Monte. Lit gare lit. Apnée. Descends du lit monte dans le train. Poumon de gare. Squelette de lit. Monte. Bloque. Le train part.

Descends. Membres inférieurs supérieurs épaules cou tempes front. Pluie battante. Corps plongé. Répétition. Descends du train monte dans le lit.

Impact impact impact impact.

La goutte.
La goutte qui fait.

Quelques panneaux à travers. Canal lacrymal ouvert. Zone active de détresse.
Le train traverse un terrain fissuré par les larmes.

Voyage après voyage. La résistance diminue. Protections et croûtes arrachées.
Réduit. Réduit encore.

Impact impact impact impact.

La goutte.
La goutte qui fait.

Le train roule sur le corps fissuré. Pluie battante. Emporté. Cycle de l’eau.
Ressuscité.

Les courants transportent le vase vers le large. Le train arrive.

Fatigue fatigue fatigue. Plus de vase. Plus de corps. De l’eau. De l’eau seulement. Gicle au passage du train.

et tu marches autour de la même place
et tu traverses des cours des halls des rues des ruelles
et tu cherches à te chauffer te réchauffer au-dedans au-dehors
et tu t’enfonces dans les couloirs les niches les nichoirs
et tu rases murs ciments et briques
et tu apparais tu disparais tu t’évapores
et tu reviens apparais réapparais
et tu es visible trop visible à en devenir invisible
et tu te fantômises te fantômases
et tu te touches le haut de tes cuisses maigres 
et le creux de ton ventre trou
et les croûtes de ton crâne froid
et tu baisses la tête te casses la nuque
et tu ne vois rien plus rien de rien
ni ombre ni silhouette
alors tu ris tu te mets à rire
tu es seule et tu ris
tu ris fort tu ris grand tu ris méga grand
tu ris au ciel tu ris à la terre
à l’espace au vide au rien au néant
tu ris
et ce rire devient cri tremblement cataclysme catastrophe
et ton ventre et ta gorge et ta bouche se tordent
se fendent s’écartèlent
et des sons des bruits des mugissements vomissent de ta gorge
et tu sens tu ressens la marée qui monte 
et ta ville engloutie se soulève
et ta bête se réveille
te griffe te mord
te gratte parois intestinales et muqueuses
et tes sons se transforment se métamorphosent
tes sons deviennent des consonnes des voyelles
et tes consonnes voyelles commencent à former mots et sens
ne plus te taire te terrer t’enterrer
et tu laisses ta bête grandir et enfler
et ton corps se tourne vers moi
et tes yeux effleurent ma nuque ma joue
et tu me dis
je
En un souffle 
Et moi j’entends 
Nous 

nous qui baissons la tête, cassons la nuque, faisons tomber nos yeux, nous qui cousons nos bouches coupons nos langues cloîtrons le visible trop visible que nous voudrions invisible, nous qui devenons murs barricades ciments briques parpaings et bétons, nous qui portons armures œillères visières, nous qui nous plions replions enfermons séquestrons, nous qui pensons refuges abris foyer sécurité,  nous qui disons nous esseulés apeurés et inquiets, nous qui ne sommes ni nous ni je ni il ni elle, nous qui ne sommes rien plus rien moins que rien parfois, nous pensons nous, nous ne te voyons pas, nous ne te voyons plus, nous qui sommes 
toi

Elles me délient
les lèvres noires,
dessin ouvert sur un grand mur
Elle me couve la peau éteinte 
la cendre grise
des deux pommettes
Ils me récoltent, les yeux brûlés
Leur terre rouge
Semée très loin, 

semée pour moi

Je m’allonge pour ramasser
le bois sec de tes chevilles.

Bruit du premier RER sur les rails. Télévision des voisins full volume dans l’angle de la chambre. Publicités quand j’ouvre YouTube pour écouter de la musique. Publicités pendant la musique. Annonces sonores quand j’écoute une vision du monde à la radio sous la douche. Annonce sonore quand je rentre dans le métro pour préciser le nombre de minutes avant sa venue. Annonce sonore pour expliquer comment recharger son pass électronique à un prix exponentiel sur des machines. Annonce sonore pour informer des adultes que la trottinette est interdite dans les wagons. Annonce sonore pour indiquer le nom des stations. Annonce sonore alarmiste pour signaler des pickpockets. La vie réelle sous impératif contaminé est méfiante. Appel vidéo sans casque par un voyageur de toute évidence sourd. Appel audio sans casque ad lib d’utilisateurs dévorés par des vortex conversationnels. Ecrans géants statiques infinis dans les couloirs souterrains qui puent. Ecrans géants et affichages dynamiques devant humains spectraux. Ecrans géants et affichages dynamiques qui projettent en alternance une publicité pour un site de rencontres adultères et une réclame pour un hypermarché aux promotions in-con-tour-nables. Bips de notifications. Pensées intermittentes. Corps sous râle. Bip d’erreur pour sortir. Klaxons structurels d’une capitale sous trafic ininterrompu. Sirènes de pompiers au loin + sirènes de police tout près. Quelques oiseaux survivants et inutiles. D’ici là, depuis lors.

Un soir comme un autre
en haut de la colline.
Ou plutôt non,
cela n’avait rien de commun,
cette sérénité de géographie.
Nous étions là.
Simplement là.
Assis sur une pierre énorme, face au soleil qui disparaissait.
Tous en silence,
accueillis par ces terres rouges.
Les chênes attendaient, immobiles avec nous.
Nous étions nombreux et nous étions seuls
ensemble.
Calmes face au monde.

La tombée de la nuit nous a offert un berceau et dans l’ocre elle a soufflé
que les moments de rien
quand ils sont beaux,
explosent de force déployée.

Je serais de taille

Je serais de taille
à resserrer la corde sensible
qui pend à mon col :
elle prendrait ses jambes
à son cou

je serais de taille
à user de morsures
sur mes doigts jusqu’au sang :
ils me passeraient la bague
une nuit de lune – de miel

je serais de taille
à cogner dur ma tête
contre les murs :
elle me tournerait
le dos

je serais de taille
à m’écraser les pieds
sous des roues de fortune :
ils se glisseraient dans
le même sabot

Enfle la nuit

ma voix éteinte
écorche les heures
*
l’obscurité
*
frôle les corps
la nuit se rapproche
s’épaissit
*
les gestes qui s’abattent
les éclats des miroirs
*
désarticulés
*
ça enfle dans la gorge
ça enfle
*
une ombre se glisse sous la peau
grince entre les côtes
*
étouffe les bruits
étouffe
*
le temps se plie
les mains tremblent
*
s’éclaire alors l’aube fragile
insiste sur les rideaux
*
les traits tirés
la lenteur amère du café
*
les yeux s’ouvrent
pour ne plus se fermer

Besoin de souffrir sur ce balcon. Pour éradiquer le matin.
Besoin de me blesser, exprès. Pour retrouver ma nuit.
Automutilation
Besoin d’expectorer cette douleur. Pour me vider.
Besoin d’éclater en mille feux. Pour me sauver.

Besoin de ne pas penser, pour ne pas être en peine.
Besoin de ne voir que du noir, pour ne pas être distrait.
Auto-exclusion
Besoin de me renfermer, pour ne pas exister.
Besoin de m’atrophier, pour mieux disparaître.

La blessure est là.
Je sais d’où elle vient.
Depuis je veux être seul.
Je ne veux plus des autres.

La douleur est là.
Je sais où elle va.
Une douleur, ça ne se partage pas.
Je veux personne.

C’en est fini.
Blessez-moi.
Ici sur ce balcon
Avec du contondant.
Que ça coule et rattrape la nuit,
Ma nuit solitaire
Où je m’oublie.

Un belle plaie
Qui appelle des soins
A refermer
Et qui laisse des traces.
Ainsi la souffrance aura servi
A marquer le moment.
Je me souviendrai de ce matin maudit
Qui gomma cette nuit
Dans laquelle je voulais
Je désirais
Je souhaitais
J’étais obligé de

te survivre.

Car on survit en être blessé, seul dans la nuit qui nous appartient.

Je ne reconnais jamais personne 

Alors à quoi bon mémoriser les visages 

Leurs visages ressemblent à s’y méprendre au mien 

C’est comme s’ils s’étaient greffés un masque de moi 

J’évolue dans un monde rempli d’individus portant un masque de moi 

Je suis seule dans une foule de moi 

À quoi bon mémoriser les visages car le monde est peuplé de moi et je me fonds dans une masse de moi 

Et lorsque je ferme la porte de chez moi, je les entends encore je les vois encore car ils sont imprégnés en moi et ils sont infiltrés dans chaque cellule de ma peau 

Ils me portent comme une fragrance, il me portent comme un body couleur chair 

Qui es tu qui es tu qui es tu 

Je ne peux pas être sans eux ils ne peuvent pas être sans moi 

Ils se sont injecté ma substance dans leurs veines gonflées de moi et je circule dans leurs artères et leur cœur me pompe 

Moi ils me pompent mon énergie vitale l’énergie au sens propre, ma force, ils me l’ont pompée 

Mémoriser les visages c’est vain, vous êtes tous les mêmes vous voulez tout me prendre vous m’avez déjà tout pris 

Vous portez mon visage, vous me l’avez arraché 

Devant le miroir je suis l’être sans visage, je suis la seule à ne pas porter de visage, je suis à nue car vous m’avez dépouillée de moi 

Et la solitude, la vraie solitude, n’est ce pas l’absence de soi ?