Les vagues se pliaient
contre elles même
violence viscérale
elles giclaient une salive
d’un blanc ultime
avant de s’écraser sur le plomb
d’une eau matrice d’encre
la crinière du reflux
ouvrait les gerçures des lèvres
pour avaler les derniers rais
de lumière détrempée
le fond de l’océan raclait la gorge
de galets déjà noirs de suie
la submersion d’une étoffe grise
bâillonnait l’horizon
juste la respiration d’un immense remous
persistait sur les visages

avale une flaque de mer sombre
*
lave ton visage de sel gris cendre
*
bave du plancton
*
la nuit a un goût de poisson
*
de lieu noir des cavernes
*
la mélancolie se colore d’ombres
*
les fantômes nagent jusqu’aux rivages
des mots
*
la nuit expire ses filaments

A l’aube, le soleil ne s’était pas encore levé, que le silence s’étalait sur les yeux.
Les paupières, mouettes muettes se déployèrent, les vagues refluaient, un mouvement lent se retirait sous les langues. Une aspiration réveillait les pas sur le sable. Ils promenaient leurs chiens sur la plage.

La nuit

Elle est dehors. Elle a décidé de sortir à cette heure où la ville dort. Elle ne pouvait plus rester chez elle, suffoquait. Elle a eu l’envie de marcher. Elle a suivi les rues, un peu au hasard. Humé le froid de la nuit. Les lampadaires ont dessiné son chemin sur les pavés, de zones obscures à celles illuminées. Depuis Montmartre, elle voit toute la ville.

Des fenêtres allumées
Des cheminées fumantes
Des solitudes ailleurs
*
Une ville immense
Et pourtant le silence
*
Les autres s’aiment
Les autres sommeillent
Les autres travaillent
Les autres
*
Et la lune
Qui regarde
Qui berce
Qui protège ou juge 
*
Combien de temps est-elle restée assise là ? Le vrombissement de la ville éveillée l’a sortie de son rêve. De son hypnose. Sous les pavés, le métro, n’est-ce pas ? L’odeur des croissants sortants du fournil se mêle à l’acidité de l’urine qui tapisse le bas des murs. Rentrer chez elle ? Elle ne sait pas encore. Mais la symphonie des rideaux de fer de cafés lui ouvre une réjouissante perspective. Et déjà, les autres, voisins inconnus, commencent leur journée au comptoir. Elle n’est plus seule. Et la vie reprend une nouvelle fois…