ma force et mon désir !

Et nous pourrons,
Enfin,
Sensiblement,
Nous rencontrer.

Sois vive !

Sois vive oh ma fierté 
Plus vive que ta peur 

Facile sera la honte
Compagne de l’immobile

Sois vive oh ma fierté 
Grandir  c’est traverser
Montagnes et forêts 
Le plus souvent sans guide
Se perdre ou se blesser
Et risquer la relève 

Sois vive oh ma fierté 
Tu n’es pas seule sur ce sentier 

Sois vive oh ma fierté 
De ces égratignures 
Des chemins hors balises
Des branches qui craquent sous tes pas
Des monts trop hauts pour être gravis aujourd’hui 

Sois vive oh ma fierté 
D’avoir conquis seule ton visage relevé 
Tel l’enfant placé dans un lit sans histoire 
Dans un lit non bordé 
Blotti dans les bras de la honte 
Et non ceux des rêves souhaités 

Sois vive oh ma fierté 
De tout ce qui t’habite
Tout l’amour qui t’habite
De l’asphalte des cités arpentées 
Des mots qui te préservent des cauchemars de ton labyrinthe insatiable 
De ta famille bâtie 
De longue haleine rêvée 
Cette enfant farouchement portée 
Et tendrement bercée
De sa joie qui explose 
Sa gaieté qui désarme 

Sois vive oh ma fierté 

Ne prends pas cette chance pour un miracle
Ne t’en prive par habitudes 
Tu peux te l’accorder
Tu n’as rien à y perdre

Sois vive oh ma fierté 
Oublie d’être parfaite
La quête serait vaincue
Et nul ne te le souhaites !

le temps en sera résolu

Tandis que tout vacille 
Tu chercheras la route
Tu te perdras d’abord
Comme un cri au dedans 

Tandis que tout vacille 
Il te faudra sourire
Tenir le dos bien droit
Tresser fort tes cheveux 
Calligraphier sans ratures tes cahiers
Récolter les bons points 
Et mentir droit devant 

Tandis que tout vacille 
Tes mains ne devront pas les ensevelir 
Rien ne t’y oblige 
Elles ne les recouvriront pas de terre ou de fleurs 
Sauf si ton corps te le demande 
Tu ne leur portera pas d’hommage
Tu ne leur dois ni ton chant ni ta voix

Tandis que tout vacille 
Depuis le liquide amniotique 
Tu perdras l’illusion 
De la toute puissance 
À panser les plaies insondables 
De leur naufrage 
Le sextant de leur perte ne sera pas le tien
Tes propres écumes seront ta survie
Ton droit et ton devoir 

Tandis que tout vacille 
Il te faudra risquer 
La chance facile à ignorer 
Arracher l’épiderme 
Des doutes forts ancrés 
Et risquer la confiance
De ton regard 
Il te portera loin

Tandis que tout vacille 
Tandis que tout vacille 
Tu n’auras plus besoin de mentir droit devant 
Le temps en sera résolu 
Tu n’auras plus peur de trembler 
Ni d’accomplir ce qui te semble bon
Le temps en sera résolu 
Et tu iras en paix 
Rien d’autre ne comptera 

Connais-tu ma tristesse ?

Elle me cloue au sol en des heures sans fin;
Et les jours sont semblables et les calendriers n’ont plus de sens
Si ce n’est de lier les jours inavouables 
De son départ et de ton départ !

Les orphelins sont-ils toujours aussi honteux ?

Connais-tu ma tristesse ?

Elle que je suis partout et qui me suit partout.

Connais-tu ma tristesse ?

Elle a le son du silence qui gronde en mon immobilité. Rien d’autre n’est au monde,
Ni mon souffle, ni celui de l’enfant d’hier,
Ni vos deux voix devenues si tôt indéfinies !

Connais-tu la tristesse ?

Fraternité damnée !
L’absence, amie en la chair scellée !
Et la joie incertaine,
Compagne de haute lutte,
Devenue seule dignité.
Et l’espoir plaie ouverte !
Comment le déserter quand le sourire des 
Ombres au cœur s’enchaîne ?

Connais-tu la tristesse ?

Houle vive conquérante où se noient les étrangers à la peine. Les esquifs du réconfort tour à tour s’y brisent.

Connais-tu la tristesse ?

Pour elle, on promet tout et par elle, tout advient.

Pour elle, de lui j’ai tout refusé .
Il ne pouvait demeurer que le vide.

Pour elle, de toi j’ai tout accepté, jusqu’au parfum que tu aimais, que je dépose sur ma nuque aujourd’hui.

Connais-tu ma tristesse ?

Ne l’ais-je criée à chaque ligne ? Puisses-tu me l’accorder encore un peu !

Connais-tu mon amour ?

Je l’avais ensevelie au plus profond de ma colère. Je n’ai pas su l’exhumer à temps !

Connais-tu mon amour ?

Il ressurgit aux cendres littorales alors qu’il se fait tard. Toi seule peut l’accepter, comme le peuvent les mères. Je le sens en mon âme à présent.

Connais-tu mon amour ?
Connais-tu ma tristesse ?
Connais-tu ma tristesse ?

Une prière sans église

Le bars – le barde, le troubadour – avait bâti des villes, peint cent visages, mille paysages !

Albert avait taillé le marbre et le granit et fondé un foyer dont j’étais – Charlotte – le dernier enfant.

J’ai cru en ce troubadour et en la lignée ; Au liens qui unissent la terre aux hommes et les fantômes aux vivants! J’ai cru au désir et à l’espoir ; Aux chemins à parcourir. Ainsi mon enfant s’est appelée Albertine. La foi est un passager clandestin.

Charlotte Le Bars, j’avais – enfant bardesse – pour porter ma voix les vibrations de ma harpe. Mais elle est devenue totem à qui tout sacrifier. Je ne pouvais lui rester fidèle.

Pour devenir troubadouresse, Charlotte est devenue Sacha : femme forte, femme protectrice et femme enfantée du chaos; Poétesse synesthésique.

Mais l’encre du destin sur le papier de nos peaux passagères ne m’appartenait pas ! Je ne pouvais que l’emprunter pour une prière d’écrivaine qui se passe d’église.

Je ne suis pas une prophétesse; Je ne porte que l’émotion de mes bribes de vie afin qu’elle deviennent votre le temps d’un récit que je ne saurais clore. Je n’en ai pas la clé; L’écriture me l’a dérobée.

Ils périront avec elle

Aube ne s’expliquait pas son prénom ; Aussi doux qu’Aimée ou Désirée; Ou même Étoile !

Elle aurait adoré se prénommer Étoile mais nul n’aurait ainsi nommé son enfant, du moins pas dans le monde où elle était née…

« Ma mère ne me dis jamais je t’aime; Ne me cajole pas plus; Ne m’offre pas ses bras. Ils me sont refusés tout simplement. Elle ne m’aime pas. Peut-être le tient-elle de la guerre qui l’aurait abîmée ; peut-être le tient-elle d’un père parti trop tôt…A-t-elle seulement aimé son ventre rond ? Peu m’importe. Seuls comptent le présent, la survie, et l’avenir un peu aussi. »

Cette rengaine battait les oreilles d’Aube; Tout comme les mesquineries, si peu masquées, dont tous étaient les témoins résignés! 

« Une souillon », entendaient les frères épargnés; « Une fille-garçon », les voisins bien indifférents…
« Elle ne tient que de toi! », le père tout aussi méprisé, rudoyé que la jeune fille…

« Dieux, que je voudrais la haïr ! Je manque d’imagination à ce jeu de la cruauté… ». Puis, pour un peu de réconfort : « Jamais, oh non jamais-je le jure !- je ne prononcerai ces mots maudits… Ils périront avec elle. »

Un chez toi

Les années passent 

Un village terne
Un arrêt de bus imprécis 
Des étreintes folles 
De rendez-vous en imprévus

Une maison austère 
Murs blancs
Façades blanches 

Au dehors un noyer 
Des mûres et des framboises 
Un banc pour déjeuner 
Au son d’une radio 

Personne n’y vient jamais 
Le temps y passe lent
Et nous aimons cela

En d’autre temps 

Les années passent 

Une façade de vigne-vierge 

Un clair-obscur à travers les vitraux 
Plume d’or à l’encre turquoise 
Sous-main de cuir brun
Que j’aime et qui m’effraie 

Des horloges à rebours 
Confinent aux aïeux 
On y cherche le jour 
Les jeux sont pétrifiés 

Devant la vigne-vierge 
On dessine une marelles 
À quoi bon la terre et le ciel
Quand on lance seul le galet 

Les papiers peints trop sombres 
Me guettent en insomnies
Et me mènent en rêve 
vers une autre maison

Une toute petite
Aux chambres mansardées 
Les lits à même le sol
De livres parsemés 

Au rez-de-chaussée 
Un vaisselier chinois antique
Une télévision obsolète 
Des cigarettes consumées 

Un café à partager
Pour des amis 
venus se réchauffer 
Au foyer des conversations 

Les années passent

Derrière les façades blanches 
Chacun a pris sa place
Toi le domaine des toiles immenses 
Moi l’étendue des cordes qui résonnent 

Peu de mots échangés 
Dans l’absolue complicité

Une prière sans église

Le bars- le barde, le troubadour – avait bâti des villes, peint cent visages, mille paysages!

Albert avait taillé le marbre et le granit et fondé un foyer dont j’étais – Charlotte – le dernier enfant.

J’ai cru en ce troubadour et en la lignée ; Au liens qui unissent la terre aux hommes et les fantômes aux vivants! J’ai cru au désir et à l’espoir ; Aux chemins à parcourir. Ainsi mon enfant s’est appelée Albertine. La foi est un passager clandestin.

Charlotte Le Bars, j’avais – enfant bardesse- pour porter ma voix les vibrations de ma harpe. Mais elle est devenue totem à qui tout sacrifier. Je ne pouvais lui rester fidèle.

Pour devenir troubadouresse, Charlotte est devenue Sacha : femme forte, femme protectrice et femme enfantée du chaos; Poétesse synesthésique.

Mais l’encre du destin sur le papier de nos peaux passagères ne m’appartenait pas ! Je ne pouvais que l’emprunter pour une prière d’écrivaine qui se passe d’église.

Je ne suis pas une prophétesse; Je ne porte que l’émotion de mes bribes de vie afin qu’elle deviennent votre le temps d’un récit que je ne saurais clore. Je n’en ai pas la clé; L’écriture me l’a dérobée.

Déambuler !

Tu es le clandestin 
Tu es l’aventurier 

Le nomade-inventeur

Toutes les rues
De toutes les villes 
Sont les tiennes 

Tu en fais la lumière 
Et les obscurités 

Je garde les jardins ; J’en créerai les méandres invisibles !

Dans tes empreintes, solitaire, je suis passée. Comme toi, j’ai senti le mouvement de la vie ! Je n’ai pas erré au hasard; J’ai aboli les lois dans ma traversée!

Tu me disais 
N’écoute 
Ni les itinéraires 
Ni les destinations 

j’ai marché aussi longtemps que le corps l’exige ; Sans crainte de l’éprouver par la fatigue…Suis-je devenue ta compagne anonyme ?

Flâneurs 
Unis
Universels
Vagabonds le temps d’exister 
Sommes nous des démunis 
Ou 
Est-ce le monde 
Qui nous appartient un peu 
Le temps de déambuler ?

On les adore 
Leurs sensibles couleurs 
Leurs poésies lisières en horizon 

On les adore 
Leurs sensibles musiques 
Sans boussoles à l’assaut de la vie 

On s’en revêt 
On prétend les saisir 
Drapés de 
Dignité 
Gangrenés 
D’ignorance 

Mais les nommer 

Cueillir d’instinct la force 

Mais s’emporter 

Embrasser l’intranquille 
Étreindre les distances 
Et ne pas les livrer
Au glas des forteresses 
Citadelles 
En nos marges
Où se rompent les latitudes 

Mais leur tendre la main 
À ces voix étouffées 
Mais leur tendre la main 
Aux larmes qui explosent 
Mais leur tendre la main 
Elles sont 
L’ultime 
Armée 
De la guerre que se livrent 
Les captifs 
De nos certitudes 

Ouvrir nos bras
Nous ne le ferons pas
Ouvrir nos bras 
Nous n’avons 
Jamais su

Aux chimères grandies 
Hors sillons 
Hors les âges 
Asilées en oubli
Nourries de leurs seuls 
Rêves 

Et ne plus fuir 
Accueillir l’évidence 
Et ne plus fuir 
Que des désarçonnés 
Foulés aux pieds de nos 
Frontières 
Et de nos miroirs clos
Dépend 
La puissante beauté 
De notre humanité