On les adore 
Leurs sensibles couleurs 
Leurs poésies lisières en horizon 

On les adore 
Leurs sensibles musiques 
Sans boussoles à l’assaut de la vie 

On s’en revêt 
On prétend les saisir 
Drapés de 
Dignité 
Gangrenés 
D’ignorance 

Mais les nommer 

Cueillir d’instinct la force 

Mais s’emporter 

Embrasser l’intranquille 
Étreindre les distances 
Et ne pas les livrer
Au glas des forteresses 
Citadelles 
En nos marges
Où se rompent les latitudes 

Mais leur tendre la main 
À ces voix étouffées 
Mais leur tendre la main 
Aux larmes qui explosent 
Mais leur tendre la main 
Elles sont 
L’ultime 
Armée 
De la guerre que se livrent 
Les captifs 
De nos certitudes 

Ouvrir nos bras
Nous ne le ferons pas
Ouvrir nos bras 
Nous n’avons 
Jamais su

Aux chimères grandies 
Hors sillons 
Hors les âges 
Asilées en oubli
Nourries de leurs seuls 
Rêves 

Et ne plus fuir 
Accueillir l’évidence 
Et ne plus fuir 
Que des désarçonnés 
Foulés aux pieds de nos 
Frontières 
Et de nos miroirs clos
Dépend 
La puissante beauté 
De notre humanité

Et maintenant que fais-tu ?

Ta Mère n’a plus de lait. Alerte !
Ses seins flottent au vent
La rivière verte s’est tue
Sa crinière d’écume ne se cabre plus

Alerte ! la Skokomish est en cru
Les saumons enjambent le pont
Et meurent en chemin
La terre tremble – le corps résonne
On est en vigilance orange

Alerte ! chairs mutilées
On virucide on soigne
à coup de scalpel
et de lance flamme

Ton grand père le savait
Quand les vignes remplaçaient
Les arbres de leur uniforme monotone
Que les feuilles se teintaient de bleu
Céruleum sur sol desséché ocre jaune

Le grand chêne n’est plus
Le silence métallique de l’air
Hurle l’absence. Alerte !
Où sont passés les oiseaux ?

Regarde les martinets manoeuvrer entre les murs de la ville,
Regarde la mort dans le ciel se pencher pour tendre son électric feel

Attention à la pluie car les murs sont sans rebord
que l’eau qui coule, coule dans nos fenêtres

Attention à la famine et à sa courroie de pétrole
à l’air qui intensifie sa haine de l’humain
au navire unique, à l’appel du vide
aux portraits et aux traits qu’ils figent
à l’estampe qu’on lègue comme un souvenir

Regarde. Regarde les martinets.

Attention car « quand le bourreau s’ennuie, il devient dangereux »
comme un calme devant la tempête

Regarde comme les chèvres au bec d’asphalte se repaissent
de foudre et de magma,
le feu qui grille dans leurs yeux

Attention au zèbre qui se cache parmi les loups
car il n’existe pas.

Regarde. Regarde maintenant. Les martinets.

Alerte rouge

Alerte ! Alerte rouge !
On me dit qu’il n’y a plus rien. Nada.
Plus de rouge… A la diète ! C’est niet ! Je donne
aussitôt l’alerte générale immédiate au Colonel sans citron.

Sec. Car qu’allons nous carafer du coup si point de picrate ?
On alerte vite, dans le vif, plus vite bon dieu ! Je reste alerte diantre que diable! Et sonne alors l’alarme. On épie de près, toujours plus près, jusque dans le verre… Vide de sens et de rouge.
Alerté par cette insolite sécheresse soudaine, on a pris tout le rouge, en vain, c’était des bouteilles poreuses… On sonne donc le tocsin. On doit vite se réveiller.

Alerte quoi ! Sinon, maline et astucieuse, cette boisson délicieuse, qui à elle seule connaît le secret de
l’évaporation heureuse, disparaît joyeusement. On l’affirme. Mais bon sang de bois !

Alerte quoi ! Ce n’est pas heureux mais au contraire malheureux au possible. Triste à en pleurer sans fin. Car qui perd la soif erre alors l’esprit non alerte aux aguets mais sans aucun but. Stérile quoi ! Nul, ineptie perpétuelle des révolutions consensuelles, le néant une fois de plus.

Alerte quoi ! On est prêt à tout ! Tant mieux ! Mais prêt à quoi exactement ? On le demande bien. Sans cesse. On n’écoute surtout pas la réponse. Et on vend des bouteilles pré-vidées qui ne tiennent pas la charge de surcroît !
Infâme dictature du vide, on crie à l’obsolescence programmée des flacons, et ce peu importe l’ivresse.
Alerte mondiale ! La timbale à sec, on s’inquiète pour notre capacité à contenir. Toujours. Sans frémir. Jamais.

Alerte bon sang de bon rouge ! Hein quoi ? Plaît-il ?
Alerte ! Alors ça suffit !
Arrête donc de me faire peur ainsi quand il te reste au frais deux kil de rouge bien frappés, de quoi se pinarder peinard jusqu’à la prochaine accalmie ! Ou du moins jusqu’à sept heures et demi.

Ah bon ? Et oui. Arf, et bien du coup, mea culpa, toutes mes condoléances, l’homme lucide n’est plus.
Fausse alerte.

Méfiez-vous

méfiez-vous
on est ce qu’il y a de pire
méfiez-vous
on offre à l’ego l’os qu’il se ronge
méfiez-vous
on compose le tableau de nos scènes internes
on se peint ventre sur toile
on se mire dedans on se vomit on se flagelle d’avoir vomi on reproche à l’autre d’enfanter par la bouche sa propre toile d’enfanter ses couleurs d’enfanter ses formes d’enfanter ses chairs d’enfanter ses fluides
méfiez-vous
on ravale nos couleuvres et elles s’agitent dans nos tripes
alors on avale les rats qui les nourriront et les panses se gonflent comme après la mort
méfiez-vous
à se peindre sans cesse on oublie d’exister

Éveillez vous !

Éveillez vous !
Les sanglots rouge sang
Vos pas inondent
D’une immondice noirceur
La guerre qui arrache
La saveur de la vie.

Éveillez vous !
La terre pleure
Sous la chaleur
La cupidité de l’homme preneur
Des ressources jusqu’à sa source.

Éveillez vous !
Les jours s’agitent, palpitent, défilent
Mais rien ne bouge
Tout est statique
On vocifère derrière nos écrans de verre
Et rien ne change
Et tout s’écroule.

Éveillez vous !
On ne meurt pas d’amour
Semez les graines de tolérance et de liberté
De respect et de fraternité
Pour que demain soit meilleur …

Le silence

Au secours ! On me chasse,
On me poursuit, on me fuit,
On me cherche dans le moindre insterstice.
Au secours ! J’ai besoin qu’on m’entende,
J’ai besoin d’exister.
Laissez-moi respirer !
Laissez-moi vous parler
et vous m’apprécierez.
Au secours ! J’ai besoin d’une pause
Même juste d’une demie
J’aime la couleur blanche,
les hiatus et les points.
Au secours ! Vous tous, je vous supplie,
Arrêtez la musique, arrêtez tous les cris,
Arrêtez les messages, les sonneries infinies,
Arrêtez le tapage et tous les bavardages,
Arrêtez les humains et tous leurs bruits pour rien.

Le silence

Attends !

Attends ! On nous espère comme on manipule
ailleurs ou ici même c’est le règne de la peur
Attends ! On nous marchera dessus si l’on n’y prend garde
Passons les premiers par le trou de la serrure
la chatière est encore trop grande pour nous cacher
Attends ! On nous forcera si l’on nous trouve
On nous veut jusqu’à la peau du dos
On nous vomit comme on nous désire
Nous veules pourtant sans volonté que celle de rester seuls
de rester vivants voyants
vibratiles de nos envies
Ou autre chose que ni nous ni eux ne savent

Gare ! Gare à la montagne sans cime
on lui a coupé la tête (nommée courage)
on lui a aussi coupé les bras (pas de chocolat)
Gare à la vie rêvée des rêves
on leur a coupé les cheveux en quatre
il ne reste qu’une simple tonsure
à peine un miroir
Gare aux vœux inexprimés
sous peine qu’ils ne se réalisent pas
on les invisibilise sous nos meilleures ombres
sous nos faux pas nos ignornces
sous nos peurs les plus froides
glaçante est la peur de la peur (paralysante)
Gare à toute sérieuse entorse au présent
aux coups de trafalgar contre nous-mêmes qui nous font sombrer
on souffre trop souvent d’un défaut de garantie sur l’existence
(always a risky business)
on se croit mortel à chaque seconde alors tu penses
si on s’immobilise
Gare aux courses stoppées net dans l’élan
avorté trop vite par peur de représailles
on nous garde toujours un chien de sa chienne (de vie)
à chaque jour suffit sa peine qu’ils disent
on est jamais mieux servi que par soi-même qu’ils disent
on nous veut du bien mais on nous fait du mal
Ouais gare !
Gare surtout à l’invective à ceci à cela
au succès au bien-être au bonheur coûte que coûte
(sans bouche ni baiser à quoi bon)
on a beau te seriner ça sans reprendre souffle
sans baisser la garde
alors gare !