J’ai eu du mal à m’extraire de moi-même pour ne pas bouger dans le tunnel froid et glacé dans lequel mon corps entier vient de glisser. Tout juste respirer alors que les premiers sons saccadés et dysharmoniques de cette machine martèlent mon cerveau et ma moelle épinière qui se sont, eux aussi, figés dans le temps. Ne plus penser, juste se concentrer sur les premiers mouvements chorégraphiques d’une danse que pourraient m’inspirer ces bruits anarchiques, les transformer en notes de musique. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse dans ma tête.

Je me suis extraite de moi-même quand les premiers mots ont été prononcés. C’est ma vie qui vole en éclat et qui vient de tomber à terre. J’ai le souffle coupé. Respirer, Respire, Respire ! J’ai besoin d’air. J’ai consigné tous ces maux sur un papier et je l’ai froissé. Penser à cette musique plus vivante que cette appréhension qui reste floue comme ma vision qui faiblit. Se concentrer encore sur l’harmonie de mes notes intérieures plus forte que cette intuition d’un processus machiavélique qui commence à évoluer en moi. S’accrocher à cette pensée, minute par minute, je danse sur le fil de la vie.

Mon corps s’est extrait de moi-même, je suis tombée à terre. Je ne bouge plus dans le tunnel froid et glacé. Le bruit sourd et acéré des sons métalliques de la machine martèle mon cerveau et ma moelle épinière et fracasse un peu plus mes pensées jusqu’à résonner dans mes os, jusqu’à les faire taire. Dans le couloir blanc aseptisé, les odeurs se mêlent à la peur. Je suis animal, je pressens le danger qui approche. Éloigner cette pensée, minute par minute, je ne vais plus danser.

Un jour, j « é crierai » l’indicible. Et je crie.
Et j’écris.

Miroir de feu

Nous y voilà.
Dans ce palais des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps plane, chante, exulte sous les reflets chandeliers de ton désir.
Tu me contemples, tu me déshabilles en douceur, tu m’éclaires.
Je m’élève.
Regarde-moi voler.
La masse festive ne peut m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je veux embrasser tes rêves.
Je veux que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantaisie, un poème, un ange qui chute.
Tu avances. Tu me regardes tomber du ciel.
Je t’offre un sourire.
Je me tire dans le silence de la nuit.

Nous y voilà à nouveau.
Dans le club des splendeurs.
Où je mène ma danse tel un miroir en feu.
Mon corps tangue, chante, se pâme sous les reflets chandelier de ton désir.
Tu me mates, tu me désapes, tu m’éblouis.
J’essaye de m’élever.
Aide-moi à voler.
La masse festive est prête à m’isoler.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes (pourquoi ne viens-tu pas ?).
Je veux baiser tes rêves.

J’exige que ton cœur m’aime.
Comme on aime un fantasme, une prière, un ange déchu.
Tu arrives. Tu me regardes tomber du ciel.
Je te donne un sourire.
Je caresse le silence de la nui
Nous y voilà encore.
Dans le taudis des splendeurs passées.
Où je traîne ma danse tel un miroir en cendres.
Mon corps brise, gronde, se repaît des reflets chandeliers de ton désir.
Tu me mates, tu m’arraches la peau, tu m’obscurcis.
Je ne peux pas. M’élever.
Laisse-moi voler.
La masse me séquestre dans la fête.
Tu me trouveras toujours et j’attends que tu viennes.
Je violerai tes rêves.
J’exige que ton cœur me vénère.
Comme on vénère Dieu.
Tu es là. On me regarde tomber du ciel.
Je te donne tout.
J’avale le silence de la nuit.

À l’abris des brasiers

Elle n’aurait
Disparu
Dans leurs secrets
Et elle n’aurait sombré
Dans leurs silences.

Et 
Les tristes poussières
Les cendres illusoires
Et les rues sans appels
Ne seraient plus
Les 
Siennes!

Elle n’aurait pas
Chuté
Du plus haut des plus hauts
Désespoirs inentendus !

Tu ne l’aurais suivie
Aux souterrains des amertumes…

Elle n’aurait pas créé
Cette
Béance
En toi !

Et tu n’aurais pas
Peint
Ces silhouettes
Sans visages…

Silhouettes en démesures
Aux teintes tant estompées
Qu’elles s’en 
Evanouissent…

Meurtrissures perdues
Dans le noir des cratères !

Et
Le blanc
Des glaciers
N’aurait pas assiégé
Nos vies !

Aux rumeurs
Scintillantes de mes rires
Vous n’avez 
Rien 
D’indicible
À dire!

Si ce n’est un amour
Que l’on oublie
De dire !

Dont vous me faites le don.

Fière, je le porte!

Et le don, également,
Éphémère passant
Du
Vertige
Du 
Temps.

Fière, je le porte!

Tu n’aurais disparu
Elle n’aurait disparu!

Je n’aurais été
Mise
À l’ombre des douleurs
Pour devenir gardienne
D’un foyer
Bien éteint.

À l’abri des brasiers
Des deuils qui consument
Je ne serais exil
N’en aurai pas
Besoin.

Des fous rires fous

Le gris du ciel sur mon visage
Un chagrin fou
Arc-en-ciel pour enfants pas sages
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Les larmes coulent sans cesse
Un chagrin fou
Ils jouent à princes et princesses
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mes lèvres de tristesse sont muettes
Un chagrin fou
Leurs bouches joyeuses caquettent
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Mon corps inerte cherche son ombre
Un chagrin fou
Lumière alerte sur boucles blondes
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

La nuit se pose sur ma vie
Un chagrin fou
Le jour se lève sur l’enfance à l’infini
Des fous rires fous

Rires d’enfants se promènent,
volent
et s’interpellent

Se heurtent à mon gris qui se traîne,
Puis finalement s’affole
Et abandonne.

Poissons brûlants

Au fond de l’eau les écailles
bruissent | recueillent
reflets opalescents
sédiments à demi mots
ouïes offertes | éblouies
nous glissons sur la matière liquide
nous revenons à l’avant monde
où nous étions de lave et d’eau
dans la poitrine du soleil

Au fond de l’eau les écailles
vibrent | écorchent
reflets magnétiques
sédiments au bout de la langue
lèvres renflées | exagérées
nous buvons la matière liquide
nous sommes au bord du monde
aux mailles de nos doigts
dans la bouche du soleil

Au fond de l’eau les écailles
écartent | exilent
reflets insulaires
sédiments engloutis
ventre échoué | rouillé
nous marchons sur la matière liquide
nous sommes au monde
ailleurs confondus
dans la brûlure du soleil.

Un matin d’Avril

Un matin d’Avril
la route recouverte
enneigement
les roues glissent
le milan noir
dans la pupille
le lierre terrestre
tressé de neige
agrippe le vernis frais
une aspérité
lentement les flocons
frôlent la porcelaine
le visage s’écarte
il est sous une buée
d’os et de givre
apocalypse blanche
entre les lèvres
il ne parlera plus
bourgeon muet
sous l’avalanche
des mains laineuses
en forme de nids
entrelacées de souffle
une épaisseur tendre
au delà du paysage
couché dans la neige
il ne fait rien de mal
des gouttes emperlées
abreuvent les moineaux
échappés de ses yeux.

Pas possible

D’abord nous n’y croirions pas. Pas ici. Nous éteindrions la télé et irions au cinéma, ou au restaurant, ou simplement dans le quartier marcher un peu. Acheter du pain peut-être. Les heures auraient presque le même poids que d’habitude.

Nous ne voudrions pas y croire. Plus ici. Nous écririons sur quelques groupes whatsapp d’amis ou de parents pour organiser le quotidien des jours à venir. Je m’occupe de l’aller. Tu gères le retour. Une fois sous contrôle la vie se plairait à prendre quelques risques.

Puis nous penserions à autre chose et cette chose ne sonnerait pas comme d’habitude. Comme une balle de pingpong dont on a du mal à voir la fêlure. Nous serions troublés. Des mots étranges effleureraient la surface. Nous les chasserions car ils nous sembleraient être la fin du langage.

Mais viendrait la nuit. Le silence qu’elle impose et l’injonction à entendre. Aucune échappatoire. Les cinémas et les restaurants ne sont plus des refuges. Les quartiers font semblant de dormir. Seuls les enfants respirent paisiblement car nous leur avons menti.
Soudain la peur. Plus rien ne semble familier. La mort redevient un possible omniprésent.

Nous réaliserions alors avoir connu la paix.

L’Autre

Il a compris les codes
depuis toutes ces années
à les avoir observés
à se les être fait
inoculer intégrer assimiler

Ils ne les comprennent pas
ils n’en ont pas besoin
ils les créent les vivent décident
si et quand ils les respectent

Il travaille pour eux
polir leurs murs l’a rendu
plus blanc que la souche
dont ils se revendiquent

Alors tout se passe bien
il est doué disponible pas cher

Ils ne le regardent pas
mais apprécient sa présence
discrète
ça le dérangerait
mieux vaut le laisser travailler
tranquille

Il ne la regarde pas
ça ne se fait pas
se trompe de code
quoi que

Plus tard elle dit :
c’est vrai qu’il travaille bien
Plus tard elle ajoute 
un mais

Elle n’aime pas
comme il est avec les femmes
il fait comme tous ceux de
là-bas

Elle dit :
il ne me regarde pas

À travers

Tu te souviendras de moi.
Tu ne le sais pas encore. Tu n’y penses pas. Tu t’en moques.
Tu marches dans la vie et je passe à travers toi. Comme les bruits de la ville, les rumeurs, les odeurs qui traînent, les affiches des vitrines, les pleurs de cet enfant dont tu te demanderas après coup s’il n’était pas perdu.
Tu me vois pourtant. Comme tu entends, sens, ressens. Sans que tes yeux, ni tes oreilles, ni tes narines ne s’attardent. Pas même ton cœur.
Je suis comme la ville, les odeurs ou l’enfant.
Je ne t’en veux pas. Je sais que tu ne me rejettes pas. Tu m’accueilles mais sans chercher à me saisir. Parfois tu vas jusqu’à poser tes doigts sur moi, mais tes doigts ce n’est pas toi. Non, tu ne me rejettes pas. C’est juste que tu ne sais pas ce qu’est la faim et oublies que tu te nourris de moi. Et des bruits, et de cet enfant qui a besoin de toi.
Un jour, autour de toi, tout ralentira. Je ne m’en réjouis pas. En fait ça me terrifie. Mais je le sais. Le lointain ne se donnera plus la peine de venir jusqu’à toi. Les villes s’adresseront à d’autres, l’enfant sera un adulte et il ne te demandera plus rien.
Alors tu tendras l’oreille, tu chercheras partout, fixeras les espaces. Tes poumons auront soif.
Ce jour-là tu te souviendras de tout et tu te souviendras de moi.