Ainsi les promesses tenues comme des papillons blancs
Virevoltaient dans un ciel impeccable
Imperceptible bourdon
Chanson bleue

Le chuchotement des machines qui s’aventurait sans filet
Sur le monde allongé somnolent

Une marée ronflante sous un été béton
Une marée de terre bouillante
Le soleil grumeleux penchait tout à fait
Pour obtenir ce matin épais de métal chaud

Ainsi le ciel au loin souillé comme un évier qu’on néglige
les ailes engluées dans le ciment du jour
un gymnase ou un Super U

Les mots creusent parfois plus fort que l’opération
On ne nous dit pas 
pas tout de suite
On ne nous dit pas que peut-être, 
c’est autre chose
Les bouches s’évitent et les regards bafouent la vérité
Les murs écoutent mais je ne comprends pas 
La jeunesse ne peut rien ? 
La jeunesse n’est pas invincible ?
Aucune blouse blanche n’apparaît à la maison
La vérité se gorge de mon sang 
Elle parle en rouge
en goutte à goutte 
Bénin,
Malin 
pour le moment c’est la même chose
Il faut apprivoiser le silence qui hurle
Le corps change mais ne mord pas 
La nuit, il me réveille
Il veut me dire des mots
Des mots qui enflent, 
des mots qui raclent  
Quelqu’un veut-il bien me raconter une autre histoire ?
L’espoir accuse le diagnostic
Lisse, 
Posé comme une toile cirée de publicité 
La bascule de quelques secondes
Un nom de maladie qui ne m’existe pas 
traverse l’air mais ne rebondi pas 
Les coins sombres de la mémoire m’avaient oubliée 
Emprisonnée dans la mesure d’un réel bien ficelé
Pourtant à l’intérieur l’opération avait bien commencé
Sans prévenir,
creuser pour empêcher 

J’ai sali mon corps 
à coup d’alcool 90°
Mais rien n’a changé 

Je porte un nom 
Un nom de famille
Un nom de ville
Un nom de maladie 
Et mon corps n’en sait rien 
Mes intestins pensaient bien faire 
Mais personne ne leur avait appris à lâcher 

Les bons mots.

Je ne savais que l’on pouvait aimer les miroirs
Moi je préfère les voir disparaître dans le noir
Petit à petit paraître de plus en plus illusoire
Ils sont trompeurs et muets
Cependant je crois qu’ils font beaucoup parler
Mais les voix sont vides de sens alors je me tais
Je laisse circuler les mensonges trouvant toujours plus de laid
Provoquant la colère et la haine de soi
Le regard des autres toujours dirigé sur moi
Comme une lame affûtée
Ou un poids accroché
La vérité demeure néanmoins cachée
Et lorsqu’ils glissent et se brisent
Leurs éclats coupent mais attisent
Le regret de ne pas s’être un peu plus comprise

Là, toujours

On ne le dit à personne : partout, des euphémismes.
Elle est partie,
Il s’en est allé.
Même pas des euphémismes – de brutales fantaisies, de crasseux mensonges.

Ni lui ni elle ne marchent,
ils sont allongés, arrêtés, immortels, et nous rêvons qu’ils s’en aillent
que leur souvenir douloureux n’occupe plus le canapé et la première barquette de fraises
que le chat n’ait plus cet air étonné, qu’il cesse d’attendre le retour.
Ils ne sont pas en voyage, ils n’ont pas déménagé.
Dites-moi la vérité : ils sont désespérément là,
bientôt dans un innocent escargot, une marguerite
– ou c’est encore un mensonge à moi-même pour remplacer celui des autres.
Ils sont là ils sont poussière et au mieux un ver.

N’est-il pas plus doux de les savoir encore parmi nous plutôt qu’envolés vers un ciel qui
demande tous les sacrifices ?
Mensonge impie aux épines couvertes d’un velours trompeur,
il n’y a que vivant que l’on peut partir.
Pressons-nous de nous en aller car bientôt morts nous n’irons nulle part.

Pendant des années j’ai cru que
le silence recouvrait la peau de ses squames
Pendant des années j’ai vu que
le non-dit lamine les gorges de ses crevasses arides
et même les gorges claires sont touchées
Pendant des années j’ai senti que
ça clochait au niveau des cœurs au niveau des échanges vrais au niveau des passages de relais
pendant des années j’ai goûté l’amer des crues
le sel des larmes le sel qui ronge et qui libère
pendant des années j’ai visité l’ineffable le silence le trop tôt le trop tard
à la façon d’une roquette oubliée dans les couches de la terre prête à
exploser prête pour le voyage interstellaire
pendant des années c’était toujours pas le moment
ce n’était jamais le bon moment
par-dessus les silences les grosses gênes cousaient des tombes de corps voûtés des oreilles hagardes dégringolaient de leur fonction des oreilles sans fond des oreilles sans parois sur lesquelles les mots, les questions ne ricochaient plus
pendant des années c’était
j’ai cru que ça finirait ce
rien ce
blanc du vide de la neige qui fait tout taire autour d’elle
j’ai cru que ça finirait ce
jamais
mais des décennies après je ne suis plus une enfant plus une fillette à qui l’on dérobe les réponses à demi-mot
mais des décennies après il n’y a plus de neige en hiver et tout se tait pourtant
tout continue à ne rien
tout est tu
mais où suis-je où êtes-vous d’où vous taisez-vous
le puits d’où vous noyez la parole n’a pas de fond cela fait trop longtemps qu’il est bouché
s’il avait un cadenas il serait fermé à quintuple tour il y aurait un maître de la forge un vulcain qui soudoierait ses elfes bienfaiteurs pour conserver cela secret, tu, mort
l’arc-en-ciel met du temps à se frayer un chemin
même s’il a été là depuis ma nuit du temps
le voir fut difficile
le voir fut un reniement du silence
du silence et c’est dur de le pousser quand il a été le seul dialogue
un ballon de baudruche un lot de consolation un gros paquet cadeau
finalement toi tu tries les ficelles de l’existence
tu fais bien car
ce qui importe c’est que cela devienne le
carrousel des délices
pendant des années j’ai pas su que la vie avait un goût, une saveur exquise, un avenir et pas qu’un passé
puis j’ai touché du doigt les mots sur mon clavier.

Pendant des années j’ai cru que la vérité n’était pas laide, qu’honorable elle existait.
Recouvrant les mensonges des miroirs, jusqu’à ses angles les plus pointus, elle s’étendait sans
faire de pli.
Pendant des années, j’ai cru que la vérité était réelle, que louable elle vivait. Battant au rythme
des secrets, gorgée de sales phrases et sourires forcés, elle noircissait toutes les générations, et
même les plus cachées.
Un jour la vérité est devenue mensonge qui est devenu vrai. Un jour je suis devenue fausse
quand je croyais devenir vraie.
Alors un jour les yeux se sont ouverts, les mots ont éclaté, le sens s’est altéré ; nous
ramassons encore les éclats de cette chute.

La révélation

Pendant longtemps, jusqu’à aujourd’hui et c’est la raison de la reprise de ces notes dans mon journal, on m’a tu que j’étais Père.
Silence qui se voulait sans doute bienveillant, mais silence qui me blesse non pas à mort (j’aurais préféré) mais à vif.

Brûlures dans mon crâne
Mon regard ne sera jamais plus le même.
Et ma parole ? Que vais-je pouvoir dire ?
Que vais-je pouvoir vivre.

Honte à avaler, pour ne pas avoir su !
Ne pas pouvoir car ne pas savoir.

« Heureux les simples d’esprit… », mais maintenant je sais. Je sais que l’on me pensait incapable, inapte même à savoir. Qui du naïf ou du détenteur de l’information est l’irresponsable ? Pécher par omission.

Une maternité n’est jamais cachée, on ne peut pas être mère sans le savoir (à moins de mourir avant ou pendant).

Je suis père et je ne l’ai pas su ; le silence m’a décalé, vrille ma vie.

Et qui est la mère ? Fait-elle partie de ce « on » ? Et mon enfant ? Que sait-il et que peut-il sans père ?

Ma parole ne sera pas entendue puisque je suis en dehors de la réalité.
Chercher, qui, quoi, où.
Dénoncer, défoncer, me défoncer
Devenir un réel irresponsable, un réel incapable de
Leur donner raison et perdre la mienne
M’échapper

Avant cela, j’écris.
J’écris car que faire d’autre

Vite un passeur de feu pour apaiser la brûlure

Un trou dans le crâne pour libérer la pression

Déhonter ma vie
Me déresponsabiliser
Je ne sais plus
Je suis à court
D’idées, d’encre
De papier
D’envie
De vie.

Je ne sais plus
Je n’en peux plus
Chuis fatigué
Chuis crevé

Longtemps, j’ai cru qu’il n’y avait ici rien à trouver, simplement des mots qui ne parlent pas, des phrases longues et pourtant vagues, des mots de brouillard. Je cherchais ce qui se taisait sous les plumetis bleus tendre d’un papier peint – celui de ta chambre d’enfant, longue comme un tombeau, sombre comme une cave – le relief du papier murmurait sous mes doigts puis ses vagues retournaient au silence, aucun océan ne chantait, aucun oiseau ne glissait en criant sur ces flots.
Le mensonge était au coin de tes yeux, une aile de charbon qui palpitait, noyée de fard scintillant, le dessin de l’abîme. L’orage a finalement brouillé les lignes et la pluie est entrée, tu as fermé les yeux pour ne jamais rien en dire.
Je cherche depuis cette chose qui aurait pu être, je la cherche sur les lèvres des hommes, je cherche les mots manquants. Leurs regards, souvent, s’absentent comme le tien et je retrouve la douleur du mensonge, le noir de tes yeux de noyée. Le mensonge est une absence, un retrait, la disparition de toute la promesse d’un regard. Ce qui s’est retiré sans se révéler, je ne le trouverai jamais. Pourrais-je l’écrire ?

Merci de me donner la main, me donner l’élan, m’ouvrir la porte, me permettre, m’autoriser d’y aller, d’oser, de jouer, de me défier, de plus me voiler, me cacher, m’étouffer, d’ôter, d’enlever, d’extraire, de dépressuriser et de presser en même temps, de laisser s’écouler, se déverser, enlever le voile, la pudeur, le puanteur, la putréfaction.

En effet personne ne m’avait dit que la densité étouffait 
Je ne savais pas la rudesse la non caresse le manque la perte
Pendant des années j’y ai cru à cette blague de mauvais goût
Il me semblait que je jouais parfaitement mon rôle
Je croyais au semblant, qu’un nouveau jour arriverait
Le silence recouvrait tout telle une chape de plomb 
Je ne pouvais pas savoir que c’était possible, que cela m’était destiné

Dans le silence avaler la peur
Dans le silence ignorer la douleur
Dans le silence sourire et faire bonne figure
Dans le silence goûter l’impuissance 
Dans le silence crier à l’intérieur
Dans le silence danser à l’infini

Chuchoter une prière

Taire une colère
Murmurer « je t’aime »
Muette, ne rien en dire

Ce n’est pas un mensonge, un songe qui me ment
C’est une réalité insoutenable que l’on soutient
Qui devient irréelle une fois passée
Qui remonte en méandre de mémoire 
Demandant libération

Je t’ai vu je te vois dans l’invisible

Les mots n’ont plus rien à y voir
Et pourtant ils sont là
Les petits les grands les beaux les laids
Serpentant comme des vers de terre
dans une structure inexistante 

Pas de déception, pas de bonne surprise, pas de nouveauté, pas de cruauté, pas de clarté, pas de compréhension…

Un battement de coeur qui rassemble il ne reste que cela.

Je désire ce que tu désires

en un soupir
j’ai épilé le duvet
des secrets

boucle
tu susurres ça
qui ne vient pas
tout est question
de rythme

les silences s’épanchent
moi je te parlais des attentes

lèvre contre langue

contre lèvre

en miroir

boucle

en bas du ventre

en haut des cuisses

temps blanc du week-end
au seuil du jour j’ai encore vu l’attente

front fondu joue
tend bouche
sous la couette
tu affabules
car les mains manquent

j’ai cru à la levée du voile
puis la nuit plut
j’ai frémis
jusqu’au jour
si j’avais su
les aurores patientes

désirent ce que je désire