C’est un voyage

C’est un voyage. Des ombres de passants ont surgi du désert. Un chien aboie qui déchire le silence.

On voudrait s’accouder au balcon des vestiges. On regarde la mer, on tait car le silence est criant d’inconnus.

C’est un voyage. Les profondeurs fourmillent de reliques insaisissables.

Des ombres sillonnent les dalles opaques et piétinent vivement les bouffées de tiédeurs.

On évoque la source.

C’est un voyage. On ouvre grand les yeux. On chantonne en silence des airs lointains d’avant qu’on soit.

Un chat grille son poil sur un sentier pétré.

On isole une forme, une image, la parcelle d’un présent que l’on voudrait toujours.

Et l’on pressent le chemin qui s’étire comme une mue lascive et suspendue.  

Méiose trip

Vos paupières sont lourdes. Sentez que vous n’existez presque plus. Sentez-le.

Maintenant, éprouvez le feu qui vous transperce. C’est un glaive dans votre poitrine, il pénètre votre cœur derrière vos côtes, exactement entre les deux ventricules, et il en tranche la chair en deux coups successifs, de haut en bas puis de bas en haut.

À présent vous voyez vos deux cœurs séparés battre et flotter dans une lumière rougeâtre, côte à côte mais distincts, et vous seul.e savez ce qu’ils sont, or-pierre, ange-démon, ce sont là des exemples banals de dualités, mais vous, vous expérimentez quelque chose de beaucoup moins grossier, quelque chose de beaucoup moins concevable : votre division ; qui n’appartient qu’à vous ; unique, inconcevable, indicible.

De plein fouet vous recevez cela : votre propre division.

Désormais, vous n’existez plus pour la voix qui vous parle. Vous avez pénétré dans le monde réel. Respirez.
Vos deux cœurs séparés battent à des rythmes différents dont l’assemblage est harmonieux ou chaotique. Écoutez-les.
Lorsque vous aurez bien entendu le chœur de vos deux cœurs, une voix s’élèvera de vos lèvres et

Avec ou contre ou entre eux, vous

Chanterez.

Plus tard peut-être, après le silence, vous ouvrirez un œil, puis l’autre, et vous retournerez dans ce monde-ci. Vous aurez tout oublié : la méiose la musique votre voix et l’air que vous chantiez.
Il n’en subsistera, peut-être, qu’une seule note.

Juste mon cœur qui cogne

« Le temple est en ruine en haut du promontoire » 

Cette voix qui n’est pas mienne. Pourquoi ? 

« Et la mort a mêlé dans ce fauve terrain »  

Je récite le second vers.  

La troisième, le lycée, le professeur, 

Alexandrins, scansion, assonances, 

Musique antique, paysage champêtre, 

Dieux, pâtre, satyre puant aux pieds de bouc, 

Naïade sans défense au bord d’une source fraiche. 

J’ai un carquois d’or. Heredia. 

Chevelure blonde roulant sur mes épaules. 

Son solitaire d’une flûte. Je suis Pan. 

Orchestre, rideaux cramoisis, 

Troisième rang, La Mer. Debussy. 

Sur le haut de la dune aux carex,  

Assis, les yeux noyés dans l’océan. 

Elle émerge du flot.  

Le vent la noie lentement dessous le sable. Disparition ! 

Illusion ? Personne sur la grève. Un rêve ? 

Ressac incessant d’un fracassant souvenir. 

Un tunnel sombre sans fin. Cet accident dans ce tunnel. 

« Les déesses de marbre, et les héros d’airain », disparus. 

Seuls demeurent mes alexandrins lycéens. 

Enterrée. Solitude morbide. Elle a rejoint l’antique ruine. 

Plus de plage, plus de dune, plus de temple, 

Plus rien. 

« Juste un cœur qui cogne dans le silence de la mer » 

à qui veut savoir
je n’écris plus à l’encre ______ sur du papier
______ ______ ______ _____ pas le temps

l’enfant s’est réveillé
le cas échéant __ peut-être __ éventuellement
j/e ______ ______ ______ ______ _ humilité
promets ce que vous voulez ______ ___ tout
j/e ______ ______ me ______ ____ _soumet
______ ______ ______ évitons les questions

boirai en silence votre médiocrité

_pour ceci cela et le reste
voilà ______ ______ ______ ___ sans espoir

______ ______ joint mon CV

ne dis rien __ de qui je suis ___ce que je fais
sans rêve __ j’ai traversé la rue __ sans trêve
j/e ______ _____ fille sage _____ _____ rien
sourire cousu main ______ ____ immaculée
______ ______ alignons les astres ____ oui
reste disponible ______ ____ ______ docile
juste comme il faut ______ où vous voulez
ailleurs _je n’ai aucune idée conviendra aussi

j/e suis joignable __ ici__ et là
sans sourciller vous __ salue __ sincèrement

______ ______ dans l’attente

regard baissé _____ __ vous fait la révérence
______ ______ ______ ____ remerciements

Un peu de rien,
Rien…
Je ne sais pas
Je n’en sais pas plus que toi
Et je ne vois pas comment ni pourquoi j’en saurais davantage
Je n’en sais rien, j’ai bien cru que parfois…
Mais parfois le pourquoi ne dit rien du comment
Et je ne sais pas pourquoi tu me demandes comment 
Et c’est qui, et c’est quoi et c’est comment tout ça 
Une forme confuse qui surgit d’un peut-être 
Un fluide qui coule d’une pluie de vacance
Un vent de vide qui en dit long,
Un petit rien dont je ne sais pas comment ni pourquoi il est là
Et qui s’en va courir et mourir je ne sais où 
Là où personne ne va car je ne sais pas comment 
Et je ne saurais jamais ni de qui ni de quoi
Ni pourquoi je ne sais pas 

nothing less than real

sometimes i feel like falling in a hole / and my eyes are getting away / maybe there are in Hawaï or something / chepa /  it’s good for them / they must rest / so i put some liner / i still have my fingers so I just put it / and I put my shoes / and I put a pants / the red one / and I go on the street / and I’m smiling / and everybody is looking at me / because I put my skirt / en dessous de mes hanches / so nobody can see that I have no eyes / today my whole face took a day off ////////////////////////////////////////////////////////////////////// 


je connais plusieurs manières de dire : rien 
je connais plusieurs manières de dire : oeil  


quand la langue se détache et part je ne sais où sans prévenir j’expérimente le rien en secret 
je me cache je fais un bowling contre moi-même 
en grande professionnelle je perds contre moi-même 
l’espionne au fond de moi tombée au fond du trou sourit 
elle a une bouche invisible car il fait très sombre là-dedans 
elle sourit pour 
personne elle essaye de prendre dans ses bras de bercer quelque chose pour cela elle replie ses bras contre elle-même 
elle chante NOTHING LESS THAN REAL ( FULL VERSION ) de Britney Spears car c’est sa maman de coeur
et pour tenter de créer une situation elle fait apparaître une douche dans son vide et elle se masturbe avec ses doigts car il lui reste ses doigts eux ils restent attachés à quelque chose
ça créer un sentiment rassurant de confiance 
ça créer une expression 
ça créer le dicton universel 


QUAND TOUT BRÛLE IL TE RESTE TES DOIGTS


chepa 
ou alors 


WHEN YOU SINK YOU STILL HAVE YOUR FINGERS TO SAVE YOU


je connais plusieurs manières de dire : doigts 
je connais plusieurs manières de dire : rien 


je me cache je rends les armes contre moi-même j’ai perdu de peu 
la transpiration coule sur mon visage de rien 


WTF DID U DO WITH YOUR MAKE-UP SAYS BRITNEY 
IDK MOMMY :/ 


avec la monnaie qui me reste du bowling j’achète une pizza surgelée je la mets dans le four j’allume et je reste devant la vitre en attendant j’attends le retour de mon visage et je la laisse brûler dans le four à 250 


250 km me sépare de toi 


je provoque ma bouche pour qu’elle revienne quand elle revient je te crache dessus 
OOPS I DID IT AGAIN IDK WHY I SAID THAT 


J’imagine un grand feu dans ma tête j’imagine l’explosion de la pizza dans le four 
l’explosion du four dans mon chez-moi 
j’imagine avoir des yeux de remplacement et constater l’explosion de ma maison dans un périmètre de 1
10 
100 
250 km 


tu es à 250 km de tout de rien. et de moi 


j’aimerais que ma bouche revienne sous la forme d’un aspirateur à tout et à rien 
et mes yeux se changent en lance-flammes 


? ? ? ! 


avoir des superpouvoirs et partir sur l’île magique où les éléments composants mon visage se réfugient parfois 
nulle part 
faire super rien 
bronzer nue lancer des canons enflammés dans l’eau 
voir la fumée qui flotte au-dessus de la mer créer une sorte de brume sauter sur moi-même et compter les points 
regarder la fumée flotter au-dessus de la mer lancer un autre canon puis encore un  de la poudre blanche sort de l’emplacement ‘oeil’
SO NOSTALGIC </3 LETS TAKE A LITTLE BREAK TO THINK ABOUT THE COLOR OF THEM : GREEN 


les voir se diriger vers l’eau s’éteindre puis s’évaporer 
REPEAT THAT 250 TIMES A DAY TO SPEND TIME 


155,343 miles 
you go swimming in your childhood village to relax because yes life is good but sometimes life is….  i don’t knooow 
water burns you 


WHEN YOU SINK YOU STILL HAVE YOUR FINGERS TO SAVE YOU
IT’S NOTHING LESS THAN REAL IT’S LOGICAL
C’EST L’ENDROIT DE RIEN QUE TU AS CREUSÉ EN MOI QUI S’ÉTEND

J’étais une enfant sage sous le regard prééminent de ma mère,
Je dévore désormais tout ce qu’il me reste en tête de ses yeux noisettes
Je me réfugiais dans l’ombre où je me suis perdue et condamnée à l’oubli
_____ Mais je n’ai plus peur ni de l’obscurité ni de la lumière
Je suis celle qui regarde aujourd’hui, sans chercher à être vue


J’étais étanche, fermée à la rencontre de cette altérité en moi,
_____ suspendue à des mots jamais prononcés
Je veux être vulnérable, réceptacle, ouverte aux quatre vents,
_____ à toutes les langues qui me traversent et me touchent
Je veux amplifier l’écho, me faire résonance de chaque vie croisée,
scander sans relâche le précieux de nos différences


J’étais béton armé, colosse, corps solide et désincarné
_____ captive d’une image banale, reflet terne, Narcisse inavouée
Je suis fêlée, faillible, éclat sensible, être charnel
Je tends à l’incandescence, au désir sans cesse renouvelé et à la quête jamais achevée
Je suis une, humaine, aimante, terre fertile et enchantée

L’être/lettre à 

J’ai lancé Arte Concert sur le balcon des albizias 

J’ecris une lettre à 

Je pense à 

Cette lettre est une lettre d’…. truc 

Je l’adresse à personne 

J’écoute celui là 

Il scande des mots, musique live

Les grillons font leur machin 

Moi j’écris mes trucs

Je survole tout

Je survole rien

Le chat se frotte 

La balançoire commence à 

Mais je pense trop vite 

À ci 

À ça 

De ci

De là 

Tout vagabonde

Les arbres poussent

Les fleurs se fanent à cause des

Rayons du vélo qui tournent

Cercle, rond, soleil, sphère, terre, eau, air 

Cercle, rond, anneaux, engagement, désengagement, brisure, verre, eau, boire, jus, rouge, sang

L’attention vagabonde 

Les notes de la chanson accaparent

Et je chante à l’intérieur

Maintenant que l’avenir s’est ouvert comme une fleur ou deux bras de ton corps terre labourée par le
temps tu reviens d’un exil froid acier béton
coeur marche mécanique
Tu as goûté au sel de tes yeux et de la mer et ramené de tes voyages une parole dressée contre la mort
Élargis ta conscience Fais face au vent Porte tes souffrances
La nuit n’est que le nom d’une couleur
Et l’horizon une ligne droite à tracer
Saison nouvelle enfance oiseau
Sois d’un calme lumineux la beauté est assise parmi nous dans le jardin à cet instant tu n’auras qu’à
fermer les yeux pour voir

La bouche arc-en-ciel

A ce moment précis
Tu seras happée par la couleur des mots,
Tu seras pailletée de toutes leurs nuances,
Tu t’étourdiras aux sons de ce miel
Répandu dans les airs juste pour toi.
Par la bouche arc-en-ciel,
Tu seras rayonnante féérie.

Et donc
Et donc, tu oublieras,
Tu oublieras qu’arc-en-ciel et paillettes sont niellés d’éphémère
Et dans ton amnésie, tu n’entendras pas,
Tu n’entendras pas les bruits sourds sortir par filets,
Puis par rafales entières de la bouche arc-en-ciel.
Et tu seras cinglée par la violente pluie qui s’abattra sur toi,
Elle te tailladera comme des lames de couteaux.
Répandra sur ton âme la douleur des mots,
Brisera sur ton corps les couleurs en mille et un morceaux.
Quand la bouche arc-en-ciel t’aura tourné le dos,
Tu deviendras insignifiante scorie.