Mes mains sont sèches pendant que l’encre du stylo rutile, que mon clavier résonne encore du tambour des touches sous mes doigts.
J’ai soif. J’ai la joie. Une soif de la bouche aux paumes. Une joie anxieuse et bizarre.
Apparition attendue du personnage – et moi aussi malgré moi – à force de l’écrire.
Mes mains fines vieillissent semaine après semaine de chercher la trajectoire dans la fureur lumineuse et le temps déglacé.
Sous ma peau, il y a mes os et de moins en moins d’eau car je me désaltère au travail achevé. Et j’oublie que ma langue est sèche, et que mon nez me brûle de manquer d’eau.
Mais j’ai la poitrine gonflée. Et sortie du jeûn, le soir venu (parfois avant), je bois une rivière en laissant reposer le clavier. J’ai soif car il y a des murs et des corps dans mon nouveau texte. Il y a des êtres qui rugissent de s’ennuyer ou qui n’ont même plus le temps de respirer. J’ai soif mais je bois du temps liquide en écrivant le roman.
Tag / Je rencontre un jeune auteur
J’hésite. Je tourne ma langue sept fois dans ma bouche. Je formule ce qui est déjà écrit. J’écris mille fois la même histoire, j’écris mille histoires en une seule fois. Je prends des chemins, je crée des débuts. Mon cœur cherche le juste dessein, ma main trace les sillons de mon passé. Je sors des ornières dans lesquelles je suis enlisée. C’est ma ligne de vie que j’écris au présent. Je me débats avec des moments de doutes et des moments d’espoir qui me projettent dans des tourbillons d’incertitude et d’euphorie. Je crée pour me rassurer car ce qui est là existe.
Est-ce qu’on peut naître plusieurs fois ?
Tout ce qui existe est vrai.
Les erreurs du passé existent dans les pleurs du présent.
Je renonce à :
– me justifier
– devoir expliquer
– me venger
Je dessine ma vérité.
Je cherche la concentration solitaire dans les dialogues des êtres aimés.
Je refuse d’être :
– un papillon dans le vent
– une marionnette au long nez
– une girouette dans ma tête
Je refuse d’être. Je suis las. Tout ce qui est las existe.
Éruption spontanée : je suis un volcan longtemps endormi.
Éteint.
Mon livre est un rocher, une pierre volcanique longtemps chauffée dans le magma de mon intériorité. Seul un tremblement de terre peut le déloger. Il est ma plus profonde vérité.
Je le crache pour m’en délivrer.