Je me suis levée
j’ai déplié mon corps du milieu vers les extrémités
j’ai marché dans le couloir
j’ai commencé à descendre l’escalier
j’ai senti ma cheville droite craquer et ce n’était pas en rythme
je me suis arrêtée
j’ai mis ma main sur le mur
j’ai senti les conduits ronronner et c’était en rythme
j’ai regardé le soleil descendre sur le cyprès
j’ai respiré par le nez avec le nez
j’ai sauté les dernières marches
j’ai pensé que ce n’était plus de mon âge et qu’il ne fallait plus le faire
j’ai pensé que je le referais demain
j’étais arrivée là où je voulais aller
je n’avais plus d’autre endroit où aller après
alors
j’ai attaché mes cheveux en une seule entité
j’ai enlevé mes bagues
je les ai posées sur le pupitre
j’ai vu que mon reflet était plus droit que moi
j’ai levé le menton baissé les épaules desserré la mâchoire
j’ai fait comme j’ai pu
j’ai fait comme j’ai toujours fait
j’ai passé de la colophane sur les crins de l’archet
j’ai essuyé celle de la veille sur le bois
j’ai tourné les chevilles pas les miennes jusqu’à une fréquence
j’ai écouté les intervalles et c’était parfaitement exact
il était bientôt dix-huit heures
j’ai laissé tout
j’ai posé tous mes organes
j’ai posé mon cerveau mon foie mes intestins ma douleur ma colère
j’ai tout posé quelque part ailleurs mais pas ici
je me suis ouverte en deux comme une orange
et
j’ai parlé à travers toi
Tag / Cette nuit spéciale
Nuitcore
il se peut que les lumières tombent comme la pluie et autour les barreaux de la nuit ferment leurs bouches alors je ne sais rien faire d’autre qu’allumer la caméra de mon téléphone et dire c’est la seule version de moi qui soit valable : nue et voici mes cuisses et ceci est ma main je te les donne prends les comme tu regardes les images de Marilyn un poème de Sylvia Plath que tu ne comprends pas et je te dis que j’aime ça et tu payes pour te croire éternel peut-être est-ce le cas
*
tu te tiens
contre la nuit
sa vitre te passe en travers
mais tu ne sens pas
*
quitter
*
une nuit brûle
le morceau
sale
de tes corps
*
loin
des figures me rentrent dedans
tu voudrais être grand chose
et m’aimer
*
toutes les nuits comme un râle
*
froisser ma cervelle
à lécher le son
de la nuit
*
dans le bruit de la ville
ma persona
me fait mal
*
mais quitter où
*
ce que le jour fait à la nuit
il bat des ailes tu vois le pognon est sur mon Apple Pay les chasses d’eau bouillonnent sur mon visage intact le matin Netflix gorge ma tête dans mon panier j’hésite entre une robe en léopard et des peintures acryliques les oiseaux blessent le silence je tombe amoureuse de moi il faut que je dorme quelque part j’espère ne pas me réveiller
Jasmin de nuit
Je n’ai pas peur de ma nuit naissante
pas peur de ses grésillements et reflux noir
*
L’éruption solaire éclaire l’espace imprégné et traînées de filantes
remouille les couleurs d’un amour d’hiver
*
il y eu un massacre et le sang éclot allongé sur de larges pétales
*
il n’y a plus de visage
il y a les restes, les traces, les impressions de mémoires
il n’y a pas de paysage,
il y a les corps de la nuit absorbés par le brouillard
*
et le périphérique d’un inconnu
son sommeil nous relit, me rappelle
*
cherche mère ou père aux confins, ici au battement il y a le coeur de la nuit
son oeil enveloppant caresse les pensées échaudées sur le trottoir trempe
*
il a dit qu’il allait revenir
il est revenu
nous cueillons les odeurs des constellations dans mon champ
*
mollir la nuit sans lui nuire est-ce possible ?
os brûlés, coulures bleu sciant, coquillages pulvérisés
délicate éclosion de Leste vert et d’Agrion de mercure
*
crépitement intertissulaires parmi les cendres
nue florissante honteuse, je sens ma nuit noire pénétrante
*
je sens ma nuit noire et son orbe montante
au sommet sommée d’explorer, de veiller, d’honorer
la juste soumission de dominer ma nuit, d’agir et d’achever
*
déterminée à embraser l’horizon
je n’ai pas peur de ma nuit or orange
pas peur de digérer le feux de l’aube et ses myriades d’ombres