conne – ctée

une – fais chier
deux – c’est quoi ce bordel
au bout de trois ta sérénité s’évanouit
 
impatience
 
ton attention captive
est désorientée
 
tu loues tes neurones
comme pour t’isoler
survoler liker scroller
 
connectivité prise au piège
 
ton emprise révélée
par un défaut de réseau
 
te voilà enfermée dans ta bulle
quand
tu ronges la frustration
tu ranges l’écran bleu
sans pouvoir te mettre au vert
tu maudis la technologie
avant de
contempler ton addiction
 
tu recommences tu rebootes
tu préfères t’acharner
tu fais défaut de toute ton humanité
 
tu recommences encore
 
au service de ton sentiment hyper connecté
dont tu as besoin
tu boues du bout des doigts
 
tu te sens hyper conne
tu te mens finalement
devant un foutu de coucher de soleil

Nirgendwo

lieu inexploré
cet endroit quelque part
j’en rêve depuis toujours
Nirgendwo
situé exactement
entre nuages et lune
au point de non retour

jour de départ ?
libre
je tiens compte cependant
du décalage horaire
pour arriver
à temps
à une date ultérieure


je suis la rose des vents
soufflant
en toutes directions
je me fie au bon sens
suis celle que je préfère
et j’arrive nulle part
jusqu’à destination

cent fois sans

Sans foi ni loi – Sans gluten – Sans alcool – Sans lactose – Sans une goutte de sang – Sans colorant –Sans appétit – Sans glaçon – Sans façon – Sans contrefaçon – Sans conviction – Sans peur – Sans complication – Sans explication  – Sans reproche  – Sans culpabilité – Sans retour – Sans amour – Sans issue – Sans effort – Sans emballage – Sans papier – Sans voix – Sans logis – Sans abri – Sans domicile fixe – Sans savoir pourquoi – Sans trop y croire – Sans en avoir l’air – Sans raison – Sans couture – Sans effet secondaire – Sans compter – Sans poids  – Sans plomb – Sans fonds – Sans fondement – Sans problème – Sans filtre  – Sans emploi – Sans âge  – Sans bruit – Sans rire – Sans dire  – Sans danger – Sans laisse – Sans parti – Sans protection – Sans bouger –Sans masque – Sans casque – Sans culotte – Sans rapport – Sans lacet – Sans ceinture  – Sans soin – Sans réaction – Sans son – Sans image – Sans pouvoir – Sans soutien-gorge – Sans rature  – Sans batterie – Sans hésiter – Sans éducation – Sans famille – Sans arrêt – Sans arête – Sans bouillir – Sans frémir – Sans permis – Sans vergogne – Sans parole – Sans pression – Sans tambour ni trompette – Sans bord – Sans ourlet – Sans exagération – Sans préméditation – Sans suite – Sans appel – Sans à priori – Sans broncher – Sans phosphate – Sans nitrate – Sans avis –Sans vis-à-vis – Sans plier  – Sans ascenseur – Sans rancune – Sans commentaire – Sans limite – Sans frein – Sans pain – Sans alternative – Sans coup férir – Sans intérêt – Sans souci – Sans rien – Sans fin

j’ai dit que peut-être
j’ai fini par me taire de paroles sans cesse. 
vous dire qu’assurément,
ci-dessous,
une voix qui ne dit rien.

qu’est-ce dire on fait ? 

vous voudriez sûrement affirmer un truc 
balancer un bidule
et me poser réponse.
je le comprends, ou pas. 

ce à quoi je vous réponds sans répondre
avec une bouche en forme de rien.
si besoin se fait 
sachez : nulle part, c’est nulle part. 
et que j’y suis.

Combien chaque absence dessine le vide sans rien en retour
les mots rentrés dans les fantômes des pensées
le non-dit prend ses chemins sinueux
s’en va pour rien
accrocher le cœur en douce
abolir le non-lieu /non-lien des macros blancs

le dire rien me salue
dépose un léger d’existence
avance dans les faux semblants s’échappe /touche l’envers du décor
une question se pose : un lieu d’être rien peut être
en embuscade tapi dans l’heure de la nuit
je n’ai pas lieu d’être ?

le manque d’un vrai dire et comment je ne deviens rien
j’entre dans le rien dire comme mes pieds nus dans le sable encore froid issu de la nuit
j’entre dans le rien dire – le rien qui dit le manque
dévaste-résiste-s ’emmêle en douce au-delà de l’écho d’exil

apprivoiser le rien et
s’ouvre une révolution par l’effraction du vide et
s’entendre soi même dire rien
je m’offre nue à moi-même vide de désespoir

immobiles les paupières baissées
perdue dans le placard des absents
tomber dans le silences des cachettes fermées
faire apparaître ces riens qui n’existent pas

un rien vide -rien dire – rien faire

voir moins que rien – rien d’importance – rien vu de tel

quoique ce soit pas du tout sûr – un petit rien du tout – un petit peu comme avant

pas envie – pas grave
déjà le non vu de demain ne vaut rien

ne rien produire- le rien vrai non bâti – faux rien non construit

ne rien fabriquer – œuvre absente
ne rien ajouter

coincer sa bulle de vide – berdeller – glandouiller
explorer le vide à la recherche de non-objet
rien à ajouter – ne rien retirer
rien de connu
rien à voir
le non objet est rêve, temps arrêté parsemé d’intime
nourri de l’indifférence
le blanc des murs reflète silence et vide

et aussi la liberté d’être au monde
les vides ont leur mémoire
le silence prolonge le rien
le vide dit le plein invisible de tous ces riens

Tes doigts ferment les paupières
de cette personne qui n’a jamais
été
et qui n’a jamais su te voir
– mais si bien t’avoir, 
te posséder, 
t’émouvoir.
Sur leur peau, tu dessineras
des yeux
toujours grands ouverts
pour te regarder 
– refléter le vide 
de tes prières
sans échos.

Tu accepteras que tu as perdu
ce duel,
tu commenceras à faire
le deuil,
et tu revêtiras une voilette
de l’amour que tu as donné
– pas reçu –
qui allongera ton visage 
de quelques pieds
et obscurcira ton fard
de quelques teintes.

Mais surtout,
tu n’oublieras pas
– tu n’oublieras rien –
de te retourner,
pour voir,
le miracle
– on dirait un mirage –
des yeux dessinés
qui ricochent leurs faisceaux
– et tirent le rideau –
sur les étreintes du futur.

Maintenant
n’est pas vain,
– c’est une promesse
de l’instant où le bleu n’est plus nuit
mais jauni, comme l’iris
des yeux qui se tourneront 
vers ton soleil.

Demain,
c’est certain,
tu seras l’éclat
qui irradiera 
dans de nouveaux bras.

Maintenant

Ton effacement sera ta façon de resplendir

Ce quelque chose qui te disait son poids, sa forme, sa mesure, sa grandeur, tu ne l’entendras plus

tu ne sauras plus expliquer le monde

Ni savoir qui il est

Tu seras dedans le jour et le nuit

Mais tes yeux seront des grottes

Des morceaux de roches gravées

tu remarqueras ta trace, quelque chose de toi 

En passant quelque part

 sur le fragile espace 

Tu laisseras le peu de jours que tu détiens filerUn éclair

 lent poussera sur ton épaule

Tu seras le réceptacle du coeur qui bat

Vanités

Tu déjoues la calcification des cerises
tu enfreins la loi du velours et du vermoulu
tu regardes : l’étang qui baigne les racines sans futur
les koï qui œuvrent sur l’aval des prières
tu préfères, bien sûr, les nymphéas
tu demandes « qui déferle sur l’horizon que l’on n’a pas vu ? »

tu oseras dans un an
l’oxyde de fer sur la laideur
la rousseur d’une peau surexposée
l’étymologie inversée de la rivière

en ce moment, il fait jour il fait chaud il fait lourd

il pleut des anémones
de mer
une conque de pierre ensablée dans le Sahara acide

tu enveloppes la terre
tu neutralises l’insonorisation
tes pupilles font face au vent salé
ton corps délabré fouette le paysage
comment ? tu étires tout ton être jusqu’au figuier

tu n’entames pas la délicatesse des éléphants

un long roulis élégant
un serpolet dans l’eau de vaisselle
par le soleil, obligé
d’exhaler le noyau d’une cerise caché sous une feuille

tu trempes dans l’ère duveteuse
tu saccages le désir
comment es-tu arrivé jusqu’à moi ?
tu es un camélia violet
tu absorbes les colères
au printemps, les recraches,
en été, les enterres,
à l’automne, les fracasses
et les piétines tout l’hiver

et là ce dimanche
tu seras aspiré tes mains se poseront soudées à la balustrade
tu sentiras la mémoire du métal dans tes os
tu entendras la voix des mains qui ont touchée la balustrade il y a 333 milliards de secondes
tu sentiras la voix caresser tes mains qui seront douces comme la suie
tu seras touché par la voix par tes doigts par la moelle de tes doigts
tu seras traversé par l’ombre des mains de la voix
tu sentiras tes acides percer l’ombre en étoile
tu verras par les trous la lumière te parler
tu sentiras la lumière en toi se couper en écho pluie de cris saturés
tu te sentiras ouvrir la pluie avec ces mains d’ il y a 333000 milliards de millièmes de secondes
tu seras envahi par l’horizon intérieur seulement
tu seras invité à mettre ton doigt à angle droit
tu écouteras la voix et tu scrolleras la mer jusqu’aux abysses de toi
tu  goûteras l’écume de l’inconnue
tu seras caressé au cœur léché à l’hippocampe sucé au cortex
tu  retrouveras la voix dans l’infime

maintenant tu es devenu ce que tu es
tu es l’éponge du Fenua
et tu as aspiré toutes les mers
tu as lavé ton corps au commencement de tout
tes yeux ont volé le feu aux dieux
tu brûles tu es poussière d’étoile muette
tu enfonces ton index dans ta bouche
lève le au mistral
tu sauras d’où vient le sens des choses
monte tes yeux au ciel vers le fantôme d’un nuage ours
attend qu’il change mais
il te pissera dessus
tu te diras que le dimanche soir même les nuages sont
tristes