Pointe du roc

ta rue est un trait de côte.
ta rue flotte sur une falaise, elle chante.
ta rue est parallèle à la mienne, j’y travaille, la nuit.
ta rue bégaie sur du sable mouvant.
ta rue est longue, et gonflée de maisons.
ta rue tremble sous le vent, et tes muscles dorment bien.

je suis salement honnête, peut-être trop,
je suis tatouée de tâche de rousseurs l’été,
je suis un terrain inoccupé,
je suis attachée à ce que vérité veut dire,
je suis tout ce que j’écris.

La mia casa

Ma maison a trop de portes pour pouvoir y pénétrer
Ma maison n’a pas assez de portes et bien trop de secrets
C’est un mélange de granges à bricoler et de nids de pierres 
C’est une chambre sans lit, un grenier sans mystère
Un temple tacheté à ne pas dévoiler
Une lucarne à récurer, une cachette à dissimuler
Un abri à famille, sans loge et sur pilotis, un foyer en tôles cabossées
Un gîte à retaper, un tiroir à confidentialité
Elle traîne dans la boue à deux pas du cellier
Ni chien de garde, ni maître, ne voudrait s’y abriter
C’est une prison sans clefs, un recoin à ignorer
C’est un silence percé, c’est une âme déboîtée
C’est un foyer hors-la-loi
Une inaccessible inconnue
Un isoloir jalousé
Un pli mué
Une boucle sans détour
Une armoire sans amour
Et vous ?
Où habitez-vous?
Dans des petites boites en carton?
Vous entourez le monde, et vous cherchez la clef?
Pour fermer la serrure, de toutes ces portes ouvertes, au verrou verrouillé…

Ville bouche
Grande jeune et vieille
Dents bétonnées langue asphalte
À croquer mâcher mastiquer avaler
Malgré les trous fissures et crevasses
Et recracher
Et vomir
L indigeste que d autres qu elle juge de trop
Au bord
Et laver nettoyer évacuer
Ne pas faire voir ne pas montrer cacher
Le rejet
Les rejetés
Les errants condamnés

Ville ventre
Poumons noirs à chercher
Morceaux de ciel
Bribes d écorce
Décrasser le dedans
Artères cœur
Respirer
Au delà des mains des hommes
Bâtisseurs de forteresses de cages et de niches
Assassins d horizon
Claustrophes de profession

Et vouloir
Nous
Sortir de la main des hommes
Sortir de leurs paumes
Cartographie de nos directions rythmes souffles
Emprunter chemins voies impasses
Emprunter plutôt que prendre
Se perdre plutôt que filer fuser
Nous
Insectes
Minuscules et rampants
À bousculer pousser écraser parfois
Regardons nous
Nous qui courons
Nous qui cavalons
Nous qui marchons
Nous qui regardons le bas plutôt que le haut
Son ventre à soi plutôt que le loin
Nous qui ne voyons rien plus rien
Nous qui ne pouvons voir que le rien
Nous qui voudrions voir tout
Nous qui voudrions voir
Nous qui voudrions
Nous qui
Nous
Regardons nous

le jour où un savon autre que marseillais
osera me laver la main
je jure
je lance la barque
rafler la marchandise
et je t’offre une vague mais la vraie

le jour où la vraie vague lavera sur mon front
la folie de rêves insensés
incessants si fadas
que je leur ai cédé
alors j’entrerai au couvent

le jour où une barque lavera l’horizon
des dominations et conquêtes
qui nous gâchent la vue
à nous
idéalistes
alors je t’offrirai une larme

le jour où une larme lavera sur ma joue
le chagrin qui de la rivière
remonte de temps anciens
que je n’ai pas vécus
alors je parlerai
aux miens

le jour où une main lavera sur la page
la larme que m’inspirent d’autres vagues
je serais marseillaise
mais pas qu’un peu
vraiment
je t’enlèverai sur ma barque

Un endroit qui parle

Ça ne ressemble à rien, à rien du tout de tout le monde connu.
Ce n’est pas une route,
Non, pas une route, pas un chemin, encore moins un pont.
C’est un endroit.
Un endroit qui ne veut pas être trouvé,
Alors personne ne vit là.
Il n’y a pas pas de maisons, pas de jardins,
Il n’y a pas d’écoles, pas de magasins, 
Le temps ne s’écoule pas non plus là-bas,
Les saisons n’y sont pas sages, elles ne tiennent pas en place,
Elles ne suivent aucune des règles du monde connu.
D’ailleurs,
Rien là-bas ne suit les règles du monde connu.
C’est un endroit envahi par les vents, toutes les sortes de vent, mais
Il ne faudrait pas penser que cet endroit n’existe pas.
Je sais qu’il est là, 
Je sais qu’il vit, je l’entends, je l’écoute,
J’attends qu’il me parle, de la manière dont parlent les endroits.
Je sens des vibrations de joie qui sont mes journées du réveil au coucher,
Je sens des vibrations de peur qui sont mes pensées du soir au matin,
Pourtant,
Je ne suis ni complètement mes joies, ni complètement mes peurs,
Je suis une vibration, puis une autre, et parfois il en apparaît de nouvelles,
Je suis ainsi remué, de tous les côtés à la fois,
Je vis sans savoir où je vais tout en allant quelque part,
Je ne sais pas qui je suis, mais
Je sais que je suis quelqu’un.