conne – ctée

une – fais chier
deux – c’est quoi ce bordel
au bout de trois ta sérénité s’évanouit
 
impatience
 
ton attention captive
est désorientée
 
tu loues tes neurones
comme pour t’isoler
survoler liker scroller
 
connectivité prise au piège
 
ton emprise révélée
par un défaut de réseau
 
te voilà enfermée dans ta bulle
quand
tu ronges la frustration
tu ranges l’écran bleu
sans pouvoir te mettre au vert
tu maudis la technologie
avant de
contempler ton addiction
 
tu recommences tu rebootes
tu préfères t’acharner
tu fais défaut de toute ton humanité
 
tu recommences encore
 
au service de ton sentiment hyper connecté
dont tu as besoin
tu boues du bout des doigts
 
tu te sens hyper conne
tu te mens finalement
devant un foutu de coucher de soleil

Maintenant que l’avenir s’est ouvert comme une fleur ou deux bras de ton corps terre labourée par le
temps tu reviens d’un exil froid acier béton
coeur marche mécanique
Tu as goûté au sel de tes yeux et de la mer et ramené de tes voyages une parole dressée contre la mort
Élargis ta conscience Fais face au vent Porte tes souffrances
La nuit n’est que le nom d’une couleur
Et l’horizon une ligne droite à tracer
Saison nouvelle enfance oiseau
Sois d’un calme lumineux la beauté est assise parmi nous dans le jardin à cet instant tu n’auras qu’à
fermer les yeux pour voir

Juste mon cœur qui cogne

« Le temple est en ruine en haut du promontoire » 

Cette voix qui n’est pas mienne. Pourquoi ? 

« Et la mort a mêlé dans ce fauve terrain »  

Je récite le second vers.  

La troisième, le lycée, le professeur, 

Alexandrins, scansion, assonances, 

Musique antique, paysage champêtre, 

Dieux, pâtre, satyre puant aux pieds de bouc, 

Naïade sans défense au bord d’une source fraiche. 

J’ai un carquois d’or. Heredia. 

Chevelure blonde roulant sur mes épaules. 

Son solitaire d’une flûte. Je suis Pan. 

Orchestre, rideaux cramoisis, 

Troisième rang, La Mer. Debussy. 

Sur le haut de la dune aux carex,  

Assis, les yeux noyés dans l’océan. 

Elle émerge du flot.  

Le vent la noie lentement dessous le sable. Disparition ! 

Illusion ? Personne sur la grève. Un rêve ? 

Ressac incessant d’un fracassant souvenir. 

Un tunnel sombre sans fin. Cet accident dans ce tunnel. 

« Les déesses de marbre, et les héros d’airain », disparus. 

Seuls demeurent mes alexandrins lycéens. 

Enterrée. Solitude morbide. Elle a rejoint l’antique ruine. 

Plus de plage, plus de dune, plus de temple, 

Plus rien. 

« Juste un cœur qui cogne dans le silence de la mer » 

Méiose trip

Vos paupières sont lourdes. Sentez que vous n’existez presque plus. Sentez-le.

Maintenant, éprouvez le feu qui vous transperce. C’est un glaive dans votre poitrine, il pénètre votre cœur derrière vos côtes, exactement entre les deux ventricules, et il en tranche la chair en deux coups successifs, de haut en bas puis de bas en haut.

À présent vous voyez vos deux cœurs séparés battre et flotter dans une lumière rougeâtre, côte à côte mais distincts, et vous seul.e savez ce qu’ils sont, or-pierre, ange-démon, ce sont là des exemples banals de dualités, mais vous, vous expérimentez quelque chose de beaucoup moins grossier, quelque chose de beaucoup moins concevable : votre division ; qui n’appartient qu’à vous ; unique, inconcevable, indicible.

De plein fouet vous recevez cela : votre propre division.

Désormais, vous n’existez plus pour la voix qui vous parle. Vous avez pénétré dans le monde réel. Respirez.
Vos deux cœurs séparés battent à des rythmes différents dont l’assemblage est harmonieux ou chaotique. Écoutez-les.
Lorsque vous aurez bien entendu le chœur de vos deux cœurs, une voix s’élèvera de vos lèvres et

Avec ou contre ou entre eux, vous

Chanterez.

Plus tard peut-être, après le silence, vous ouvrirez un œil, puis l’autre, et vous retournerez dans ce monde-ci. Vous aurez tout oublié : la méiose la musique votre voix et l’air que vous chantiez.
Il n’en subsistera, peut-être, qu’une seule note.

et là ce dimanche
tu seras aspiré tes mains se poseront soudées à la balustrade
tu sentiras la mémoire du métal dans tes os
tu entendras la voix des mains qui ont touchée la balustrade il y a 333 milliards de secondes
tu sentiras la voix caresser tes mains qui seront douces comme la suie
tu seras touché par la voix par tes doigts par la moelle de tes doigts
tu seras traversé par l’ombre des mains de la voix
tu sentiras tes acides percer l’ombre en étoile
tu verras par les trous la lumière te parler
tu sentiras la lumière en toi se couper en écho pluie de cris saturés
tu te sentiras ouvrir la pluie avec ces mains d’ il y a 333000 milliards de millièmes de secondes
tu seras envahi par l’horizon intérieur seulement
tu seras invité à mettre ton doigt à angle droit
tu écouteras la voix et tu scrolleras la mer jusqu’aux abysses de toi
tu  goûteras l’écume de l’inconnue
tu seras caressé au cœur léché à l’hippocampe sucé au cortex
tu  retrouveras la voix dans l’infime

maintenant tu es devenu ce que tu es
tu es l’éponge du Fenua
et tu as aspiré toutes les mers
tu as lavé ton corps au commencement de tout
tes yeux ont volé le feu aux dieux
tu brûles tu es poussière d’étoile muette
tu enfonces ton index dans ta bouche
lève le au mistral
tu sauras d’où vient le sens des choses
monte tes yeux au ciel vers le fantôme d’un nuage ours
attend qu’il change mais
il te pissera dessus
tu te diras que le dimanche soir même les nuages sont
tristes

Vanités

Tu déjoues la calcification des cerises
tu enfreins la loi du velours et du vermoulu
tu regardes : l’étang qui baigne les racines sans futur
les koï qui œuvrent sur l’aval des prières
tu préfères, bien sûr, les nymphéas
tu demandes « qui déferle sur l’horizon que l’on n’a pas vu ? »

tu oseras dans un an
l’oxyde de fer sur la laideur
la rousseur d’une peau surexposée
l’étymologie inversée de la rivière

en ce moment, il fait jour il fait chaud il fait lourd

il pleut des anémones
de mer
une conque de pierre ensablée dans le Sahara acide

tu enveloppes la terre
tu neutralises l’insonorisation
tes pupilles font face au vent salé
ton corps délabré fouette le paysage
comment ? tu étires tout ton être jusqu’au figuier

tu n’entames pas la délicatesse des éléphants

un long roulis élégant
un serpolet dans l’eau de vaisselle
par le soleil, obligé
d’exhaler le noyau d’une cerise caché sous une feuille

tu trempes dans l’ère duveteuse
tu saccages le désir
comment es-tu arrivé jusqu’à moi ?
tu es un camélia violet
tu absorbes les colères
au printemps, les recraches,
en été, les enterres,
à l’automne, les fracasses
et les piétines tout l’hiver

Maintenant

Ton effacement sera ta façon de resplendir

Ce quelque chose qui te disait son poids, sa forme, sa mesure, sa grandeur, tu ne l’entendras plus

tu ne sauras plus expliquer le monde

Ni savoir qui il est

Tu seras dedans le jour et le nuit

Mais tes yeux seront des grottes

Des morceaux de roches gravées

tu remarqueras ta trace, quelque chose de toi 

En passant quelque part

 sur le fragile espace 

Tu laisseras le peu de jours que tu détiens filerUn éclair

 lent poussera sur ton épaule

Tu seras le réceptacle du coeur qui bat

Tes doigts ferment les paupières
de cette personne qui n’a jamais
été
et qui n’a jamais su te voir
– mais si bien t’avoir, 
te posséder, 
t’émouvoir.
Sur leur peau, tu dessineras
des yeux
toujours grands ouverts
pour te regarder 
– refléter le vide 
de tes prières
sans échos.

Tu accepteras que tu as perdu
ce duel,
tu commenceras à faire
le deuil,
et tu revêtiras une voilette
de l’amour que tu as donné
– pas reçu –
qui allongera ton visage 
de quelques pieds
et obscurcira ton fard
de quelques teintes.

Mais surtout,
tu n’oublieras pas
– tu n’oublieras rien –
de te retourner,
pour voir,
le miracle
– on dirait un mirage –
des yeux dessinés
qui ricochent leurs faisceaux
– et tirent le rideau –
sur les étreintes du futur.

Maintenant
n’est pas vain,
– c’est une promesse
de l’instant où le bleu n’est plus nuit
mais jauni, comme l’iris
des yeux qui se tourneront 
vers ton soleil.

Demain,
c’est certain,
tu seras l’éclat
qui irradiera 
dans de nouveaux bras.

Sirène

Etendez vous, détendez vous, entendez vous, détendez vous, édentez vous, répandez
vous, éventrez vous, détendez vous, étranglez vous, excusez nous. Stop.
Vos lunules pullulent et maculent les pustules de vos pores dilatées dilatées, dites latée .
Hop.
C’est la terrible histoire du vent si frais qui siffle sur le bout du quai. OOOOOH
Qui gifle, qui siffle , qui gifle la , qui rifle et renifle. Qui sniffe.
Lalala au creux de l’estomac, démange ton chant qui prends racine la.
La rime qui s’encrasse dans les replis fétides de ton bide.
Hon !
Fort avec le rôt , casse case casse le pot fait péter la tartine et chauffe, chauffe donc
Ce sang qui gémit dans tes tuyaux de peau, fouette le, Yaaah.
Maintenant tes cellules s’entrechoquent avec un petit bruit de pluie,
écoutesplicplicplic, il fait chaud.
Transpire, respire, transpire, respire, inspire, soupire, expire, siffle avec ton vagin et
geint.
Ecarquille tes esquilles, ouvre grand la bouche, le nez, les dents, tes yeux si bleus, et tes
nageoires si noires. Et la ton regard rouge sang frétille intensément, ton cou se gonfle et
vas y aspire et encore plus fort, gonfle lentement et stoke . Pause. Et donc.
Et donc, le souffle doux du mou qui bout est à bout, est tabou, vas y siffle le , verse le
doucement d’entre tes dents, ce chant d’ou s’accrochent entre les croches, tes serments.
Verse, déverse le, converse, en riant.