Le temps d’un instant, l’or loge maintenant

Le temps d’un instant, reconnecter aux sens …

Ouïe, goût, toucher, vue, odorat.

Le temps d’un instant, reconnecter au sens …

Pourquoi ai-je fait ceci ? Pourquoi ferai-je cela ?

Impermanence de l’instant, permanence du possible temps. Décider de s’apporter non-jugement, auto-compassion et clarté dans ses choix.

Le temps d’un instant, reconnecter à soi.

Parfois le matin, parfois le soir, parfois en journée, parfois la nuit.

Allongé, debout, assis.

Parfois dehors, parfois dedans.

En marchant, en tailleur, à plusieurs et seul en même temps.

Chaque instant est une possibilité, chaque expérience devient une opportunité.

Se laisser guider par une voix, bercer par une mélodie, charmer par le son d’un bol du Tibet, ou simplement cueillir ici le silence faussement silencieux du moment. Tout est permis.

Apprécier le grain de raisin et savourer la vie, la vigne, le soleil, la terre et toutes les petites mains qui lui ont fait faire ce chemin.

Se délecter du verre d’eau pour regoûter à la saveur de l’extraordinaire dans l’ordinaire quotidien.

Réapprendre à entendre, se décentrer, chercher combien d’oiseaux chantent en ce moment ou qui bricole au loin.

Les yeux fermés, s’amuser à compter combien de voiture sont passées, bourdonnement d’abeilles, valse de feuilles, rire d’un enfant ou gouttes de pluie, écouter la musique de la vie.

Les yeux ouverts, remplir son cœur d’un coucher flamboyant ou apaisant, apprécier la beauté des couleurs dégradées et leur unicité, l’engrammer pour transformer l’éphémère en éternité.

Laisser sa peau s’exprimer au contact du sable, de la chaise ou du vent. Chaleur, confort, humidité. Se sentir vivant.

Des tensions ? Des émotions ? Quelles sont leur forme, leur couleur, leur expression ?

Pied gauche, pied droit, même sensation ? Relier le corps au cœur en dirigeant sa pensée.

Respirer. Simplement. Rythme naturel ou forcé. Visualiser l’oxygène qui entre par le nez, s’amuser à vérifier jusqu’où aujourd’hui, mon inspiration viendra se diffuser. Hier, je l’ai senti jusqu’au mollet.

J’aimerais bien, mais je n’ai pas le temps. Alors doubler ce moment, il est urgent de prendre le temps !

Tiens, une idée spontanée, profiter de ma douche pour apprécier l’eau qui ruisselle sur mon corps nu, vapeur d’eau chaude, notes boisées du savon, relâchement des muscles, retrouver la douceur du toucher, s’énerver du soudain courant d’air frais.

Une autre fois, remettre à l’honneur des sensations oubliées : avoir faim, avoir froid, par la pluie être mouillé. Ça se passe où déjà quand je suis contrarié ? Ah oui, mon corps me parle, j’avais oublié.

Poser l’intention de l’attention. Être pleinement là.

Savourer la gratitude pour tout ce qui est déjà.

Le temps d’un instant, laisser hier et demain de côté.

Lâcher l’avant et l’après, observer avec curiosité ses nuages de pensées. Les laisser passer.

Moment parfois forcé, parfois choisi, parfois suggéré.

Accueillir ce qui est, tantôt inconfortable, tantôt très agréable. Ne pas forcément se relaxer.

Moment fini sitôt commencé. Et moments qui n’ont de cesse de se succéder.

Indéfini et connu à la fois.

Moment précieux. Instant cadeau. 

Faire le choix, pour un moment, de revenir dans l’ici et maintenant.

S’offrir le pouvoir de l’instant présent.

Tisons d’Halloween

Une citrouille égarée dans un poirier
Grimpée de branche en branche
Par fils vrilles et tiges
Festives et funéraires
Clémentissime thermomètre
Potimarrons et mandarines
Accrochées saison des sorcières
Farandoles et pompons d’araignées en goguette
Squelettes à castagnettes s’en vont claquant
Tropiquement des dents
Dans le charivari camaïeu
L’automne indien indéfini sur son balai oblique
Ronde assourdie de l’orange résistant
S’incruste dans le vert et le brun
Ourlé du vieil or persistant
Les vitrines s’habillent de toiles vaporeuses
Etoiles déterrées de mois remisés
Divinités chtoniennes convoquées
Tous : morts vivants et fantômes conviés
A guincher avec chauves-souris
Nyctalopes et mygales en plastique.

Éveil

Les fantômes sortent à minuit. C’est ce qu’on dit
Moi, à minuit, je dors ou je danse mais rien ne me hante
Mon spectre a la pâleur de l’aube
Il vit sur le fil qui sépare le sommeil de la veille
Sur ce fil je suis flou, j’oscille entre les milles lits dans lesquels j’ai flotté
Je n’existe pas encore, je ne suis plus tout à fait mort
Je cherche un mur, une odeur, une chaleur, une voix, un soleil
Pour ne dire où et quand et qui je suis
C’est elle la première à me répondre (c’est toujours elle)
Elle me tire dans le souvenir et me pousse dans l’et si
Entre trop réel et trop possible
Elle sort les dents, elle m’exaspère, je la vénère
Puis les membres se resserrent, une brusque chaleur gonfle
Je regagne mes limites physiques
Tandis l’esprit continue de vaguer et elle glisse dans les creux et s’y niche
Il faut me lever, basculer la tête, avaler un café, bien que cela ne suffise jamais
Je devrais sauter du lit dès la première paupière soulevée
En un instant galoper loin de la brume et du mou
Mais ce serait renoncer à l’arôme des rêves qui s’attardent parfois

Magique point du jour

7 heures 30, la lumière impertinente se faufile à travers les lames.

Elle joue avec un souvenir d’obscurité.
Les cloches dansent dans un écho d’éternité.
Promesse d’une nouvelle journée qui s’éveille dans la brume.

Je m’étire.

Consciente de toutes les opportunités qui s’offrent derrière les volets.
Un sentiment de plénitude remplit mon corps hésitant entre sommeil et désir de vie.

Contraste entre chaleur d’un lit et fraîcheur de presque hiver.
J’imagine les premiers rayons du soleil modelant l’horizon.
Je me lève, frissonne au contact du carrelage froid.
J’ouvre les volets dans un grincement rassurant.

Les yeux fermés, je respire la nature parée de rosée, pudique dans ce matin d’octobre.

L’air exalte mes poumons.

J’ouvre les yeux, le spectacle au bout de mon regard.

Les touches jaunes et orangées défient les rouges flamboyants et les verts nostalgiques d’été.
Les crêtes se découpent fièrement dans le ciel d’azur, voie ouverte à des possibles à portée de

courage.

Sérénité, silence, paysage figé de carte postale secrète.
7 heures 40, hypnotisée devant la féérie d’une forêt au petit matin.
J’oscille entre vapeurs de rêves et poésie automnale.

Seule au milieu d’un tout.
Remplie de confiance aux senteurs boisées.
Déjà, le soleil caresse différemment les cimes des arbres.
La luminosité a perdu de sa magie matinale.

Quelques chuchotements montent doucement jusqu’à mes oreilles.

Je devine quelques ombres téméraires.

La vie reprend son rythme, succession de hasards et petits bonheurs d’une journée ordinaire.

Je ferme la fenêtre.

Je suis nourrie de ce moment de beauté hors du temps.

Mon moment.
Ma richesse.
Mon bonheur.

Je vogue sans m’inquiéter

Je crois
que je n’ai jamais aimé
L’été…

Enfant,
Il m’était
Solitaire.

Il m’engourdissait le corps et  l’esprit.

Juin, Juillet, Août
me volaient
le langage
Et j’arrivais muette aux amis retrouvés !

Je n’oublierai
Jamais
Cette
violence saisonnière
Et le souvenir
D’une naissance estivale
Prometteuse
De peurs intimes.

Je ne pourrais affirmer
Que l’automne
Me portait
En félicité
Mais il me délivrait
d’une écrasante retraite
Et me promettait

L’hiver
Réconfortant !

Je reste
un être
Des saisons
Rudes :

J’y retrouve le goût de marcher ;
De lire ;
D’écrire ;
De parler au matin
Et d’observer une nature en contrastes!

L’été me vole
Mes rythmes
Rituels :


Les longues soirées de discussions
Ne m’égaient pas !

Je préfère
Me coucher
À l’heure de l’astre d’or
où je peux
Guetter
les rumeurs de la maison
Qui me bercent jusqu’au sommeil…

Au réveil d’été,
Le soleil me précède
Et dévore mon plus pur plaisir :
Mes insomnies,
A moi seule
Dédiées…
les heures lentes de pénombre
où le mystère
Et le danger
Sont moins des craintes que des alliés !

Le délire sur lequel je vogue sans m’inquiéter !
Il me permet
souvent
De remplir
Mes carnets !

Peut-être un jour
Aimerais-je l’été ;
Comme certains créent
Leur premier  noël !
Pour être heureux faut-il d’abord l’imaginer ?
Encore faut-il vraiment
Le désirer.

Never explain never complain

Au début il y a ce moment où l’on écrit afin de
se raconter des histoires que l’on ne connait pas
déposer ce que l’on n’aurait pas voulu qui soit
faire exister ce que l’on voudrait voir naître
conjuguer conjurer ce qui est et que l’on est était sera peut-être
fixer ce qui constitue l’essence de notre être boulot chaine
solitude d’un crayon tête de bois qui crisse crie crée des intimités des inimitiés
des clans d’initiés à continuité
il y a ce moment où l’on écrit comme on prend une photo
pour fixer un coin de l’instant tanné
à sa propre manière à sa propre matière.
Traversées de forêts de feuillus de feuillets répandus de magiques paradis où
parader perdu le long des voix rauques -tu vois ! – des voies des routes déroute
le long de rues pavées vers l’envers
force aimant les contraires les contrats les jeux de je jeux de mots jeux d’échos
partis en éclats dérive
écrire égaré dépité caféïné déca – pitié à la fin
il y a ce moment où l’on écrit parce qu’on ne peut pas s’empêcher
de le faire.

8h16.
Le goudron pleure ses dernières larmes de chaleur.
Des carcasses humaines fleurissent le bord de la route.
Enfin, ce qu’il en reste …
Le ciel n’existe plus, seul le soleil est maître de l’univers.



Le règne minéral a fermé ses yeux
Pour laisser place au désert.
Les herbes folles sont mortes, sans rien dire.
Les arbres dégénérés dans un coin, un peu plus loin.

8h19, c’est la fin.
Plus de goudron, d’herbe folle, ni d’arbre.
Les carcasses font les beaux jours, à la seule vie humaine,
Les vautours …

Presque cinq heures

L’heure s’est éteinte. Quiétude paisible au travers du corps. Il est quatre heures quarante huit ce matin. Le plus dur est derrière ses yeux qui cherchent encore à transpercer la nuit. Les lumières du village sont encore éteintes. Pour quelques minutes, ou pour quelques siècles d’insomnie.

Le corps, lui, ne dort pas. Il lutte, avec ses démons insomniaques, qui taraudent l’esprit sain, ou du moins ce qu’il en reste la nuit vers les quatre heures quarante huit. Ni tôt, ni tard, le temps se suspend aux lèvres assoiffées prêtes à tout, à rien, et pourtant enfermées au mitard sans plus rien à boire de décent.


Doucement le chant de la nature change, il s’éveille et me résonne dans tous les muscles. Tendu, harassé, et en vain se jeter contre ce vide subtil, dans cette plénitude entière, qui me débarrasse enfin d’une nuit de plus passée à écrire, car au fond, c’est la seule véritable forme de lutte possible.

Il est quatre heures quarante neuf, hagard, je laisse s’en aller le train de nuit démoniaque de mes obscurs tourments. Le prochain départ, prévoit la nuit d’après, une folle cavalcade cérébrale vers des lieux de silence, où résonnent en chœur les corps encore éveillés.

Mon ami, prends donc ta plume et toi aussi, gratte la nuit afin d’en déchirer sa voûte céleste, pour qu’au travers ta lumière la transperce.

Le moment du retour

A l’été
La faim de revenir
De revenir au village

Deux routes, deux verrous
Le col escarpé
Le col de la vallée

Plus jeune, le col escarpé
Tunnels sombres et humides
Peur de croiser une voiture
Coups de klaxon lancés dans la nuit
Ventre qui se serre du précipice
Yeux ébahis des falaises en surplomb

Derniers virages
Avant l’horizon familier des cimes
Le rocher en forme de langue de chat
Et enfin
« Beau Soleil », le village en contrebas

L’accueil du chêne blessé par le panneau indicateur
La haie d’honneur des brins d’herbe du talus
Le rose de la joubarbe dans le mur de pierre
La girouette affolée par le vent du retour

Désormais, le col de la vallée.
Des kilomètres à porter l’envie, le désir, la soif
Des kilomètres à entendre en moi le gargouillis régulier de la fontaine
A anticiper
Le goût de l’eau
La poussière chaude du chemin qui mène aux framboises
L’ombre fraîche du Riou
La forêt aux airs de contes où pister l’odeur des champignons
Les portes des maisons grandes ouvertes

Enfin
La maison
La trace de l’aveu d’un grand-père
« Quand j’arrive ici, je me sens chez moi »

Comme lui,
Sans pouvoir m’en empêcher,
Comme un aimant
Être aspirée toute entière vers cette terre
Cette roche, ce pays où deux vaches, une chèvre suffisaient pour vivre
Une grange
Du foin qu’il faut rentrer avant la pluie.

Le reste de ma vie suspendu au porte-manteau
Je revêtirai la chemise à carreau usée aux coudes et aux poignets
Je revêtirai la fille du pays, la lointaine cousine, la voisine

Ici il n’y aura pas d’ailleurs
Lieu-centre,
Centre d’un millénaire de chemins

En germe, déjà, le départ
Accepter de se laisser contenir
Pour mieux en repartir

Repartir au petit matin, avec la brume
Par la petite gare que l’on menace de fermer
Seule, ayant prolongé plus loin le séjour,
Pour gouter jusqu’au bout de l’été la saveur des fruits, les chemins familiers

Le jour du départ, s’arracher

Mes yeux pleureront l’effacement des marques du passé
Mes yeux pleureront tous ceux qui ne sont plus

Je me laisserai emporter par le mouvement des roues
Je me laisserai emporter par les paysages que déroulent les fenêtres.

Et déjà penserai au retour.