Et le bleu noircit et tu parles plus bas. Quand Lucie perd ses chagrins, elle devient chat, après minuit. Tes doigts s’enfouissent dans ses cheveux, dans les chemins perdus et sombres. Tous les jours, le noir, les sauve.

Les corps deviennent lourds
*
Les peaux plus douces
*
Les peaux plus dociles
*

Quand la nuit regarde
*
Lentement 
*
Cachée
*
Les corps avalent des couleuvres
*
Et muent
*
Nus

La petite aiguille arrive sur la sonnerie et les lueurs montent. Les vêtements reprennent les corps et tu hésites. Le thé n’a pas d’odeur mais il fume dès ton réveil, pour te séduire.
Promesses de l’aube.

Nuitcore

il se peut que les lumières tombent comme la pluie et autour les barreaux de la nuit ferment leurs bouches alors je ne sais rien faire d’autre qu’allumer la caméra de mon téléphone et dire c’est la seule version de moi qui soit valable : nue et voici mes cuisses et ceci est ma main je te les donne prends les comme tu regardes les images de Marilyn un poème de Sylvia Plath que tu ne comprends pas et je te dis que j’aime ça et tu payes pour te croire éternel peut-être est-ce le cas

*
tu te tiens
contre la nuit
sa vitre te passe en travers
mais tu ne sens pas
*
quitter
*
une nuit brûle
le morceau
sale
de tes corps
*
loin
des figures me rentrent dedans
tu voudrais être grand chose
et m’aimer
*
toutes les nuits comme un râle
*
froisser ma cervelle
à lécher le son
de la nuit
*
dans le bruit de la ville
ma persona
me fait mal
*
mais quitter où
*
ce que le jour fait à la nuit
il bat des ailes tu vois le pognon est sur mon Apple Pay les chasses d’eau bouillonnent sur mon visage intact le matin Netflix gorge ma tête dans mon panier j’hésite entre une robe en léopard et des peintures acryliques les oiseaux blessent le silence je tombe amoureuse de moi il faut que je dorme quelque part j’espère ne pas me réveiller

Les vagues se pliaient
contre elles même
violence viscérale
elles giclaient une salive
d’un blanc ultime
avant de s’écraser sur le plomb
d’une eau matrice d’encre
la crinière du reflux
ouvrait les gerçures des lèvres
pour avaler les derniers rais
de lumière détrempée
le fond de l’océan raclait la gorge
de galets déjà noirs de suie
la submersion d’une étoffe grise
bâillonnait l’horizon
juste la respiration d’un immense remous
persistait sur les visages

avale une flaque de mer sombre
*
lave ton visage de sel gris cendre
*
bave du plancton
*
la nuit a un goût de poisson
*
de lieu noir des cavernes
*
la mélancolie se colore d’ombres
*
les fantômes nagent jusqu’aux rivages
des mots
*
la nuit expire ses filaments

A l’aube, le soleil ne s’était pas encore levé, que le silence s’étalait sur les yeux.
Les paupières, mouettes muettes se déployèrent, les vagues refluaient, un mouvement lent se retirait sous les langues. Une aspiration réveillait les pas sur le sable. Ils promenaient leurs chiens sur la plage.

La nuit

Elle est dehors. Elle a décidé de sortir à cette heure où la ville dort. Elle ne pouvait plus rester chez elle, suffoquait. Elle a eu l’envie de marcher. Elle a suivi les rues, un peu au hasard. Humé le froid de la nuit. Les lampadaires ont dessiné son chemin sur les pavés, de zones obscures à celles illuminées. Depuis Montmartre, elle voit toute la ville.

Des fenêtres allumées
Des cheminées fumantes
Des solitudes ailleurs
*
Une ville immense
Et pourtant le silence
*
Les autres s’aiment
Les autres sommeillent
Les autres travaillent
Les autres
*
Et la lune
Qui regarde
Qui berce
Qui protège ou juge 
*
Combien de temps est-elle restée assise là ? Le vrombissement de la ville éveillée l’a sortie de son rêve. De son hypnose. Sous les pavés, le métro, n’est-ce pas ? L’odeur des croissants sortants du fournil se mêle à l’acidité de l’urine qui tapisse le bas des murs. Rentrer chez elle ? Elle ne sait pas encore. Mais la symphonie des rideaux de fer de cafés lui ouvre une réjouissante perspective. Et déjà, les autres, voisins inconnus, commencent leur journée au comptoir. Elle n’est plus seule. Et la vie reprend une nouvelle fois…

LeCri

Entre le tic et le tac des secondes de la nuit, j’entends ton cri pousser dans la chambre d’à côté.
Sur mon lit les yeux grands ouverts dans le noir, j’entends le mot casser le silence.
Un son désarticulé,
Dans la pièce il est deux heures,
Plutôt trois et demi,
Alors je te bois j’ai peur.
*
Ta peur devient ma peur.
*
Ma peur le sommeil tes cris.
*
Alors la nuit l’angoisse de dormir, te boire.
*
Te boire et plonger avec toi.
*
Que le noir nous avale. Nos deux chambres.
*
Chambres collées sœurs.
*
Alors venir ton rêve, me glisser dans.
*
Ton cauchemar.
*
Et puis à cinq heures ou plutôt six,
Les yeux se réveillent sur les sons électriques.
Les sons trop forts leur font mal,
Aux yeux électriques.
Le matin,
Les cris de la nuit accrochés au plafond, à ta gorge, mes cheveux.
Rien ne dissipe rien. Les jours sont comme mes nuits. Rien ne se cache, ne s’apaise.
La lumière crue en plus.

Jasmin de nuit

Je n’ai pas peur de ma nuit naissante
pas peur de ses grésillements et reflux noir
*
L’éruption solaire éclaire l’espace imprégné et traînées de filantes
remouille les couleurs d’un amour d’hiver
*
il y eu un massacre et le sang éclot allongé sur de larges pétales
*
il n’y a plus de visage
il y a les restes, les traces, les impressions de mémoires
il n’y a pas de paysage,
il y a les corps de la nuit absorbés par le brouillard
*
et le périphérique d’un inconnu
son sommeil nous relit, me rappelle
*
cherche mère ou père aux confins, ici au battement il y a le coeur de la nuit
son oeil enveloppant caresse les pensées échaudées sur le trottoir trempe
*
il a dit qu’il allait revenir
il est revenu
nous cueillons les odeurs des constellations dans mon champ
*
mollir la nuit sans lui nuire est-ce possible ?
os brûlés, coulures bleu sciant, coquillages pulvérisés
délicate éclosion de Leste vert et d’Agrion de mercure
*
crépitement intertissulaires parmi les cendres
nue florissante honteuse, je sens ma nuit noire pénétrante
*
je sens ma nuit noire et son orbe montante
au sommet sommée d’explorer, de veiller, d’honorer
la juste soumission de dominer ma nuit, d’agir et d’achever
*
déterminée à embraser l’horizon
je n’ai pas peur de ma nuit or orange
pas peur de digérer le feux de l’aube et ses myriades d’ombres

La lumière de la lune jette un drap blanc sur mes épaules.
Son regard silencieux m’enveloppe.
Me propose un moment d’intériorité.
J’ose un instant me laisser porter
Dans le creux de ses bras.
Puis j’ai rendez-vous avec ma liberté
Dont je ne fais rien.
J’en jouis par l’inaction.
Le silence est bercé par le
Tic
Tac
De l’horloge.
Un nuage passe.
Dans la nuit sur mon visage, une pluie se fait jour.
Les gouttes font
Floc
Floc
J’ai plu.

/

J’ai tendrement froid.
*
Les ombres ne sont pas portées.
Elles sont soutenues.
*
Formes farfelues
Bruits ébouriffants
*
Ce monde ionégasque
Me cause parfois de l’effroi.
*
Heures grises.
*
Espace frêle.
*
Des mains en croix
Sur le rebord du lit.

/

Dernières traces d’absence intense.
Premiers rayons.

Sa rotation est complète en mon point.
Elle ignore qu’elle joint
Deux mondes en transition.

Silence de nuit
Laisse place à silence de matin.
Vies immobiles
À statures mouvantes.

Volutes de thé fumant
Remplacent brume de nuit.
Ombres bleues
Succèdent à obscurité fraîche.