Un job à temps plein de te faire disparaitre

te revoilà
mon tendre
mon cher creux
au fond du ventre
.
toujours je te retrouve
tu es toujours là
toi
au moins
.
nuit ou jour
je ne sais plus
petites heures incertaines
c’est le déni de ton absence qui me tient éveillée
.
impossible de me dire
que je t’ai perdu à jamais
je ne dormirai plus
trop peur de te retrouver dans mes rêves
et que tu ne sois plus là
à mon réveil
.
une telle brutalité
avant déjeuner
c’est inhumain

le voilà

ce cher
ce tendre
ce précieux
creux du manque
au fond de mon ventre
.
il n’y a plus que moi maintenant
je suis bien obligée de le nourrir
et puis avant ça
de le sentir
reconnaitre son existence
.

car tu es bel et bien
partie

.
tu ne seras plus là pour me sauver
pour me sermonner
me protéger de moi-même
de mes folies de noctambule
.
je peux faire l’école buissonnière
de notre amour
une chose pour laquelle
tu ne m’en voudras pas
.
après tout
l’oubli
ça se travaille
c’est un job à temps plein
de te faire disparaitre
lentement
t’arracher
à mon corps
.

je crois que ça s’appelle
faire table rase
tabula rasa
voilà mon seul projet
.
une fois vide
et blanche
comme la page
inscrire
sur ma peau
des marques
.
d’autres marques que les tiennes
d’autres cicatrices
avec d’autres encres
.
laisser une trace quelque part
pour la douleur
pour conjurer l’oubli
.
mon corps
cette page blanche
à recouvrir
d’autres mots que les tiens
une autre peau

La pièce du fond

La pièce du fond
C’est une pièce. Pas ronde avec deux faces. Non, une pièce du fond.
La pièce du fond. La seule.
Elle garde ses secrets dans l’armoire rouge, celle qui voit et entend tout.
Elle est minuscule mais bien remplie. Pas l’armoire, non. La pièce.

C’est un lit d’enfant. Très haut mais sans barreau.
Il est vert, selon les jours. Il devient jaune ou bleu avec le temps.
Des bateaux métalliques voguent sur les côtés.
Des mouettes les suivent.
Le lit a trouvé sa place dans la pièce du fond.
Aucun bruit aujourd’hui.
À côté du lit, la machine à tricoter s’est tue.

C’est un nid. Un pigeon couve ses œufs.
La femelle va le remplacer. Elle se lave dans la rigole.
Le nid est coincé entre les volets entrebâillés.
Personne n’approche. On évite d’effrayer les oiseaux.
On retient son souffle. La pièce du fond accueille dans l’ombre.

C’est un silence. Un silence incompris. Un rire silencieux et terrifié.
Il revient encore et encore. Personne ne tourne.Tout est réel. Et pourtant,
silence.
L’enfant a quitté son lit, il l’a aidé à sortir.
Ça commence à peine. Va savoir.
Trop calme pour que rien ne se passe.
C’est ainsi.

Apnée du soleil

il est question de ce qui grouille dedans de ce qui ne fait plus confiance aux doigts et à la bouche pour crier // il est question de sécheresse et d’obésité des sens de cœur massif d’artères fleuves et d’ardeurs accumulées // il est question de ce qui ne tient plus en place dans le ventre des bêtes dans le sexe des femmes et le cri des forêts // il est question de corps brûlants et d’apnée de soleil de perte du réel et de rage éternelle // il est question de ce qui rougit l’envers des peaux ce qui flamboie au fond des gorges ce qui griffe racle et dévale les parois et les tripes // il est question de ravalements et de débordements d’érosion et de sédiments de sécheresse et de noyade sous l’ourlet de la langue // il est question de ce qui hurle dans le fond des silences et de ce que retient la nuit 

Passage du monde

Tu y crois toi ?

à la solitude
Aux regards dans le vide
Aux murs froissés et arides
Aux odeurs de rien
A l’air sans chemin
Aux mains crispées du passé
Aux larmes sans pleur
Tu y crois toi –

aux faux semblants
Aux corps qui se couchent ensemble
Chacun de leur côté ils tremblent
D’avoir perdu un bout d’amour
D’avoir laissé une part de rêve
D’avoir perdu un bout de soi
D’avoir donné bien plus que rien
De compter le soir en secret les miettes
D’avoir perdu une partie de la conquête
Tu y crois toi –

aux injustices
La mort qui s’éclate dans les hospices
A faire croire qu’elle va venir
A ceux qui ne veulent pas guérir
Que l’on force à être des marionnettes
Au spectacle de la décadence
Quand une femme au rythme des coups danse
Quand un enfant est martyrisé
Sur les réseaux, à l’école, chez lui
Quant au lieu de s’aimer on se détruit
Tu y crois toi –

à la pauvreté
Ces corps comme la viande chez ton boucher
Des os, des os encore animés ….
Les peuples illettrés
Qui cousent tes vêtements
A la lueur d’une bougie
Le jour et la nuit …
A l’enfant qui se marie
Jeté dans le lit d’un homme
Qu’elle n’a même pas choisi.
Oui on vend encore des petits
Là où il n’y a pas d’alloc
Oui on tombe encore en cloque
Sans le savoir, sans le vouloir.

Tu y crois toi-
A l’indifférence des vivants

Aux regrets des morts
A la nature qui se défend
Contre l’homme et ses torts ?
Au besoin plus grand que l’envie
A la course contre l’humain
A la conquête du pouvoir
A l’abandon de la paix
A la mort de la civilisation ?

Aux non pudeurs
Aux scandales dérisoires?
On est aveuglé de beauté
On est sourd de l’instant
On est emprisonné dans le temps
On coule dans notre espace
On s’écroule dans la masse
Tu y crois-toi ? Dis-moi !

Je voue à vous

Je voue à vous
des caresses
semelles de vent
sur les traces du chemin
empreintes abandonnées
au passage d’un animal
sur le coeur de la forêt.
La cadence des pas
conte le temps du chemin
dans les parfums
de l’ombre du vent
je cherche
les traces de vous.
Je vous avoue
mon envie de vouloir
mon envie de tu
mon besoin de tourner
mes sens vers vous
sur les bosses de la vie.
Je t’avoue ce
que je te voue
l’essence de mon éveil
que toi aussi tu appelles
mon amour.

Parce que « nous » disparait sans un mot, sans même un fracas,
Dans l’indifférence grandiloquente de ton silence,
Fuis l’amour.


Parce que ta lâcheté tache ta chemise blanche,
Pour la maculer rouge sang
Fuis la maladie qui grandit.


Parce que la lune n’éclaire plus nos nuits
Lasse de nos insomnies et de nos distances,
Parce que tu te caches sous les draps,
Parce que tu as peur,
Fuis nos ébats.


Parce que le soleil ne réchauffe plus
Nos éveils arc en ciel, nos éclats de joie,
Comme nos coups bas
Fuis le jour qui se lève.


Parce que le temps est assassin
Ne pardonne pas le moindre faux pas,
Les battements de cils, les orages au loin,
Fuis nos premiers déclins.


Parce que ta voix n’a plus de sens
Que mes appels, mes mains tendues
Ne te suffisent plus
Fuis mes mots.


Parce que ma peau n’a plus de saveur
Que les parfums de nos souvenirs, lentement,
Se meurent
Fuis la quintessence de nos sens.


Parce qu’abandonner c’est plus facile,
« Parce que choisir c’est renoncer »,
Parce que superficiel c’est plus futile,
Fuis la vérité.


Parce que la lumière n’est pas toujours celle que l’on croit,
Celle que l’on croise dans la nuit,
Celle qui brille à vos côtés et qui luit,
Fuis l’ombre de nos pas.

Parce que m’aimer te semble un danger,
Parce que je lis, je pense, je danse,

Parce que je pleure, je ris, j’écris,
Parce que je joue, je jouis,
Chaotique, sur le fil de la vie
Fuis, ne te retourne pas.

Parce qu’au détour d’un couloir
Tu pourrais croiser, au hasard d’un soir,
Tes yeux chimères dans un miroir,
Parce que tu verrais ta conscience
Que tu traines en chien de faïence,
Fuis, ne te regarde pas.

C’est une maison.
Offerte à tous vents.

Sur le ciment, les cyprès viennent jeter leurs ombres tordues.

S’écrivent alors de longues lettres étranges silencieuses.

Qui en connaît le sens ?

Seuls les vieillards s’y invitent la nuit, ils s’allongent sur le gazon et retournent leurs paumes.

Cela fait bruire les feuilles.
Nul n’entend les histoires murmurées.

Les murs s’inclinent et les fenêtres disparaissent sur la pointe des pieds.
Les sangliers ne passent plus.

De la gouttière,
s’écoule une marée bleue.

L’attrape-rêves

Tu voudrais fuir
Au milieu de nulle part où tout est à construire,
Dans une lame de fond vers l’immensité,
Où l’âme de la vague me souffle recommencer.
Parce que la pluie est pluie et les oiseaux mouillés,
Parce que l’orage gronde sans trop savoir pourquoi,
Parce que labyrinthe est un mot difficile,
Parce que de ce dédale j’en ai perdu le fil.
Tu voudrais t’évaporer
Dans les rayons tout doux des soleils d’automne,
Dans les guimpes de brumes recouvrant la vallée,
Je voudrais saisir la première occasion
Pour m’éclipser : un départ imminent, a last minute travel,
les ailes d’un vent coulis, destination l’ailleurs,
Et pourquoi pas Le Cap,
Tu voudrais t’échapper, t’exiler
Bannir les prisons, les poisons et les grilles,
Les belles cages dorées d’un monde qui vacille,
Partir… avec un attrape-rêves,
Tu voudrais …
Attirer les plus beaux.

Si seulement se dissoudre

Tu coules dans la baignoire
une pierre dans chaque poche
tu imagines un lac profond sous l’émail
une eau glacée torpeur spéciale
un engourdissement des organes
une grande sieste un peu visqueuse
tenter le geste, se noyer


Parce que tu restes sur la berge alors qu’elle nage
Parce que le sable est coupant
Parce que la mer est toxique
Parce que tu as peur en fait
Parce qu’elle te montre un minéral hanté par le visage d’une autre
Parce que tu as seize ans


Tu marches dans la rue
la morsure froide d’une lame contre ta gorge
tranche net et disparait
la main n’appartient à personne
ton sang poisse le bitume sale
les voitures t’évitent avec politesse
tenter le geste, se reposer


Parce qu’elle t’embrasse seulement les soirs d’ivresse
Parce que la texture inouïe de sa langue
Parce que sa paume contre ta nuque son avidité soudaine
Parce que la nuit tombe plus tôt dans son oeil gauche
Parce que trop souvent il fait jour
Parce que son oeil gauche regarde ailleurs
Parce que tu as vingt ans


Tu bois un café en terrasse
ta tête pulvérisée par un objet lourd tombé du ciel
le trottoir constellé de confettis de cervelle
tu colles à la semelle des passants pressés
les relents moite de ton crâne polluent la ville
tenter le geste, s’anéantir


Parce qu’elle ne rentre plus beaucoup la nuit
Parce qu’elle sèche ses larmes dans la fourrure du chat
Parce que sa peau se recroqueville sous tes doigts
Parce qu’elle a croisé une inconnue à Franprix et l’a prise pour toi
Parce que le vide sans l’attrait du vertige
Parce que tu as vingt-sept ans


Un matin enfin tu peux tenter la dissolution sereine
(je te le souhaite)
Parce que tu as rêvé qu’elle rêvait de toi


Tu as l’âge parfait, alors

Je creuse en spirale
Accumule la terre aux épaules
Épanche les peines
Plonge les mains étanches
Perce


Parce que toujours elle pâlit
L’opacité m’enserre
Au large on crie plus grand
Parce qu’élimée, deviens ulcère


Tu crisses au vent, penche la nuque
Ongles rompus, colonne cousue
L’échappé au fond des pierres
Descente au creux de nous, prière


Parce que l’hiver, dormance,
pensées perçantes
Le fracas en vient à bout
Nouée aux cils, je retourne mes trames
Je déchire l’étoffe, m’y fonds


Parce qu’elle tremble sous sédiments
Mon ventre n’accueille plus
Parce qu’hurler recouvre la nuit
Parce que les constellations
m’ont accueillie
Parce qu’asséchèrent, parce qu’éblouie
Corps en névé, s’encrevasser


Mémoire qui penche, s’extirper du néant
Le gouffre aspire quelques bribes arrimées
Sublimation de mes solides
Le langage me passe au travers
Éther


Parce qu’au-delà du dicible, l’océan
Au creux du coude, ton adresse
Parce que le sol égratigné, tapis tiré
Parce que je suis l’ancêtre
Je suis la nuit


Creux creux, crève
Carrousel de litanies tordues
J’inspire l’atmosphère des sous-pentes
Je luis plus bas que les vers
Au creux de l’être terreux
Je bruisse en nuage

Traversée tectonique