Premier tableau
Il faut toujours
garder dans la poche
des éclats de cailloux
très chauds
pour conserver la brûlure
des planètes déjà mortes
le relief et la géographie
de leurs cratères
dans nos yeux à minuit
mouillés de nostalgie
et de vertige infini
l’enfance des volcans
pétillance de lave
refroidie
élixir de vie
pétrifié en débris
rond et délicat
pulsatile
organe minéral
murmure millénaire
d’une énergie sombre
contre la cuisse écorchée
par les aspérités et les persécutions
donc serrer très fort
entre ses doigts
au fond de soi
la vie dans l’inerte
et l’inaccompli
la résistance de l’inanimé
sur le dos des rochers brisés
une germination prochaine
dans le même caractère
que des os sous la terre.

Second tableau
Ces cheveux arrachés
avant les cailloux
ont tissé
le dos d’un cheval
fuite hybride
de l’autre côté
le crin balayé
par un vent obscur
à réveiller les martyres
l’exode avait commencé
avec la météorite
annoncée sur les ondes
le galop des étoiles
laissé en lambeaux
dans le ventre
d’une femme organique
rappelle l’anatomie
de nos origines musculaires
la croupe s’est couchée
sur le flanc du ciel
la joue s’est étalée
sur le flanc de la terre
trois cailloux ont déchiré
la poche du sacrifice
et la sang a coulé
sur le modèle en plastique
le cheval est devenu rouge.

Troisième tableau

Se mêlent les bactéries
qui vivent dans le corps

et les cailloux
qui vivent dans les poches
un garçon a chevauché un lièvre
une fougère entre les dents
tous ensemble
avec leur caractère d’enfants
ils sont passés sous le cheval
mort de lapidation
ils ont creusé des cavités
de lin et de toile troués
où circulent des fluides
membranes souterraines
sur le dos des pierres
qui respirent en secret
leurs veines transpirent
à la frontière de l’animal
ce corps rouge inanimé
de silicone
ils posent trois cailloux
au dentelé du cou
nuages musculaires
à l’orée d’une contorsion
le monolithe s’ébroue
à la crinière des cils
craintif et peureux
il les regarde s’enfuir
des cailloux pleins les poches.

Il faut toujours
______ Tellement de temps
______ Tellement de vents
______ D’espace
______ ______ ______ Pour
______ Entre les sables
______ Entre les peaux
______ Entre tout ce qui marque et creuse
______ ______ ______ Rencontrer l’enfance

______ Tenir entre ses paumes
______ Un âge
______ Qu’on sait rond et délicat

______ ______ ______ ______ Donc

______ Un rêve
______ Aux accents blonds
Et
______ Entre saisons et
______ Hors contextes
______ Le poser
______ __Sur le corps nu
Puis
______ A travers les veines
______ Par-delà les nerfs
______ L’entrelacer aux défaites
______ Les laisser vibrer
______ Dans le même caractère

IL FAUT TOUJOURS que les arbres 

grossissent en été, comme
POUR montrer que la chaleur les envenime, qu’ils quittent leur
L’ENFANCE, oubliant le printemps de
ROND ET DÉLICAT, pour les températures que les vieux ne supportent plus et
DONC s’enferment dans leur tanière.
ET alors, qui les regardent ces arbres touffus de leur robe verte qui déborde
SUR LE trottoir ? impétueux, arrogants, majestueux,
DANS LE MÊME CARACTÈRE de leur enfance qu’ils n’ont peut-être finalement  pas encore quittée.
Attendons l’automne pour voir s’ils seront toujours aussi insolents ces arbres se dénudant.

Il faut toujours qu’on nous empêche de rêver, mais moi, j’ai l’habitude de tout imaginer. On nous dit que pour intégrer le monde adulte, il faut être réaliste. Pour s’assurer une sécurité, pour s’assurer une vie toute tracée, pour s’assurer de rester bien intégré. C’est rond et délicat, c’est rond pour ne pas s’attirer trop de tracas, c’est rond, mais ce n’est pas pour moi.
L’enfance paraît donc avoir un autre goût. Non, il ne paraît pas, c’est sûr qu’il en a un plus savoureux, plus joyeux, plus heureux. Mais ce goût est différent, beaucoup plus clément, et la société a décidé que lorsque l’on devient adulte, on ne fait pas dans le même caractère. Plus austère, moins sincère. Sur le moment, on grandit, le temps passe et puis vient cet instant où tout devient las. Alors on cherche inlassablement cette histoire passée dans laquelle pour une fois, on ne s’est pas trop privé ou condamné.

Ses joues amaigries, elle les a écoutés. Elle reste couchée, ils l’ont laissée. A quoi bon vivre lorsqu’elle a été un modèle trop bien élevé, mais que maintenant la vieillesse l’a rattrapée. A quoi bon la regarder ? Mais avez-vous remarqué ses yeux ? Cette lueur qu’elle a perdue… Ils n’ont apparemment rien vu. Alors elle pense qu’elle ne vaut plus rien. Elle repense à son enfance et combien elle y était bien.

Craintifs et peureux on se demande : quand on sera vieux, pourra-t-on survivre à cette contorsion ?

Sur ce lit, tous ces souvenirs se mêlent et s’entremêlent, mais les plus jouissifs et heureux, sont ceux aux caractères d’enfants. Alors on se dit, que pour les revivre, on sera prêt à subir cette fameuse contorsion qui offrira finalement la libération.

Se mêlent, dans l’effervescence de l’instant, nos regards.
Après s’être cherchés,
ce soir,
incessamment,
entre les danses, les chants, les passages ;
et l’ivresse, aussi.
Nos regards se mêlent soudain.
Ainsi canalisés, le reste glisse en arrière-plan :
____ les rires qui s’allongent avec le tumulte de la célébration
____ les va-et-vient des invités qui ralentissent et se saccadent,
____ comme le ferait des lucioles, drapés de tissus aux couleurs d’été.
____ la lumière ocre qui contraste la nuit et harmonise ces bleus, verts, jaunes, rouges.
____ la chaleur qui cède à l’air porté par une mer qui enlace le territoire proche
____ qui happe l’espace de cette terrasse côtière.
Et mon sourire qui s’esquisse naturellement, bientôt rejoint par le tien.
Les secondes s’étirent.
Signe qu’un souvenir est entrain de s’imprimer vivement.

Plus tard,
Comme porté par des desseins qui nous échappent,
Nous nous croisons hors de la foule,
dans le recoin d’une cour qui se dérobe aux lumières artificielles.
Il ne nous faut que quelques secondes,
Ici, tapissés d’ombre,
pour reconnaitre nos goûts communs de séduire,
nos caractères d’enfants,

qui jouent avec la vie
qui dansent avec les mots
avec le langage des oiseaux.
Plusieurs âmes s’aventurent par-là,
même les jeunes mariés à qui nous devons notre réunion.
Nous couvrons nos désirs à leurs oreilles et nos baisers à leur vue,
en prétendant philosopher sur Aristote et Platon,
Je découvre ton rire
authentique et marin.
Nous nous laissons sur des mots sans importances,
ma main glisse hors des plis ta robe rouge,
aspirés à nouveau par les évènements du soir.

Puis,
Nous nous retrouvons, encore plus ivres,
dans ce bâtit à flanc de coteaux,
qui,
flanqué d’une piscine où se reflète la lune,
a l’indécence de la bourgeoisie,
Un ami nous arrange une nouvelle entrevue.
Nous nous étreignons dangereusement,
trop vite, trop parfaitement,
seulement retenus dans nos contorsions,
par l’éventualité qu’ils soient mis au jour,
par une entrée fracassante,
qu’esquissent des voix inconnues dans le couloir.
Dans l’étroit de cette chambre,
nos souffles s’accélèrent, leurs rythmes se modulent,
nos échanges ont perdu de leur pudeur.
Je trouve ma force dans la manière dont je te fais voler,
je découvre ta folie, dans laquelle je noie la mienne.
Ces souvenirs appartiennent au domaine lubrique,
sans linéarité.

La lune en a fini de se lever, et le soleil ouvre les yeux.

Au jour suivant,
nous nous évitons,
par fierté et par jeu.
Mon cœur balance,
entre désintérêt et amour brûlant.
Autour de moi, ces hommes louent tes charmes,
aucun ou presque ne se doute que j’étais sous leurs étaux,
dans le fond de la nuit passée.
Nous reprenons vite nos langages codés,
Au milieu des groupes,
qui trinquent et mangent, encore.
À nous écouter, personne ne pourrait saisir de quoi nous parlons,
mais il suffirait de s’arrêter sur l’intensité de nos regards
toujours mêlés,
pour comprendre :
nous nous félicitons de notre poésie,
de notre cadence.

Des amis finissent par surprendre notre éclat.  

Au soir,
nous prétextons l’horizon offert par la plage,
pour nous éclipser.
Quelques minutes.
Nous échangeons des promesses,
de voyages outre-Manche, d’aventures corporelles.
Nous ne savons pas que ces baisers sont des adieux.
Il ne nous reste que des traces virtuelles,
ersatz de notre union déjà fanant,
comme si trop vite consommée.
Nous y échangeons,
maintenant,
sans saveurs,
avec un ton et des messages,
craintif et peureux.

Fragments du temps

Il faut toujours marcher en sens inverse
pour mieux contempler
la richesse de sa propre existence,
l’enfance de ses jardins solitaires
au milieu d’un sous-bois,
rond et délicat.


Au moment où le soleil se couche,
alors on peut changer d’avis,
donc de peau, en quelque sorte,
et cheminer à nouveau
sur le fil de nos circonvolutions.


Y voir passer nos pensées,
dans le même caractère
unique et changeant,
presque semblable
au cours d’un ruisseau.


Accrochés au ciel, les nuages blancs
ont l’air de s’amuser
à dessiner des traces éphémères.


L’enfant les a interprétées,
puis il les a laissées passer,
s’est couché sur le ventre,
joue contre l’herbe fraîche.


L’enfant
modèle le monde,
comme s’il n’était
qu’à lui.


Et les nuages
le regardent,
avant de changer
de forme.
Rien que pour ses
beaux yeux ébahis.


Se mêle à ce tableau,
des années après,
un homme,
au caractère d’enfant.
On le reconnaît bien !


Il se penche lentement
sur un fragment du temps,
et le ciel d’automne,
ce majestueux ciel d’automne,
invoque les nuages à nouveau.


L’homme tourne la tête,
dans une drôle de contorsion.

Enthousiaste et courageux,
craintif et peureux,
il retourne sur la terre
de ses ancêtres.