Doux

Douce la lumière de cette fin d’après-midi
Et douce la couleur des vitres jaunie
Les trottoirs sont doux
Cotonneux l’esprit des clients qui errent au hasard
Qu’elle est douce l’odeur sucrée des ivrognes
Et douce l’ivresse général

Elle est douce la voix qui appelle devant la porte

Si doux les yeux doux qui nous regardent et si douce la porte que l’on pousse
Velouté le rouge des murs et volupté les coussins dans lesquels s’affaler

Les rideaux de soie caressé, le parfum respiré et l’oreiller sous la tête
Les mains qui viennent caresser notre peau si douce

Incroyablement douce les lèvres embrassés

Terriblement douce la gorge serrée
Tout doux le tremblement des pieds
Douce les chaudes larmes sur les mains
Et doux la fin du souffle
Follement douce la fatigue après

Tout doux les rêves enfin
Et la douce envie de recommencer

Vraiment
Velours le sang les coups les douces gifles les tendres insultes
Tout doux la haine les cris les reproches
Les yeux rouge-sang/doux
Le verre brisé
Les ongles doucement arrachés
Et doux surtout les poings tuméfié
Doux le visage écrasé le regard déformer
Trop forte peut-être les caresses
Si doux pourtant les remords

Tout doux les coups dans le ventre
Douce la chaude bave crachée au visage

Qu’il est doux le lit qui donne l’amour
Et les draps défaits
Si douce sa main dans la mienne et son souffle dans mon cou
Et son creux sous ma bouches
Mais tellement douce oui les lèvres rasées
Et le murmure du vent

Doux le saut à pied joint dans le vide
Et si doux le vent et la chute
Si douce les organes qui implosent et le sang qui gicle
Plus doux encore le bruit des os qui se brisent
Et toujours aussi douce la mort
Qu’ils sont doux les trottoirs où l’on s’écrase

La Cité-Sans-Hiver

Février ne s’Habitue
À n’être plus Février
À en Crever le Bitume
D’Années en Années-Poussières.

Février ne s’Habitue
A voir Sourdre l’Amertume
De l’Asphalte Gris-Endogène
De la Cité-Sans-Hiver.

Février ne s’Habitue
Solitude Accent-Aigüe
Au moderne Crépuscule
Son Île Transperce les Rues.

Elle y thésaurise Les Vies
Des Rescapés d’aujourd’hui.

Rescapés serrés dans l’Étau des Gratte-ciels
L’Étau d’un Temps que nous ne prenons plus
De l’Oubli des Rivières et de la Mer
De l’Oubli du Vent
Et de Nous.

Février Était
Tout ce que Nous avons Oublié.

Février Existait
Vibrait d’Exister.

À Février, qui le souhaitait
Pouvait Broder l’Instant
Comme des Feuilles d’Arbres
Explorer le Recommencement.

Février ne s’Habitue
À n’être plus Février
À en Crever le Bitume
D’Années en Années-Poussières.

Février ne s’Habitue
A voir Sourdre l’Amertume
De l’Asphalte Gris-Endogène
De la Cité-Sans-Hiver.

Février ne s’Habitue
Solitude Accent-Aigüe
Au moderne Crépuscule
Son Île Transperce les Rues.

Elle y thésaurise Les Vies
Des Rescapés d’aujourd’hui.

Rescapés serrés dans l’Étau des Gratte-ciels
L’Étau d’un Temps que nous ne prenons plus
De l’Oubli des Rivières et de la Mer
De l’Oubli du Vent
Et de Nous.

Février Était
Tout ce que Nous avons Oublié.

Février Existait
Vibrait d’Exister.

À Février, qui le souhaitait
Pouvait Broder l’Instant
Comme des Feuilles d’Arbres
Explorer le Recommencement.

Ou Inventer Une Vie.

Février ne s’Habitue
Sous son immense Globe de Verre
L’île qui Transperce la Grand-Rue
Scintille des Beautés Perdues.

Scintille des Beautés Renoncées.

Évaporées par Ceux

Qui avaient Abdiqué.

Ou Inventer Une Vie.

Février ne s’Habitue
Sous son immense Globe de Verre
L’île qui Transperce la Grand-Rue
Scintille des Beautés Perdues.

Scintille des Beautés Renoncées.

Évaporées par Ceux

Qui avaient Abdiqué.

Lueur

Chacun de mes pas écrase le sol. Mon corps pèse lourd ce matin. Son poids doit certainement venir de mes épaules car ma tête est vide. Ce que je regarde ne fait naître aucune pensée. Je traverse des rues en noir et gris, des arbres aux branches tombantes et des visages froissés. Pas besoin de tourner la tête, je perçois tout et il n’y a rien à voir.

Une lueur. Je ne sais d’où elle vient. Mes yeux ont dû la repérer malgré moi. Mes pupilles s’éveillent, mes sens remontent doucement à la surface. Je cherche. Là, parmi les passants blafards, un homme marche en souriant et tient entre ses dents une flamme. Je me demande où il l’a trouvée. Il a l’air de venir de loin. Au moment où je le dépasse je ressens une chaleur, étrangement familière. 

Je ne sais plus où je voulais aller, toute destination me semble futile, je fais demi-tour pour rentrer chez moi. J’avance avec la sensation d’avoir retrouvé et aussitôt perdu une vieille amie. 

J’entends un oiseau sur une branche et me demande s’il était déjà là lorsque je suis passé quelques minutes plus tôt. Je lève la tête et ne le vois pas. Mais sur une feuille, sans la brûler, chante une flamme. Est-ce la même ? Non, son or est très légèrement différent. Pourquoi ne l’ai-je pas vue tout à l’heure ? Je regarde autour de moi. Personne ne semble la remarquer. Je continue mon chemin, scrute tout ce qui s’offre à mes yeux. Rien. Perturbé, je bouscule un enfant. Je crains qu’il pleure mais non, il lève son visage vers moi et dans ses yeux crépite une danse orangée. Je voudrais lui parler mais ne sais quoi lui dire. Sa mère l’appelle, il la suit et disparaît. Je reprends mon chemin et arrive au passage piéton, en face de mon immeuble. Une vieille dame a peur de s’engager. Elle semble attendre depuis toujours. Je lui propose mon aide et lui donne mon bras gauche. Elle le tient de sa main droite, frêle et ferme à la fois. Elle craint de perdre l’équilibre et sa main gauche vient s’appuyer sur ma main droite. Nous traversons ainsi le croisement, très lentement, à rebours du temps et en silence. Au moment où nous nous séparons, elle retire sa main de la mienne et avec ses jolis doigts bleutés, ferme mon poing. Elle se penche vers mon oreille, y glisse une phrase que je n’entends pas. Je la regarde s’éloigner, appuyée sur sa canne. Je parcours la distance qu’il reste pour arriver chez moi le poing fermé, monte l’escalier et me retrouve devant ma porte. Les mots déposés dans ma conscience quelques minutes plus tôt se font finalement entendre. 

Tu l’as perdue et moi je n’en aurai bientôt plus besoin. 

J’ouvre mon poing pour saisir mes clés et vois, au creux de ma paume-écrin, une flamme.

Flou

à la croisée d’un dedans et du dehors – dans cet entre-deux flou – lunettes abandonnées vivre comme une myope – se nourrir de l’informe – être dans cette hésitation – masses sombres à peine mouvantes – taches blanches au sol – cela déborde contamine – le vert se fond dans le blanc ou bien l’inverse – de derrière la vitre tout n’est plus rien – le hublot de l’oeil se noie – c’est le temps de l’indécision – de ce voile cotonneux  capter les entours – les bambous de la rocaille sont des morceaux d’ailes – l’oiseau deviné sur la branche ne sera pas nommé – on parlera avec des peut-être ou des sans doute – faire fi du savoir –  douce impression d’abandonner toute certitude – ne pas chercher à forcer le regard – se dire tout est flou en souriant – prononcer le mot dans sa délicatesse – il a à voir avec le souffle – il est plein d’air et nous emporte – il nous détache de ce qui semble être – rien ne commence rien ne finit – se sentir un peu dans la marge – avec un goût de liberté sur la langue – ne plus chercher à faire le net comme l’enfant qui plisse les yeux face au tableau empli de signes– voir sans regarder – écrire ce rêve flottant – le nuage qui passe une vague figure – la buée sur une vitre une énigme – on flotte dans des suppositions – l’évanescence de vies secrètes – s’immerger dans ce qui ne se distingue pas  – ce qui est caché mais un peu révélé –  revenir derrière la fenêtre et regarder tomber la pluie – enfin ces longs tirets d’eau qui vont du haut vers le bas – ces rides verticales comme une grille – il fait flou entre ciel et terre – se tenir dans cette opacité du visible – se vêtir de ces contours imprécis – baignés de couleurs brouillées – cultiver cette vision évanescente – emplie de vibrations – dévoilant et voilant des images – ce qui est le summum c’est la rêverie devant le feu – les flammes aux cents facettes – diamants qui s’allongent –  carte intime de l’univers des songes – devenir rêveur de flammes –  se laisser virevolter avec les étincelles qui s’étalent, se disloquent, s’étirent – se détachent du présent et créent leur propre monde – diffraction vers un ailleurs que l’on n’ose pas –  à ras de souffle – dans un léger sfumato de peintre – des bribes d’incertitudes ou de promesses – présence et disparition entrecroisées – dans cet entre-deux où dedans et dehors se croisent et s’emmêlent  – comment ne pas rêver de vivre dans cet asile de flou –