Les paniers ont effleuré nos bagues
Les greniers se sont vidés sur nos têtes
Les vidéos ont inventé des seconds rôles


je t’aime dans la tristesse du cœur et la morsure du chien que tu soignes
je t’aime dans les après-midis qui s’embrassent à regarder la lumière sur les murs
je t’aime dans la musique et les feux rouges des grandes allées que l’on connaît


Depuis je n’ai pratiquement rien mangé, une fleur de bourrache et du café.


Est ce qu’on est compagnons?
Est-ce-que tu m’accompagnes ?
Es-tu accompagné ?
Jusqu’où veux-tu m’accompagner ?
Est-ce-qu’on aurait pu vivre à la campagne ?
Et en rester là ? Est ce que tu te sens « là », là où tu es ?
Est ce qu’à l’intérieur de toi c’est encore la campagne ?
Est ce que je serai ta compagnonne ?

Lilli-bellule

Je t’aime avec ma peau
Mes sillons, mes cicatrices, mes ongles
L’amour m’a habillée
Tes petits doigts m’ont fleurie
Ta couleur rose pâle m’a ranimée.
Aimes-tu l’air que tu respires ?
Es-tu animal ou être vivant ?
Je t’aime avec mes espoirs, mes doutes mes peurs.
Je t’aime en rires, je t’aime en pleurs.
Ton odeur m’a déplumée
Ta légèreté m’a décoiffée
Tes mouvements m’ont affamée.
Je t’aime avec le jour et la nuit à l’infini
Je t’aime avec mes seins gonflés, mon lait coulant
Je t’aime avec les popcorns au cinéma
Je t’aime avec tes pieds sur les miens.
Je t’aime avec mes cheveux et mes dents brisés pour toi.
Sais-tu que je ne sais pas ?
Sais-tu que tu ne sais pas ?
L’avenir m’a noyée
Le passé m’a fondue
Je t’aime avec mes airs de ne pas t’aimer.

Le livre m’a connaissance de la
douleur
Le robot m’a joué
Le couteau m’a brouillé
La fenêtre m’a chemin des
écoliers
Le stylo m’a n’être personne
Le café m’a dialogue au paradis
Le coussin m’a déstabilité
L’assiette m’a L’établi

Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Je t’aime avec tes cendres
Je t’aime avec ta couleur du
texte
Je t’aime avec ta valeur
militante
Je t’aime avec tes escaliers
Je t’aime avec tes marges
Je t’aime avec tes espaces
verts
Je t’aime avec tes bordures de
merde

Prends-tu tes antidépresseurs ?
Connais-tu tes paires ?
Que peux-tu me dire des propos
de l’araignée mise au mur ?
Sais-tu les origines tragique
de l’érudition ?
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?

As-tu posé réclamation auprès
du gouverneur de La rosée ?
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?
Que sais-tu de la vie
clandestine ?
Le livre m’a Connaissance de la
douleur
Je t’aime avec tes notes de bas
de page
Prends-tu tes antidépresseurs ?

Le robot m’a joué
Je t’aime avec tes cendres
Connais-tu tes paires ?

Le couteau m’a brouillé
Je t’aime avec ta Couleur du
texte
Que peux-tu me dire des propos
de L’araignée mise au mur ?

La fenêtre m’a Chemin des
écoliers
Je t’aime avec ta valeur
militante
Sais-tu Les origines tragique
de l’érudition ?

Le stylo m’a N’être personne
Je t’aime avec tes escaliers
Iras-tu jusqu’à la divergence
de grade ?

Le café m’a Dialogue au paradis
Je t’aime avec tes marges
As-tu posé réclamation auprès
du Gouverneur de La rosée ?

Le coussin m’a déstabilité
Je t’aime avec tes espaces
verts
Me quitteras-tu si je
t’épistole ?

L’assiette m’a L’établi
Je t’aime avec tes bordures de
merde
Que sais-tu de La vie
clandestine ?

Feu

J’avais la bouche
distillée
et la tempe
chronomètre
L’inertie des corps
et l’équilibre instable
Il y avait
des Andromèdes
et des Esters.

::::::

J’ai le coeur en
observance et
l’alliance thérapeutique
Effets secondaires sur
l’échelle de Beck
Nombre de prises je
Zest et je
troubleS
dans le Spectre.

::::::

Jamais plus d’hydroxyle
même précipité
jamais plus de pourrait
mieux
administré
jamais plus de protons
ni d’al-calins

Un syndrome à Stockholm

Les murs m’ont tombée.

Les trottoirs m’ont glissée.

Les arbres m’ont débranchée.

Les forêts m’ont ombrée.

Les étoiles m’ont filée.

Les ballons m’ont crevée.

Les océans m’ont noyée.

Les bateaux m’ont coulée.

Les bites m’ont amarrée.

Les ongles m’ont incarnée.

Les peaux m’ont ecchymosée.

Les dents m’ont claquée.

Les langues m’ont ensablée.

Je t’aime avec quatre gifles, cinq gifles, six gifles sur les joues.

Je t’aime avec le cuir d’une laisse sur les cuisses.

Je t’aime avec le bois d’un balai sur les omoplates.

Je t’aime avec l’obscurité d’un placard sous les yeux.

Je t’aime avec la tête penchée sur son sexe.

Je t’aime avec un refus mort-né dans le ventre.

Je t’aime avec la lame d’un couteau sur les veines.

Je t’aime avec de la neige sous les pieds nus.

Je t’aime avec le goût des médicaments dans la gorge.

Je t’aime avec un syndrome à Stockholm.

Connais-tu le mot éducation ?

Que sais-tu du mot protéger ?

Quand as-tu appris le mot frapper ?

Pourquoi as-tu écrasé le mot fragile ?

Qui en toi a encouragé le mot inceste ?

Qu’as-tu retenu du mot mère ?

As-tu aimé ton enfant ?

Le vent m’a dévoilée.

La fleur m’a rosée.

L’aube m’a levée.

La mer m’a coquillagée.

Le ciel m’a lactée.

La pluie m’a lavée.

L’oiseau m’a duvetée.

La berge m’a abritée.

Le fruit m’a écorcée.

Le feu m’a rallumée.

La folie m’a exfoliée.

La parole m’a libérée.

La poésie m’a remembrée.

Passage du monde

Tu y crois toi ?

à la solitude
Aux regards dans le vide
Aux murs froissés et arides
Aux odeurs de rien
A l’air sans chemin
Aux mains crispées du passé
Aux larmes sans pleur
Tu y crois toi –

aux faux semblants
Aux corps qui se couchent ensemble
Chacun de leur côté ils tremblent
D’avoir perdu un bout d’amour
D’avoir laissé une part de rêve
D’avoir perdu un bout de soi
D’avoir donné bien plus que rien
De compter le soir en secret les miettes
D’avoir perdu une partie de la conquête
Tu y crois toi –

aux injustices
La mort qui s’éclate dans les hospices
A faire croire qu’elle va venir
A ceux qui ne veulent pas guérir
Que l’on force à être des marionnettes
Au spectacle de la décadence
Quand une femme au rythme des coups danse
Quand un enfant est martyrisé
Sur les réseaux, à l’école, chez lui
Quant au lieu de s’aimer on se détruit
Tu y crois toi –

à la pauvreté
Ces corps comme la viande chez ton boucher
Des os, des os encore animés ….
Les peuples illettrés
Qui cousent tes vêtements
A la lueur d’une bougie
Le jour et la nuit …
A l’enfant qui se marie
Jeté dans le lit d’un homme
Qu’elle n’a même pas choisi.
Oui on vend encore des petits
Là où il n’y a pas d’alloc
Oui on tombe encore en cloque
Sans le savoir, sans le vouloir.

Tu y crois toi-
A l’indifférence des vivants

Aux regrets des morts
A la nature qui se défend
Contre l’homme et ses torts ?
Au besoin plus grand que l’envie
A la course contre l’humain
A la conquête du pouvoir
A l’abandon de la paix
A la mort de la civilisation ?

Aux non pudeurs
Aux scandales dérisoires?
On est aveuglé de beauté
On est sourd de l’instant
On est emprisonné dans le temps
On coule dans notre espace
On s’écroule dans la masse
Tu y crois-toi ? Dis-moi !

Basculement

Comment marche la raison ?

J’ai perdu la tête et le cœur en un jour
J’ai perdu mes clés et la fenêtre des yeux 
J’ai perdu mon constat et tout ce que je suis 

Comment s’active le manque de distance ?
Comment se reconnaît la chute ? 

J’émerveille mes contours en les noyant de malte de rousse ou bien de blanc 
Je m’émerveille des cils qui me barrent la vue
Je m’émerveille stroboscopes qui marquent nos sourires
Je m’émerveille des foules et de toi au milieu 

Comment se regarder quand les pupilles éclatent ?
Comment trouver le lieu où le noir ne s’étale ?

Je n’ai rien retrouvé au chant des rues et des étés
Je n’ai rien retrouvé que des parfums légers volatiles et fugaces

Comment savoir encore ou se trouvent mes pieds ?
Comment poser le cœur quand on a tout raté ?
Comment semer le jour quand les nuits vous avalent ?

Je t’aime avec ma langue et mon système nerveux
Je t’aime avec l’intérieur de ma peau mes oublis et mes doutes 
Je t’aime avec mes ombres et mes incertitudes 
Je t’aime avec mes bris et les gouttes de rouge sur mes plis de poignets 

Comment retenir la vie lorsqu’elle veut tout quitter ?

La Pierre et les planètes m’ont confiés leur secret

M’aimes-tu quand ça crie ?
Je t’aime avec ma voix !
Le verbe m’a terrassée.

M’aimes-tu quand ça pleure ?
Je t’aime plus encore !
Les paupières m’ont cachées.

M’aimes-tu quand nos corps se serrent ?
Je t’aime avec ma peau !
Mon ventre m’a essoufflée,
L’air échangé l’avait atrophié.

M’aimes-tu par le rythme de nos deux pas unis ?
Il m’apaise de son jeu si gai !
Notre marche m’a égratignée
Je n’aime vraiment, je crois, que la lande seule à seule.

M’aimes-tu quand la pluie bât fort à nos fenêtres ?
Elle me rend si confiant !
La pluie qui ruisselle sur ma peau m’a enchantée.

M’aimes-tu avec ma folie ?
Je ne peux que l’aimer !
Les pierres et les planètes m’ont confié leur secret. Je le préserverai !

M’aimes-tu avec ma folie ?
Bien plus qu’avec leur santé !
Ils m’ont lacérée la bouche et les yeux ; et tant de choses encore que je ne saurais les nommer.

M’aimes-tu pour la tendresse de mes yeux ?
Leur couleur brune m’a sauvé!
Et lorsqu’ils se voilent ?
Ils me sauvent de même !

M’aimes-tu quand ça n’essaie plus ?
Je ne pourrais me résigner !
Ta force m’a renversée,
Portée vers un ailleurs perdu 
Plus clément que ce monde 
Que je ne comprends pas !

M’aimes-tu sans raison ?
Tes mains m’ont toujours recréées !
Tes mains ont toujours su me regarder.

Je t’aime

Cette nuit, lorsque tu es parti
Le soleil m’a couchée
Son rayon m’a transpercée
Le couteau m’a plantée
Le froid m’a mordue
Je ne sais quoi m’a perdue.

Où es-tu ?
Que cherches-tu ?
Pour quelle langue te tais-tu ?
Je t’aime avec ma peau nue
Je t’aime avec mon vernis
Je t’aime avec mes cicatrices
Tout au bord du précipice.

Cette nuit, tu es parti.
Et la lune m’a levée
Et son croissant m’a basculée
Et le verre m’a dépolie
Et ce clou m’a rouillée
Et l’éponge m’a effacée
J’ai cessé d’exister.

Où rêves-tu ?

Qui penses-tu ?
Pour quelle langue es-tu toi ?
Je t’aime avec prière
Même sans préliminaire
Je t’aime avec ma rage
Même sans un présage
Je t’aime avec mes tripes
Même si tu m’étripes
Je t’aime.

qu’attends-tu ?
comment es-tu vêtu ?

la danse m’a oubliée
l’été m’a recouverte

que prises-tu ?
quelles joies, quelle honte ?
comment ris-tu ?

l’alibi m’a aspirée
l’auréole m’a chaviré
l’histoire m’a courbé

je t’aime avec mes phalanges,
ma tarte et mon coton
je t’aime avec ma chambre,
mon col et mon veston
je t’aime avec mes rides,
mon horizon et ma perte

quelle lèvre, quelle sève ?
où glisses-tu ?

avec quels êtres ?
que cherches-tu ?

la terre m’a soulevée
l’écorce m’a convertie

je t’aime avec ma croupe
mon sirop et mon souffle

dans quels tissus ?
où sont tes autres ?
ta soeur, ton ange ?

je t’aime avec mes trainées,
ma couronne et mes gouffres

la froidure m’a camouflée
l’aridité m’a croquée
le biseau m’a rappelé

l’asticot m’a tuyauté
l’huile m’a carottée

je t’aime avec mes omoplates
mes vertèbres et ma moelle

je t’aime avec mes yeux
mon siphon et mon aine
je t’aime avec mes cannes
ma corolle et mes racines
je t’aime avec ma joue
mon ongle, mes cicatrices
je t’aime avec ma langue
mes papilles et ma glotte
je t’aime avec mes plantes
mon talon, malléole


la suie m’a ouverte
la pluie m’a corrigée
la cendre m’a dévorée
le sillon m’a ébloui
la caverne m’a essuyé


je t’aime avec mon ventre
mes ronds, mes angles


le sel m’a épatée
la souche m’a camouflé
la colle m’a écourté
le tiphon m’a souri
l’étang m’a élevée


quelles dates emballes-tu ?
quels motifs quels papiers ?
avec qui t’étends-tu ?
dans quelle forme, quelle texture ?
combien de draps, de taies ?
avec quel épuisement ?
sous quelle lune ?
me sens-tu ?
ma peau, mes tremblements ?


les fossiles m’ont éparpillée

nous reconnaîtras-tu ?