La graine est nue.
Opaque.
Close.
Elle pèse peu.
Elle est plus que sèche.

Chaque graine paraît morte.
Matière inerte, sans même frémir.
Quantité de poids-plume qui pèse au sol.

Elles sont obscures.
Elles sont seules.
Elles sont patience.

Armure de terre brûlée.
Sans oxygène.
Sans sécrétion.

Ténèbres vides.

Puis la vie humide se pointe.
Elle explose la coque.
L’énergie concentrée éteinte s’échappe de la graine fendue.
Radicule, follicule, nervure.
Du grandissement Terre-Ciel.
Et ce simple pépin au centre.

Absorber. Libérer. Expanser.

Tout un champ dans cette graine.
Tout un tronc dans cette graine.

Même des sillons fatigués.
Même des zones ébréchées.
Même des déserts d’épines.

Sous ce fin tégument.
Dépouillé.
Tous les vergers.
Tous les géographes.
Toutes les botaniques.
Tous les plats du monde.
Toutes les herbes de feu.
Tous les chants d’oiseaux.
Tous les awalés.

De ce nœud tout sec.
De ce noyau de silence.
Réhydratation.

Et une croissance.
Un germe magnifique.
Et même toi.
Et nous.

Toujours,
même nos vies,
nos vies en sursie,
nos vies en suspens,
cachées sous l’épiderme,
attendent la saison des pluies.

Je me ratrappe
à l’herbe
au sol
la poussière
Tombée des mains en avant
Elle dit ton T-shirt déchiré
Elle dit tu es allée en acheter un autre

Je ne sais plus
Les oiseaux le matin
chantent chaque choix
Tôt la lumière éveille les cigales aussi
Le silence sur la colline
Le vent dans les buissons qu’ils avaient arrachés

Et je regarde un mur
en pierres gigantesques dans lequel je me crois

Je me place tout là haut
pourtant pas prête à sauter
Plutôt comme un machin-impossible
de délivrer les ruines déjà
de mon malheur inaccessible

Amertume

Je me dis
il en faut du courage
pour embrasser l’écume
dans ce monde en nage
et après ?

je me dis
l’amer est un décor
il suffit de souffler
à nous le trésor
et après ?

je me dis
il serait bon – plonger
au fin fond du silence
pour les mots – ranimer
et après ?

je me dis
l’horizon est promesse
malgré le creux – la vague
nous flottons sans bassesse
et après ?

je me dis
sel de vie – précieux
lèche aussi les lisières
de moments gracieux
et après ?

Hydres

Je répète 
Que c’est une folie 
Cataloguée oubli manifeste 
À la dérobée 
Paradant 
Après tout 
Un jour est un jour
Mais que dire? 
Je répète 
Je pourrais faire mieux que ça  
Mais pas sans déclencher l’hydre 
Je pourrais retenir la meute 
Et sauver ce qui reste 
Mais que dire? 
Je répète 
Les images sont vides et l’œil grand ouvert 
Il devrait y avoir une récompense 
Pour avoir remodelé son cerveau 
Mais nous n’atténuons rien 
Car un geste aussi décent 
Ne cause que perturbations 
Que dire ? 
Je répète  
Se dédoubler
N’est pas seulement un privilège, 
Mais aussi un devoir 
Un impératif
Nécessaire 
Et salvateur 
Si profond 
Qu’un jour 
Demain 
Après 
Ça en vaudra la peine 
Que dire ? 
Je répète 
Nous sommes coupables 
Mais quoi qu’il arrive 
Statuer jusqu’à l’embrasement 
En prières monotones 
Vidanger la honte 
Absoudre le pire 
Et se satisfaire 
De nos limites 
Mais que dire ?