– Le lit appelait les savates
Les savates appelaient le Soleil
Les savates prenaient la forme
d’un tableau de Mondrian

Le lit prenait la forme de mes obsessions
Le lit donnait le courage aux oiseaux
Les oiseaux donnaient le courage au Soleil
Le lit chantait la chanson du café
Le café coulait sur mes espérances
comme un livre précieux

Le lit faisait une dissertation
sur la pollinisation des pissenlits
Les savates rejoignaient la danse
Le lit buvait le café que j’avais laissé
pendant que le Soleil pleurait
La disparition des hérissons

Le lit n’avait pas de cœur
Le cœur n’avait pas de courage
Le courage ne prenait pas de café
Il préférait une tasse de thé
avec un nuage de lait
sans Soleil

Le lit ne lisait pas
Le lit enserrait mes souvenirs
autour de la gorge
comme une cow-girl ratée –

Liquide

Premièrement,
Le ciel qui se lève,
Une heure après moi.
Le volet dévoile le blanc des nuages,
Comme une jupe qui glisserait sur ta jambe
Nue.

Deuxièmement,
Le velours du canapé
Comme une mer étale :
Je me noie volontairement.
S’allonger à peine levée c’est un peu
Déjà accepter de mourir.
J’ai soif, l’air est salé.

Troisièmement,
Le café coule sur la table
Quand la main tremble, bête,
Parce qu’elle n’a pas assez écrit.
Le tsunami brun des matins gâchés
Je nettoie et je pars :
L’éponge c’est moi.

Quatrièmement,
Les pas automatiques, silhouette téléguidée
Comme les bateaux du Luxembourg.
Neuf-cents mètres jusqu’au canal.
Les bouteilles de bière sur le quai
Me rappellent qu’avant le matin il y a la nuit.

Cinquièmement,
Le fantôme de ma mère, liquide
Cinq appels manqués dans l’eau :
Spectral spectacle cellulaire.
Le téléphone a-t-il sonné hier
Ou bien était-ce le réveil ?
Dans le doute, je ne rappelle pas.

Sixièmement,
La cannelle dans la bouche,
Roulée comme du mauvais tabac :
Je vais à la boulangerie pour avaler
Autre chose que mes regrets
Au petit-déjeuner.

Il n’y a plus d’amour à l’aube

1 UN
dans le drap un petit trou
nos cœurs béants
qui revient là ?
l’absent·e l’amant·e

2 DEUX
matin lessive
le trou s’effile
borde béance
maintient les fils
on retient là
à tout moment
le soleil tourne

3 TROIS
s’agrandit
use les jours-nuits
tu passes touches
native des seuils
oui ?
entre la porte et le couloir
ma montre se dissout

4 QUATRE
la nuit déchire
comment ?
bisou en se quittant
sa main serre en passant 
une promesse caresse
nos effleurements

5 CINQ
nuit après nuit s’éventre
le noir
bouche vide
et pourquoi ?
être aimée
persistent
corps vivantes

Premier
le vent est dans la mer
mais la mer peut envoyer quelques gouttes dans le vent
devant cette mer et ce vent, la femme danse avec du bois
le bois, on dirait qu’il danse avec la femme, mais c’est faux
lui, il est juste le bois
le bois qui ne coule pas dans la mer

Deuxième
c’est un amoureux qui est sur le sable
mais le sable est aussi un peu sur l’amoureux
sur le bas de son pantalon par exemple
mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres
le sable est dans beaucoup d’endroits
il est dans la mer

Troisième
La femme qui danse et l’amoureux ensablé
se regardent sans se toucher
ni se parler
ni rien d’autre, d’ailleurs
Pendant ce temps-là :
toujours demeurent la mer et le vent.

Le matin

Premièrement, le désert
Éphémère solitude
sans bruitage.
Quelques oiseaux
pour seul oasis.

Deuxièmement, l’obscurité
qui glace les phalanges,
une à une réchauffées
par la brise de l’air conditionné.

Troisièmement, le ciel
qui finit par brûler.
A travers le pare-brise,
dans l’habitacle: un incendie.
Spectacle chromatique.
Les mains encore engourdies.

Enfin, la lumière.
Qui fait mal.
Les yeux brillent.
Le précieux matin s’éteint.
Le monde fait à nouveau du bruit.

Premièrement
il y a l’aube qui gicle sur le mur
des tâches dorées en pointillé
comme des mots à relier

Deuxièmement
il y a l’écriture qui se boit au café
au lait pour adoucir les voix fortes
des Espagnols dans les airs

Troisièmement
il y a le vent argenté qui paye
la beauté de la mer en moutons
des kilos de laine à compter

Quatrièmement
il y a les heures qui attendent
le bus de nuit sans rêve
le sommeil profond et le réveil